Consulter fhi.org en: English | Español | Русский | عربي
Chercher sur fhi.org:
 
couverture de la revue

Santé de la reproduction

La violence familiale sur la sellette

La recherche qualitative en Inde contribue aux interventions en faveur des victimes.

Network en français : 2002, Vol. 22, No. 2

Envoyer cette page  un ami
Lire cette page en:
English  | Español

Nouveautés sur fhi.org

La série Optic'Jeune compte 6 nouveaux numéros.

Lisez Youth InfoNet 50 (en anglais).

Aussi :

Programmes VIH/SIDA de FHI dans le monde entier.
Lisez Network en français.
Services conviviaux pour jeunes.

Trouver des documents connexes

A Goa, en Inde, une étude de recherche qualitative, conçue en vue de faciliter l'élaboration d'interventions en faveur des victimes de la violence familiale, a contribué à la création d'un solide réseau de conseillers et d'experts juridiques.1 En outre, pendant le déroulement de l'étude, au site même où ces spécialistes ont leurs bureaux (dans l'ancien complexe de la faculté de médecine de Goa), s'est établi un poste de police dont le personnel se compose exclusivement de femmes qui s'occupent de crimes contre les femmes. Ces dispositions permettent aux victimes de la violence familiale de recevoir toute une panoplie de services dans un seul endroit, bien situé.

La recherche qualitative, effectuée de 2000 à 2001 dans les districts de Bardez et de Tiswadi de Goa, a porté sur des groupes de discussion dirigée auxquels ont participé 20 personnes qui travaillent avec des victimes de la violence familiale. En outre, 20 femmes qui avaient subi ce genre de violence mais qui avaient pu y échapper grâce au soutien de la communauté et à leur faculté de raisonnement ont été interrogées. Les conclusions tirées de ces entretiens préliminaires ont servi à la formulation de questions ouvertes destinées à explorer l'expérience de 90 autres victimes de la violence familiale issues de milieux socio-économiques divers. Près de la moitié d'entre elles étaient des femmes au foyer, tandis que 16 % travaillaient dans des bureaux ou des banques ou occupaient un poste à responsabilités. Les deux tiers d'entre elles avaient été mariées d'office, alors que les autres avaient fait un mariage d'amour. La plupart avaient des enfants, âgés de 7 à 13 ans.

Environ les deux tiers des femmes qui avaient participé à cette composante de la recherche disaient que leur mari les maltraitait pratiquement tous les jours. La violence à laquelle elles étaient mises en butte revêtait un caractère non seulement physique, mais aussi verbal, psychique et sexuel. Les liaisons extraconjugales constituaient la principale source de conflit marital. A cela s'ajoutaient l'ingérence de la belle-famille et l'alcoolisme, suivis des troubles de la personnalité et d'autres problèmes psychiatriques. « Il dit que je suis trop grosse, que je sens mauvais, que je suis laide et qu'il y a d'autres filles au marché qui sont mieux que moi et qui le satisfont davantage », confie une femme, se faisant l'écho de plusieurs autres. Souvent, les mauvais traitements étaient renforcés par les membres de la belle-famille et ils visaient aussi les membres de la famille de la victime. « Il se moque de ma famille, il dit que mes frères sont des goondas [petits truands], des voleurs, et que personne ne voulait de moi dans mon village », avoue une autre. « C'est pour cela que je suis venue de si loin. Il se moque de la façon dont j'ai été élevée et dit que je suis incapable de me comporter comme une femme en public, que je me comporte comme une servante dans un village. Il se moque de ma cuisine et dit qu'elle plairait aux pourceaux, parce que c'est ce qu'ils mangent. J'ai horreur de ces railleries, qui viennent non seulement de lui, mais aussi de sa mère et de sa soeur. »

D'autres femmes ont décrit diverses formes que revêtait le douloureux manque d'égards de leur mari envers elles. « Il ne me gifle que lorsque je n'arrête pas de lui demander de faire attention à moi », dit l'une d'elles.
« Autrement, il m'ignore, c'est tout. » Une autre se souvient : « Le lendemain de notre nuit de noces, il a dormi à la porte de la chambre, mais pas à l'intérieur, alors je me suis allongée à côté de lui, mais il m'a repoussée. Depuis, il ne m'adresse plus parole et ne manifeste aucune tendresse à mon égard. »

