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couverture de la revue

Santé de la reproduction

Les jeunes : vulnérables, mais résilients

Une meilleure prise en compte de leurs besoins produit de nouvelles initiatives et de nouveaux alliés.

Network en français : 2002, Vol. 21, No. 3

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SOWETO, Afrique du Sud – Par une belle après-midi d'août, en attendant que démarre le programme de sensibilisation au sida, 400 élèves environ étaient rassemblés dans la grande cour de l'école secondaire Mafori Mphahlele. En plein soleil, Marie, 16 ans, Nomomde, 17 ans, Mbali, 16 ans et Margaret, 17 ans, riaient ensemble en collant sur leurs uniformes des vignettes avec les slogans Safe Sex Saves Lives (Rapports protégés = Vies sauvées) et Protect the Ones You Love (Protège ceux que tu aimes). Marie s'était même fait des boucles d'oreille avec plusieurs autocollants. Et les garçons en couvraient aussi leurs corps et leurs vêtements.

Ce long programme, qui devait durer tout l'après-midi, incluait des conférenciers invités, des sketches joués par les élèves, des démonstrations de l'emploi du préservatif, l'apparition d'un bonhomme-condom (Trust man), de la musique, des poèmes et des chansons écrits par les élèves, ainsi que l'allumage de bougies en solidarité avec toutes les victimes du sida. Durant tout le programme, qui se prolongeait bien après l'heure normale de la fin des cours, les élèves se montraient très patients. Le moment le plus remarquable de l'après-midi était celui de l'intervention d'une jeune femme de 18 ans, Michelle.

 photo d'élèves d'école secondaire en Afrique du Sud
Des élèves de l'école secondaire Mafori Mphahlele de Soweto, en Afrique du Sud, pendant un récent programme de sensibilisation au sida.

« Quand j'étais à l'école, je n'avais pas une attitude positive », avouait-elle aux élèves. « J'avais des rapports sexuels et je ne pensais qu'à mes petits amis. » Après une pause, elle se tournait vers l'auditoire, la main levée, en demandant : « Votre vie tourne-t-elle autour du sexe ? », à quoi de nombreux élèves répondaient en criant : « Non ! » Michelle poursuivait : « On veut s'amuser, mais on attrape au passage une grossesse, une infection sexuellement transmissible ou le sida. Comment pouvez-vous ignorer cela ? Comme vous, j'avais des rêves. Je m'imaginais un jour danseuse ou musicienne. Mais tout ce qui m'intéressait, c'était le sexe. J'aimerais bien être à votre place aujourd'hui. Je suis tombée enceinte. Mon copain m'a abandonnée. Il ne pouvait pas assumer ses responsabilités. »

Seule face aux 400 élèves, Michelle continuait calmement : « Après la naissance, j'ai voulu allaiter mon bébé au sein, mais ils ont fait venir un médecin et un conseiller. Ils m'ont dit que j'étais infectée par le VIH et que je ne pourrais pas allaiter ma fille. Cette nouvelle m'a paralysée. Je savais que j'allais mourir. » Elle faisait une pause, puis, en regardant les étudiants bien en face, elle ajoutait : « Nous devons changer nos comportements. Quand vous buvez de l'alcool, vous vous relâchez. Vous devez respecter vos parents. Soyez-leur reconnaissants des conseils qu'ils vous prodiguent. Le sexe est un cadeau réservé aux gens mariés, pas aux jeunes comme nous. Parents et professeurs, nous avons besoin de vous pour nous guider. »

Vulnérables et résilients

Comme les autres adolescents du monde entier, les élèves de l'école Mphahlele sont à la fois vulnérables et résilients. Mais de nouveaux alliés sont apparus dans le camp des jeunes. Ils viennent renforcer le soutien qu'apportent déjà parents, enseignants, camarades et ressources communautaires traditionnelles. De nouvelles initiatives voient le jour contre les dangers qui menacent la jeunesse et qui sont souvent liés aux comportements sexuels.

