Traditionnellement, les centres de planification familiale sans laboratoire se sont fondés sur les saignements menstruels pour écarter l'éventualité de la grossesse. Dans de nombreux cas, cette approche a débouché sur l'adoption de politiques visant à interdire la pose d'un dispositif intra-utérin (DIU) et la fourniture d'autres méthodes de planification familiale en dehors de la période des règles.
Or ces politiques ne répondent pas à une nécessité médicale et elles risquent même de favoriser les grossesses imprévues si la femme doit attendre des semaines avant d'être autorisée à utiliser un contraceptif. Les prestataires peuvent prendre d'autres mesures pour s'assurer que les clientes des services de planification familiale ne sont pas enceintes, notamment en les interrogeant, en les examinant ou en leur faisant passer des examens de laboratoire.
Différer l'accès des femmes à la contraception pour coincider avec leur cycle menstruel pourrait même décourager certaines d'entre elles à recourir à la planification familiale, dit le docteur Roberto Rivera, directeur des affaires médicales internationales à Family Health International. « Cela signifie une consultation supplémentaire au centre de planification familiale. La cliente peut se sentir frustrée. Elle a pris une décision et s'est donné du mal pour obtenir des services de planification familiale, mais on n'a pas répondu à ses attentes. Il se peut qu'elle ne revienne pas, ou qu'elle tombe enceinte pendant la période d'attente. »
Dans une étude sur l'utilisation du DIU au Kenya, les chercheurs ont constaté que la première question généralement posée à la cliente au moment de son interview initial tenait à la menstruation. « Une cliente seulement a été informée qu'elle pouvait se faire insérer un DIU si elle n'avait pas eu de rapports sexuels depuis ses dernières règles", ont constaté les auteurs de l'étude.1 Au Ghana, les trois quarts des prestataires ayant fait l'objet d'une enquête ont différé la distribution de contraceptifs oraux à leurs clientes qui demandaient la pilule en dehors de la période des règles.2
Le Technical Guidance Working Group, comité organisé par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international qui réunit des praticiens et des experts de la planification familiale du monde entier, a élaboré les recommandations suivantes pour écarter le risque de grossesse chez les clientes.3
Un clinicien peut normalement savoir si une femme est enceinte en lui demandant si elle présente certains symptômes de la grossesse, par exemple l'absence ou la modification des règles, des nausées, une fatigue persistante, des douleurs mammaires ou le gonflement des seins, une fréquence accrue de la miction ou la perception des mouvements du foetus.
De surcroît, les prestataires peuvent être relativement sûrs que la femme n'est pas enceinte si l'une des trois conditions suivantes est remplie :
- la femme n'a pas eu de rapports sexuels depuis ses dernières règles normales
- elle a utilisé une méthode contraceptive fiable d'une manière correcte et systématique
- elle n'a pas dépassé le septième jour depuis le début de ses règles normales
- elle n'a pas dépassé la quatrième semaine du post-partum (pour les femmes qui n'allaitent pas) ; ou le septième jour après un avortement ; ou elle pratique correctement la Méthode de l'allaitement maternel et de l'aménorrhée (elle est aménorrhéique et elle allaite complètement ou presque complètement au sein un enfant de moins de six mois).
Pour déterminer si une femme est enceinte, les prestataires peuvent aussi l'examiner, mais cela est rarement nécessaire. Aux alentours de la 18e semaine, ils peuvent entendre les battements du cur du foetus à l'aide d'un stéthoscope et même déceler ses mouvements.
Ils peuvent aussi avoir recours à des examens de laboratoire pour diagnostiquer une grossesse. Mais souvent, ces analyses ne sont pas disponibles, ou alors à un coût exhorbitant, et elles se révèlent fréquemment inutiles.
-- Barbara Barnett
Notes
- Stanback J, Omondi-Odhiambo, Omuodo D. Final Report: Why Has IUD Use Slowed in Kenya Part A - Qualitative Assessment of IUD Service Delivery in Kenya. Research Triangle Park: Family Health International, 1995.
- Twum-Baah KA, Stanback J. Provider Rationales for Restrictive Family Planning Service Practices in Ghana. Final Report. Research Triangle Park: Ghana Statistical Service and Family Health International, 1995.
- Curtis KM, Bright PL, eds. Recommendations for Updating Selected Practices in Contraceptive Use: Results of a Technical Meeting, Volume I. Chapel Hill: Technical Guidance Working Group, U.S. Agency for International Development, 1994.