Beaucoup de femmes ont parlé de l'escalade et de la diversification des actes de violence. « Cela fait quelques mois seulement qu'il a commencé à me battre », témoigne une femme. « Il me gifle, me jette par terre et me donne des coups de pied. Au départ, il se contentait de m'insulter. » Une autre raconte : « Autrefois, il me battait. Maintenant, la violence est plus psychologique et économique. Il voit bien que je n'ai pas d'argent pour manger, et il ne me parle pas, mais quand il le fait, c'est pour me narguer. Rien d'autre. » En dépit de ces sentiments, les femmes avaient tendance à envisager la violence et les insultes auxquelles elles étaient en butte comme « un facteur mineur dans le cadre global de leur relation de
couple », explique Dias Saxena, l'assistante sociale du centre Saganth qui a mené cette recherche qualitative. Cette recherche s'insérait dans un projet plus vaste appuyé par la fondation John D. et Catherine T. MacArthur et qui avait pour objectif d'aider les victimes et leur famille à reconstruire leur vie de famille ou, si ce n'était pas possible, d'aider les victimes à se refaire une vie. Ce projet, parrainé par le Family Health Programme du centre Sangath, misait essentiellement sur la fourniture de services de counseling, la défense des intérêts des femmes, la formation, la coopération et la dissémination d'informations.

« Pour beaucoup de femmes, la violence n'était qu'un des problèmes qui émaillaient leur vie de couple », explique Dias Saxena. « Elles avaient conscience de certains aspects positifs du mariage. » Pratiquement aucune ne voulait renoncer au mariage, que ce soit pour des raisons économiques, pour éviter de traumatiser les enfants, pour éviter aussi les sanctions religieuses et l'opprobre de la société, de peur de trouver la mort ou par crainte de perdre leurs enfants.

La quasi-totalité des femmes qualifiaient la violence familiale d'inacceptable, mais elles étaient rares à avoir exprimé auparavant ce sentiment. De même, peu d'entre elles allaient consulter un médecin quand elles avaient subi des sévices. Beaucoup de femmes disaient essayer de se dérober à la violence et, le cas échéant, elles disaient crier au secours ou tenter de se défendre par leurs propres moyens. Ce n'est que dans les cas extrêmes qu'elles se tournaient vers le corps médical.

Fréquence de la violence familiale
petite image d'un diagramme montrant la fréquence de la violence familiale à Goa, en Inde 
cliquez sur l'image pour voir une version plus grande

En liaison avec cette recherche, une intervention au centre Sangath a été formulée à partir de quatre volets, et ce dans le but de mieux répondre à des situations précises. La première composante, visant à atténuer le mal causé par la violence, ciblait les partenaires violents en leur proposant une thérapie individuelle. « Mais ceux qui commettaient des voies de fait étaient généralement réfractaires », note Dias Saxena. La deuxième stratégie, la plus populaire, visait à proposer une thérapie individuelle aux femmes pour les aider à classer leurs difficultés maritales par rang de priorité et à les régler une à la fois. Le troisième volet de l'intervention, qui portait sur la thérapie familiale (et faisait intervenir les enfants et les membres de la famille élargie), s'est révélé moins fructueux : si 93 % des clientes s'y pliaient, 39 % seulement des conjoints le faisaient. En revanche, la quatrième composante (le counseling des couples) a produit des résultats un peu meilleurs parce que les partenaires blessants ou violents souhaitaient éviter que toute leur famille ne soit mêlée à la situation. En outre, la thérapie de couple semblait être une bonne option, en particulier pour les familles de la classe supérieure, désireuses d'éviter l'opprobre d'un règlement juridique. Le counseling de couple fournissait l'occasion d'établir un code de conduite qui interdisait la violence, d'apprendre au mari et à la femme à mieux communiquer et de clarifier ce qui est attendu des deux sexes lorsque des compromis s'imposent.

Pendant les visites au foyer, qui visaient à déterminer si les voies de fait avaient cessé et si les attitudes vis-à-vis de la violence avaient évolué, seulement six (7 %) des 87 femmes faisaient état d'actes violents une fois l'intervention mise en route. Plus des deux tiers des femmes avaient quitté leur mari à la fin de l'intervention, mais 43 % des séparations s'étaient faites en bons termes. Par la suite, cette intervention a été calquée par la Direction des affaires relatives aux femmes et aux enfants, avec le parrainage de la Commission de Goa pour les femmes. Ainsi est né le réseau de conseillers et d'experts juridiques qui s'emploient à aider les victimes de la violence familiale. Des travaux de recherche sont en cours pour évaluer cette intervention.

— Kim Best

Référence

  1. Dias Saxena F. Nirmaan: building a programme for sustainable intervention for family violence in Goa. Unpublished draft report. Sangath Centre, 2002.