Les dix dernières années ont été celles d'une meilleure compréhension des besoins des jeunes en matière sexuelle et en santé de la reproduction. Divers travaux ont montré que, dans de nombreux pays, l'âge du premier rapport intime chute alors que celui du mariage augmente, avec pour conséquence un allongement de la période de possible activité sexuelle avec des partenaires multiples.1 On accorde aujourd'hui plus d'attention aux normes culturelles propres à chaque sexe, sans dissimuler le problème de violence masculine et en ouvrant de nouvelles possibilités aux garçons comme aux filles. Si ces normes évoluent, les filles pourront mieux se défendre contre des rapports non désirés et les garçons adopter des attitudes plus respectueuses et des comportements moins dangereux.2

« Les besoins des adolescents sont bien mieux pris en compte », souligne Mme Nancy Williamson (FHI), directrice de YouthNet. Ce nouveau programme d'une durée de cinq ans et d'un budget de 85 millions de dollars US vise à améliorer la santé de la reproduction chez les jeunes. Il est en partie financé par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). « Durant la dernière décennie, les barrières sont lentement tombées. Par exemple, l'éducation sexuelle à l'école est aujourd'hui plus fréquente. Les lignes directrices des programmes ont également évolué de telle sorte que davantage de prestataires prennent en charge des jeunes non mariés. Et nous commençons à savoir quels types de services sont les plus efficaces. »

Des services porteurs de succès

Pour pouvoir atteindre les jeunes, il faut employer des techniques différentes de celles utilisées chez les adultes. La plupart des adolescents ne s'intéressent pas d'eux-mêmes aux services de santé de la reproduction. Pour les inciter à fréquenter ces derniers, les programmes doivent d'abord sensibiliser les jeunes aux questions qui peuvent les concerner.

L'Organisation mondiale de la Santé, le Fonds des Nations Unies pour la population, le projet FOCUS on Young Adults, qui est financé par l'USAID, et d'autres organismes ont discerné plusieurs facteurs-clés pour la conception de bons programmes destinés aux jeunes :3

  • Identifier le groupe cible. Analyser atouts et besoins.
  • Faire coopérer les jeunes à la conception.
  • Associer la communauté au projet, y compris les parents.
  • Partir des projets existants et établir des passerelles entre eux.
  • Utiliser les matériels conçus par les jeunes et pour les jeunes.
  • Créer les services accessibles répondant aux besoins réellement exprimés par les jeunes.

Evaluation des interventions

Les programmes tentent aujourd'hui d'appliquer ces règles à toute une gamme d'activités, qu'il s'agisse de leurs services communautaires, de dispensaires conviviaux pour les jeunes, d'actions éducatives en milieu scolaire, de campagnes médiatiques ou encore de lignes d'assistance téléphonique (téléphone rouge). Certaines organisations ont pu expérimenter et déterminer les approches les plus efficaces. L'institut américain John Snow a ainsi évalué dans huit pays et sur la période 1995-2000 ses propres services destinés aux jeunes. Il en a tiré 22 leçons. La présence d'un « champion pour la jeunesse » au sein d'un centre de prestations peut favoriser un climat convivial. L'éducation de jeunes par d'autres jeunes (on parle d'éducation par les pairs) est une méthode à retenir. Il faut essayer de vaincre les résistances existant dans certaines communautés vis-à-vis d'interventions en faveur des jeunes. Le lancement d'une action ou d'un projet séparé est inutile pour bien servir les jeunes.4

 photo d'un poster en Afrique du Sud encourageant les discussions ouvertes sur les comportements ayant un impact en santé de la reproduction
Le programme de sensibilisation au sida de Soweto, en Afrique du Sud, encourageait des discussions ouvertes sur les comportements ayant un impact en santé de la reproduction.

L'examen de plusieurs types de projets permet de tirer des leçons profitables aux concepteurs des programmes. Ainsi :

Les maisons de jeunesse polyvalentes attirent surtout les garçons, les jeunes les plus âgés ou les jeunes adultes, et un faible pourcentage de ceux qui les fréquentent y viennent pour s'informer sur la santé de la reproduction. Les centres de jeunesse gérés par des organismes de planification familiale « sont souvent stigmatisés par la communauté et par les jeunes eux-mêmes », comme l'indique une récente étude du Population Council. « De nombreux jeunes, surtout les filles, évitent les organismes de planification familiale, car leur fréquentation laisse supposer qu'on est sexuellement actif ou encore qu'on est atteint d'une maladie sexuellement transmissible. »5

