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couverture de la revue

Santé de la reproduction

Des facteurs complexes entravent
la diffusion des préservatifs

Network en français : 2002, Vol. 22, No. 2

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Malgré le taux élevé de l'infection à VIH au Kenya, des études récentes indiquent que les personnes qui prodiguent des services dans la région occidentale de ce pays à des clients atteints d'infections sexuellement transmissibles (IST) n'encouragent pas activement l'utilisation du préservatif. Dès lors, ces clients sont peu nombreux à recourir à cette méthode pour prévenir la transmission d'IST et du VIH à d'autres ou pour éviter d'être réinfectés.1 Des investigateurs de FHI ont mené récemment des travaux de recherche à l'aide de méthodes quantitatives et qualitatives afin de tenter de cerner et d'expliquer les facteurs qui entravent la diffusion du préservatif dans deux parties de la province de Nyanza, dans l'ouest du Kenya. Ils voulaient ainsi aider le ministère kényen de la Santé à faire reculer la prévalence des IST et du VIH dans la région en trouvant des moyens d'améliorer les services de counseling relatifs à cette méthode et d'accroître sa diffusion.2

A Kisumu et à Siaya, toujours dans l'ouest du Kenya, des données ont été recueillies sur une période de 10 mois dans 12 sites relevant aussi bien du secteur officiel des soins de santé que du secteur non structuré. Le premier regroupait cliniques sous licence publique ou privée (hôpitaux et dispensaires, par exemple) tandis que le deuxième englobait guérisseurs traditionnels, herboristes, travailleurs sanitaires et vendeurs de médicaments non titulaires d'une licence professionnelle, et employés de pharmacie non formés. Des agents de terrain ont conduit 135 entretiens approfondis et semi-structurés avec des cliniciens, des patients atteints d'une IST, des experts à l'échelon local, des employés de pharmacie et des vendeurs de médicaments. En outre, ils ont organisé des groupes de discussion dirigée avec des personnes à risque d'IST/VIH, tels des conducteurs de vélo-taxis, des prostitué(e)s, des marchands de poissons et des jeunes. Les investigateurs ont employé d'autres méthodes de recherche, à savoir : l'observation des participants, des observations structurées et la cartographie des sites de façon à identifier les endroits où les services étaient prodigués. Dans le cadre des observations structurées, des agents de terrain assistaient à des séances de counseling sur les IST et prenaient note, à l'aide d'une liste de pointage, des propos tenus par le prestataire comme de ses actions en ce qui concerne la diffusion du préservatif.

L'analyse des données tire à sa fin, et un rapport final devrait être soumis début 2003. Les résultats préliminaires confirment toutefois que, dans le secteur officiel comme non structuré, l'encouragement du port du préservatif parmi les clients atteints d'une IST n'était pas très répandu. Le counseling sur cette méthode dans les cliniques publiques et les hôpitaux se révélait souvent bref et rudimentaire, les prestataires se contentant de mentionner brièvement la valeur du préservatif comme moyen de prévenir la transmission d'IST. « Les données relatives aux observations structurées indiquent que les prestataires étaient peu nombreux à faire une démonstration de l'emploi du préservatif ou même à en proposer à leurs clients », note Mme Lorie Broomhall, de FHI, co-investigatrice de l'étude avec la directrice du projet, Jennifer Liku, du bureau FHI au Kenya. « Fait notable, quantité de prestataires étaient persuadés d'encourager l'utilisation du préservatif plus qu'ils ne le faisaient réellement quand on les observait. »

Des entretiens avec des directeurs d'hôpitaux et du personnel d'encadrement dans des cliniques ont révélé que leurs employés n'avaient pas bénéficié d'une formation en matière de counseling sur les IST et de diffusion du préservatif au cours des trois années précédentes. Ce problème était attribué, en partie, au taux élevé de renouvellement du personnel. D'autres facteurs organisationnels pourraient aussi avoir nui à l'encouragement de l'emploi du préservatif, à commencer par le fait que le système de santé doit faire face à un moral bas, à des conflits du travail, à une forte demande de services et à des pénuries de personnel. Les infirmières qui ont été interrogées se sont dites trop occupées pour dispenser un counseling, qu'il concerne les IST en général ou le préservatif en particulier. « En outre, ajoute Mme Broomhall, les pénuries de personnel pourraient expliquer la présence d'employés non formés qui assument des fonctions médicales. Les notes recueillies sur le terrain font état de cas dans lesquels du personnel des services de nettoyage et d'entretien faisaient des diagnostics et traitaient des patients, dans les établissements tant publics que privés. »

Des entretiens avec des directeurs médicaux et des groupes de défense des intérêts des communautés en matière de santé, il est ressorti que les cliniques publiques et les hôpitaux avaient vu s'épuiser leurs stocks de médicaments utilisés dans le traitement des IST, alors que ceux-ci étaient naguère distribués gratuitement. Consécutivement à cette pénurie, certaines personnes atteintes d'IST court-circuitaient les cliniques et les hôpitaux : elles allaient s'approvisionner dans les pharmacies et auprès des marchands sans licence ni formation. « Ces prestataires marginaux ne connaissaient pas grand-chose sur les IST, constate Broomhall, et leur diagnostic était en toute probabilité erroné. En outre, le counseling sur les IST et l'encouragement de l'emploi du préservatif étaient pratiquement non existants dans le secteur non structuré. Lors des observations structurées, pas un des prestataires de ce secteur n'a mentionné le préservatif à ses clients. Qui plus est, les observations des participants et les entretiens ont révélé que les patients atteints d'IST avaient souvent recours à l'automédication et qu'ils achetaient les médicaments les moins coûteux, souvent à des dosages inadéquats, dans des boutiques, des pharmacies et au marché. »

Sur la base de ces données préliminaires, les investigateurs de FHI ont fait les recommandations suivantes. Il faut :

  • Sensibiliser le public aux IST par le biais de campagnes médiatiques qui soulignent l'importance du traitement professionnel de ces infections, les dangers de l'auto-diagnostic et de l'automédication, et le fait que les comportements qui prédisposent aux VIH prédisposent aussi au IST.

  • Elargir les activités de promotion du préservatif en faveur des prestataires des soins de santé du secteur non structuré.

  • Accroître, dans les cliniques et les hôpitaux, la fréquence de la formation en matière de counseling sur les IST et de promotion de l'emploi du préservatif pour compenser le problème que pose le taux élevé de renouvellement du personnel.

  • Améliorer l'ensemble des services relatifs aux IST en normalisant les procédures et en encadrant le personnel pour veiller à ce que les patients bénéficient d'un counseling sur le préservatif.

  • Trouver une solution au problème des pénuries, partielles ou totales, de médicaments pour traiter les IST.

— Kim Best

Références

  1. Miller K, Miller R, Askew I, et al. Clinic-Based Family Planning and Reproductive Health Services in Africa: Findings from Situation Analysis Studies. New York, NY: Population Council, 1998; Joint United Nations Programme on HIV/AIDS. Differences in HIV Spread in Four Sub-Saharan African Cities. Geneva: World Health Organization, 2001; Macro International Inc. Kenya Service Provision Assessment Survey. Nairobi, Kenya: Ministry of Health, 1999.
  2. Broomhall L, Liku J, Okowa R, et al. Factors hindering the promotion of condoms by STI service providers in Kenya [poster session]. The XIV International Conference on HIV/AIDS, Barcelona, Spain, July 7-12, 2002.