Les activités organisées conjointement avec les scouts peuvent permettre d'atteindre efficacement les jeunes à l'école comme en dehors, bien qu'il faille consacrer du temps à la formation d'un encadrement peu familiarisé aux questions de santé de la reproduction. Une étude a montré que les jeunes répondent mieux aux programmes intégrés aux activités des scouts qu'à ceux offerts séparément.6

Les lignes d'assistance téléphonique (téléphone rouge) et les programmes de radio durant lesquels les jeunes peuvent appeler la station sont de bons moyens d'atteindre une large part de ce public. Selon un rapport de FOCUS on Young Adults consacré à ces types d'interventions, « elles permettent aux jeunes d'obtenir renseignements, conseils et contacts d'une façon à la fois pratique, anonyme, interactive et bienveillante. » Mais l'évaluation de tels projets s'avère difficile, car les appels sont traités confidentiellement. De plus, leur viabilité n'est pas garantie ; aux Philippines par exemple, après l'arrêt du soutien dont elle bénéficiait, une ligne d'assistance n'a dû sa survie qu'à l'intervention d'une compagnie téléphonique acceptant de se substituer au donateur initial.7

La combinaison de plusieurs approches, comme une campagne médiatique doublée d'une intervention en milieu scolaire et d'une action au niveau communautaire, peut être efficace. C'est ce qu'a démontré au Paraguay le projet Arte y Parte/PROMES, qui ciblait les jeunes de 15 à 19 ans. Il incluait des ateliers dans les écoles, des animations théâtrales dans la rue, un programme radiodiffusé d'une heure chaque semaine, ainsi que la coopération de « pair-éducateurs » (éducateurs du même âge). Une évaluation du projet a révélé qu'il avait touché 44 % des jeunes des grandes villes, mais que son succès était moindre auprès des adolescents non scolarisés ou de milieux défavorisés. Le recours aux médias est surtout efficace lorsqu'il cible des groupes bien précis et quand il est associé à des ressources plus interactives.8

Confidentialité. Au Kenya, des chercheurs ont noté que les pair-éducateurs ont tendance à porter des jugements sur leurs camarades ayant des relations sexuelles préconjugales. Et seulement 42 % des jeunes interrogés estimaient que ces pair-éducateurs étaient dignes de confiance et capables de discrétion. Les chercheurs en ont conclu qu'il faut « accorder une attention particulière aux attitudes des membres des équipes et à la qualité de leurs prestations ».9

Peu de travaux ont été publiés sur le rôle des jeunes de sexe masculin dans le domaine de la santé de la reproduction et sur leur prise en compte par les programmes de lutte contre le VIH et le sida. Une récente étude du Panos Institute a montré que les adolescents et les hommes âgés de 15 à 24 ans constituent le groupe ayant le maximum de partenaires intimes et qu'ils sont loin d'utiliser systématiquement un préservatif. « La majorité des programmes de lutte contre le VIH/SIDA ciblent soit la jeunesse en général, soit uniquement les adolescentes et les jeunes femmes », constate Thomas Scalway, qui a rédigé le rapport final de cette étude. « Ce sont les garçons et les hommes jeunes qui représentent la sous-population la plus susceptible de s'exposer au risque d'une contamination par le VIH et, pourtant, ils sont largement ignorés des programmes de sensibilisation et de prévention. »10

Les experts s'accordent aussi à souligner le manque d'évaluations et d'études sérieuses portant sur des questions comme les efforts de faire participer les jeunes, l'efficacité des coûts, la viabilité des projets et leur impact. Un examen des programmes pour la jeunesse financés par la Gates Foundation a montré que deux tiers d'entre eux ont mis en place des services de prestations cliniques adaptées aux jeunes et ciblant surtout ceux non mariés. Mais de nombreux travaux ont mis en évidence la difficulté d'attirer les jeunes dans de tels centres et aucune des parties donatrices n'a pu démontrer la réussite d'une telle stratégie.11 Une autre étude d'évaluation de divers programmes a conclu qu'étant donné « les limites en ressources financières et humaines, de même que le grand nombre de jeunes à assister, il faut trouver des moyens plus économiques pour atteindre cette population. »12

Expansion des projets

 photo d'un élève jouant un sketch dans le cadre du programme de sensibilisation au sida de Soweto, en Afrique du Sud
Un élève jouant un sketch dans le cadre du programme de sensibilisation au sida de Soweto, en Afrique du Sud.

L'expansion des projets pour la jeunesse tient compte des leçons tirées d'efforts antérieurs. Mais d'autres facteurs jouent aussi sur ce développement, que ce soit par exemple les sources de financement, la situation propre à chaque pays ou encore les personnalités en jeu. En Afrique du Sud par exemple, il existe de multiples projets se faisant concurrence pour les ressources, l'accès aux jeunes et l'attention de ces derniers.

Un organisme de marketing social et d'action éducative, Society for Family Health (SFH), travaille sur le terrain depuis le début des années 90. La SFH s'est mise à concentrer davantage de ses efforts en faveur des jeunes de Soweto, comme ceux de l'école secondaire Mphahlele. A ce titre, il a produit des films et des séquences pour la télévision. De son côté, le ministère de la Santé a lancé une grande campagne contre le sida intitulée Beyond Awareness Consortium. Une de ses composantes, le projet Soul City, a eu beaucoup de succès en faisant intervenir divers groupes à des actions éducatives à travers toute l'Afrique du Sud. Et l'initiative la plus récente et la plus importante, loveLife, a démarré en 1999 avec un financement solide, un recours aux médias et des campagnes de santé publique pour promouvoir chez les jeunes un mode de vie sain et hygiénique.

« La situation en Afrique du Sud est nettement plus compliquée que dans d'autres pays du continent », indique Rob Giger, qui a participé en République démocratique du Congo, en Guinée et en Côte d'Ivoire à des campagnes de marketing social du préservatif, avant de s'établir en 1999 à Johannesburg pour y diriger le programme SFH. « Il existe une infrastructure ici, ce qui est très encourageant, et le sida est un thème qui occupe le devant de la scène, ce qui est une bonne chose. Mais la concurrence entre les diverses organisations est regrettable. En Côte d'Ivoire, nous pouvions couvrir 75 % du pays. Ici, c'est beaucoup plus difficile. » La grande variété de l'offre (sources multiples, choix de préservatifs, écarts de prix) donne aux consommateurs plus de liberté et, pour les fidéliser, les prestataires se font concurrence.

Le gouvernement a favorisé une distribution massive et gratuite du préservatif. « Le danger d'une telle stratégie », avertit M. Giger, « c'est qu'on compte ensuite sur les autorités pour résoudre les problèmes et pour poursuivre un tel approvisionnement. Mais il faut que les gens prennent leurs responsabilités, il faut qu'ils réduisent le nombre de leurs partenaires tout en se protégeant avec le préservatif. Il faut que chacun se dise : "J'ai un rôle à jouer." »

– William R. Finger

Références

  1. McCauley AP, Salter C, Kiragu K, et al. Meeting the needs of young adults. Popul Reports 1995;J(41):3-9.
  2. Finger WR. Some cultures tolerate risky male behaviors. Network 2000;20(3):21-23; Barnett B. Gender norms affect adolescents. Network 1997;17(3):10-13.
  3. WHO/UNFPA/ UNICEF. Action for Adolescent Health: Towards a Common Agenda: Recommendations from a Joint WHO/UNFPA/UNICEF Study Group. Geneva: World Health Organization, 1997; Senderowitz J. Reproductive Health Outreach Programs for Young Adults. Washington: FOCUS on Young Adults, 1997; Senderowitz J. Thematic evaluation on adolescent reproductive health – global report submitted to UNFPA. Unpublished paper. Geneva: United Nations Population Fund, 1996; Johnson S, Finger WR, Rivera R, et al. Reproductive Health of Young Adults: Contraception, Pregnancy and Sexually Transmitted Diseases. Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1997.
  4. Newton N. Applying Best Practices to Youth Reproductive Health: Lessons Learned from SEATS' Experience. Arlington, VA: John Snow, Inc., 2000.
  5. Overview of youth center assessments in Kenya, Zimbabwe and Ghana. Unpublished paper. Population Council, 2000.
  6. Kahuthia G, Radeny S. Project highlights: using scouting as a vehicle for reaching out-of-school youth. Program for Appropriate Technology in Health, 2001. Available online.
  7. Moch L, Stevens C. In focus: reaching adolescents through hotlines and radio call-in programs. FOCUS on Young Adults, 1999. Available online.
  8. Aguilar P, Booking SM. Project highlights: combining mass media, school, and community-based approaches. FOCUS on Young Adults, n.d. Available online.
  9. Operations Research Technical Assistance, Africa Project II. Programme Briefs: Adolescents: Population Council, n.d.
  10. Scalway T. Young Men and HIV: Culture, Poverty and Risk. London: Panos Institute, 2001.
  11. Shepard B, Nuñez JG, Helfenbein S. Youth program strategies in the Bill and Melinda Gates Foundation's Global Health Program: a strategic assessment. Unpublished paper. Gates Foundation, 2001.
  12. Hughes J, McCauley AP. Improving the fit: adolescents needs and future programs for sexual and reproductive health in developing countries. Stud Fam Plann 1998;29(2):233-45.

 

Une campagne encourageant les jeunes
à discuter de sexualité

En Afrique du Sud en bordure de Soweto, près des stations de taxis et des arrêts de bus que prennent des dizaines de milliers de banlieusards pour se rendre chaque jour à ville voisine de Johannesburg, un grand panneau publicitaire domine les étals des marchands de légumes. A la croisée de routes poussiéreuses se détachent les images de deux jeunes et, en gros caractères de couleur rose, le court message : His and Hers (en français : Partenaires). En bas de l'affiche, dont le fond violet vif tranche sur le ciel dégagé, on peut lire le slogan : loveLife: Talk about it (loveLife : il faut en parler). Que signifie cette publicité ? A-t-elle vraiment un impact sur le public ciblé ? Que veut dire loveLife (amourVie) ? Amour de la vie d'autrui ? Ou vie sexuelle ?

« Ce message évoque un état d'esprit, un espoir pour le futur », déclare Jonathan Stadler, attaché au Reproductive Health Research Unit de l'université de Witwatersrand et directeur de recherche pour le projet loveLife. Assis dans son bureau de l'hôpital Baragwanath, face à la station de taxis, M. Stadler explique comment cette campagne vise à « créer une nouvelle culture. Il s'agit de stimuler les gens, de les encourager à se manifester et à discuter entre eux de la vie. » La campagne repose notamment sur l'utilisation de panneaux d'affichage, sur des efforts de mobilisation communautaire et sur une ligne d'assistance téléphonique.

A travers cette campagne, le projet loveLife vise à sensibiliser les jeunes aux questions de santé de la reproduction et à les aider à acquérir certaines compétences (on parle d'aptitudes à la vie quotidienne). En 2000, il a lancé de multiples services à leur intention. Ainsi, huit centres de prestations pour les jeunes (appelés les Centres-J) ont été implantés et les dispensaires existants ont été rendus plus accueillants pour les adolescents. Le projet a également financé des efforts d'éducation par les pairs et des projets d'action communautaire en collaboration avec la Planned Parenthood Association of South Africa (PPASA). Par ailleurs, il parraine chaque année une compétition sportive.

L'un de ces Centres-J se trouve à Orange Farm, une commune rurale à quelques 45 minutes de Soweto, dans laquelle vivent des Noirs aux revenus modestes. Une infirmière de la PPASA, Khanyisile Khumalo, travaille dans cette unité qui vient juste de démarrer et qui ne compte pour l'instant qu'un seul autre employé et quelques pair-éducateurs. Le matin, elle se rend dans les écoles pour discuter avec les jeunes et, l'après-midi, elle assure une permanence au centre pour les prestations cliniques. « Nous proposons aussi des ateliers dans lesquels nous parlons de questions sexuelles, de la grossesse, des infections sexuellement transmissibles, des abus sexuels et des aptitudes à la vie quotidienne », explique-t-elle. « Je suis optimiste. Plus vous informez les jeunes, plus vous corrigez leurs idées fausses. Nous faisons appel à des techniques de motivation pour leur apprendre à s'affirmer dans leurs relations avec leurs partenaires. »

Mais il reste à voir si le projet est capable d'atteindre ses ambitieux objectifs. Une enquête conduite auprès de 1.000 personnes a montré que loveLife était un nom familier à plus de la moitié des sujets interrogés (échantillon composé de 600 adolescents de 12 à 17 ans et de 400 adultes de plus de 25 ans). Environ un tiers des personnes sondées avait entendu parler du projet grâce à S'canto, une émission télévisée. S'canto suit des jeunes qui voyagent dans le pays pour parler à leurs pairs de questions sexuelles. Les affiches publicitaires utilisées pour la campagne étaient aussi connues d'un grand nombre.1

Une autre étude sur les centres pour adolescents en Afrique du Sud a révélé que ceux du projet loveLife sont très bien connus, sans doute parce que leurs locaux sont à la fois neufs, spacieux et rehaussés de couleurs. Les jeunes des deux sexes fréquentent les centres loveLife et s'intéressent surtout aux activités récréatives. Selon les chercheurs ayant mené cette étude, « en offrant aux jeunes des installations de sports et de loisirs, on peut espérer satisfaire largement aux objectifs de développement du programme. Mais le lien entre de telles activités et un impact positif sur la santé des jeunes n'est pas si évident. »2

Certains experts demeurent sceptiques. Le projet loveLife leur paraît très coûteux. Il semble aussi manquer d'une claire orientation. « Ce projet n'a pas de modèle, ce n'est qu'une approche », estime Warren Parker, qui est directeur du Center for AIDS Development, Research and Evaluation, un organisme de recherche basé à Johannesburg et ayant examiné les programmes nationaux de sensibilisation au sida et de distribution de préservatifs en Afrique du Sud. « Le projet loveLife n'est qu'une campagne de relations publiques plaquée sur une idée. Son recours aux médias coûte cher, sans pour autant promouvoir assez le préservatif. Il faudrait consacrer plus d'efforts à la résolution de problèmes bien spécifiques comme la pénurie épisodique de préservatifs et la nécessité d'en assurer aux jeunes un accès régulier, surtout dans des zones rurales. »

– William R. Finger

Références

  1. Stadler J. Looking at loveLife the First Year: Summaries of Monitoring and Evaluation, September 1999 - September 2000. Bertsham, South Africa: Reproductive Health Research Unit, Baragwanatah Hospital, n.d.
  2. Erulkar AS, Beksinska M, Cebekhulu Q. An Assessment of Youth Centres in South Africa. New York: Population Council, 2001.

 

Jeunesse en danger
Au sud-ouest de Johannesburg se trouve la cité de Soweto. C'est ici où les jeunes menaient, dans les années 70 et 80, de violentes manifestations contre la politique d'apartheid du gouvernement sud-africain, avec pour conséquence la fermeture de nombreuses écoles. De nos jours, Soweto et ses quelque 4 millions d'habitants vivent dans de meilleures conditions et les établissements scolaires fonctionnent normalement.

Mais dans l'Afrique du Sud du post-apartheid, de nouveaux dangers guettent la jeunesse de Soweto. Ces dangers menacent en fait l'ensemble des pays en développement et nombre de ses 1,5 milliards d'adolescents, soit un habitant sur quatre de notre planète. Les jeunes sont en effet plus vulnérables que les adultes au VIH et aux autres infections sexuellement transmissibles (IST). Environ un tiers des 34 millions de personnes aujourd'hui contaminées par le VIH ont entre 10 et 24 ans et, pour des raisons à la fois biologiques et culturelles, les filles sont les plus touchées.1 Par ailleurs, toujours dans le monde en développement, 13 millions de naissances surviennent chaque année chez des adolescentes âgées de 15 à 19 ans et souvent non mariées. Dans la plupart des cas, ces mères abandonnent leur scolarité pour élever leur enfant sans recevoir aucune aide du père.2 De plus, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu'entre 1 et 4,4 millions d'avortements sont pratiqués annuellement sur des filles et des femmes de 10 à 24 ans, et, que la plupart de ces interruptions de grossesse s'effectuent dans des conditions illégales et dangereuses au plan de la santé.3

– William R. Finger

Références

  1. Young People and Sexually Transmitted Diseases, Fact Sheet No. 186. Geneva: World Health Organization, 1997; Report on the Global HIV/AIDS Epidemic. Geneva: Joint United Nations Programme on HIV/AIDS, 2000.
  2. Barnett B, Eggleston E, Jackson J, et al. Case Study of the Women's Centre of Jamaica Foundation: Program for Adolescent Mothers. Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1996.
  3. Young People and Sexually Transmitted Diseases: WHO Fact Sheet No. 186. Geneva: World Health Organization, 1997.