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Aspects du financement des services de planification familiale en Afrique subsaharienne

Guide sommaire 3.
Développement de la participation du secteur commercial

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Ce guide sommaire traite des moyens d'alléger la charge des services subventionnés de planification familiale en développant le rôle du secteur commercial. Il examine les points suivants:

  • Définition du secteur commercial pour les services de planification familiale.
  • Etendue et caractéristiques du secteur commercial en Afrique subsaharienne.
  • Fréquentation du secteur public par les clients pouvant payer les prix de ce secteur.
  • Interventions possibles pour promouvoir la croissance de ce secteur.
  • Questions à considérer avant tout investissement supplémentaire dans ce secteur.

Question No 1 :

Comment définir le secteur commercial pour la planification familiale ?

On entend ici par secteur commercial les distributeurs détaillants, les agents et les centres de santé privés, les employeurs ainsi que les caisses d'assurance-maladie et les organisations de soins intégrés, qui, dans un but lucratif, délivrent les prestations ou financent d'une façon ou d'une autre les services de planification familiale.

Le secteur commercial n'inclut pas les prestataires du secteur privé dont l'activité est sans but lucratif, comme celle des missions ou des centres affiliés à la Fédération internationale pour la planification familiale. Quant aux programmes de marketing social, qui représentent le principal mode de distribution des contraceptifs au détail, ils n'ont pas un caractère purement commercial, car ils tendent à être largement subventionnés par les gouvernements et par les organismes donateurs. Ces groupes de prestataires tirent l'essentiel de leurs ressources financières des pays hôtes et des bailleurs de fonds internationaux.

Question No 2 :

Quel rôle le secteur commercial joue-t-il dans le domaine de la planification familiale en Afrique subsaharienne ?

Le secteur commercial de l'Afrique subsaharienne est le moins développé du monde. Dans le domaine de la planification familiale, il représente entre 2 % (Rwanda) et 50 % du marché (Cameroun).1 Une grande partie de cette activité est en fait celle des programmes de marketing social, qui sont subventionnés. Les services de planification familiale à but purement lucratif sont rarissimes dans cette partie du continent.

C'est le secteur public qui fournit la majorité des prestations en planification familiale. Dans la plupart des pays de cette région du monde, plus de la moitié des utilisateurs d'un moyen contraceptif le reçoivent de sources gouvernementales.2 Au Botswana, au Niger et au Rwanda, cette proportion est supérieure à 90 %. En Afrique, le secteur public joue dans la prestation des services de contraception un rôle beaucoup plus important que dans d'autres régions en développement.

Le secteur commercial a-t-il une position dominante pour les méthodes renouvelables ?

Dans la plupart des pays du monde, les méthodes contraceptives nécessitant une intervention clinique, que ce soit par exemple une insertion de DIU ou une stérilisation, sont habituellement dispensées dans des centres contrôlés par les pouvoirs publics ou par des prestataires privés à but lucratif ou non. Les méthodes nécessitant un réapprovisionnement (préservatifs ou pilules contraceptives par exemple) sont quant à elles plutôt du ressort de pharmacies à vocation commerciale. Selon les Enquêtes démographiques et de santé (EDS), cette situation est universelle, à l'exception d'un certain nombre de pays de l'Afrique subsaharienne. Dans presque la moitié des pays étudiés dans cette partie du monde, la part de marché des pharmacies est en effet inférieure à 10 % (cf. Diagramme 1).3,4 Il semble donc que le rôle joué par ces commerces dans la distribution des contraceptifs renouvelables puisse être développé.

Diagramme 1
miniature du diagramme 1

Cliquez sur la miniature pour voir une image détaillée

Question No 3 :

Certains des utilisateurs du secteur public ont-ils les moyens de payer les prix du secteur commercial ?

Plus leurs revenus sont élevés et plus leur patrimoine est important, plus les ménages ont tendance à s'adresser aux prestataires du secteur commercial. A l'inverse, les couples les moins favorisés économiquement sont enclins à fréquenter les points de services aux prix plus modiques gérés par le secteur public ou les organisations non gouvernementales (ONG). Il semble cependant que ces deux groupes ne soient pas si tranchés et que nombre de clients ayant les moyens de payer les prix du secteur commercial préfèrent s'adresser aux services subventionnés.

Pour estimer la proportion de ménages aisés utilisant les services subventionnés en Afrique subsaharienne, on peut exploiter les Enquêtes démographiques et de santé (EDS). Ces enquêtes ne contiennent pas de données sur la richesse ou sur les revenus que l'on puisse corréler directement avec les différents points de service. Cependant, on dispose d'autres informations reflétant le niveau de vie des ménages, comme la profession du chef de famille (travailleur manuel ou non) ou l'existence de l'eau courante au foyer. Si ces paramètres sont loin d'être de parfaits indicateurs de richesse, ils permettent d'estimer la situation et de voir s'il existe une marge suffisante pour que ces clients puissent opter pour le secteur commercial en libérant ainsi des ressources publiques limitées.

Dans la plupart des pays africains, les femmes s'adressant au secteur commercial pour leurs besoins en planification familiale sont aussi celles bénéficiant le plus souvent de l'eau courante à la maison.5 Ces femmes sont aussi celles dont les maris appartiennent plus rarement aux professions manuelles. Dans la majorité des pays, les clients du secteur commercial apparaissent plus aisés que celles du secteur public.

Les clients du secteur public sont cependant loin d'être toutes dans la misère. Au Kenya par exemple, environ 43 % des femmes s'adressant aux centres du secteur public sont en fait mariées à des hommes de professions non manuelles ("cols blancs").6 Et au Ghana, les épouses de cols blancs fréquentent plus volontiers les centres du secteur public que ceux du secteur commercial (cf. Tableau 1). On voit donc qu'une part des subsides publics versés aux programmes de planification familiale bénéficie en réalité à des couples sans problème financier. Si ces couples étaient encouragés à s'adresser au secteur commercial, les ressources publiques ainsi économisées pourraient permettre de mieux servir les classes démunies.

Pour savoir comment les capacités de paiement des utilisateurs du secteur public et du secteur commercial se recoupent, il faudrait connaître les moyennes des différents indicateurs et les intervalles de variation de ces valeurs. Quel est par exemple le pourcentage des clients du secteur public dont les revenus sont comparables à ceux des utilisateurs du secteur commercial ?

Tableau 1. Proportion des maris "cols blancs" dans la population générale et parmi les clientes des secteurs public et commercial.

Pays

Utilisatrices d'une méthode contraceptive

Population générale

Secteur public

Secteur commercial
Ghana

21,5

33,5

29,7
Kenya

24,9

31,4

43,1
Sénégal

50,0

56,6

73,4
Ouganda

17,7

41,4

48,4

Source : Winfrey, 1997.

Question No 4 :

Comment utiliser la segmentation de marché pour accroître la part du secteur commercial ?

La segmentation de marché est une technique utilisée par le monde de l'entreprise. Elle revient à répartir les consommateurs dans des groupes distincts en fonction de certains paramètres, comme leur niveau de revenu, pour pouvoir mieux commercialiser produits et services. Une approche similaire peut être exploitée dans le domaine de la santé, notamment en planification familiale. Elle sert alors à distribuer les utilisateurs en différents groupes en fonction de la méthode contraceptive et du type de prestataire, avant de les assortir avec les sources correspondant le mieux à leurs besoins et à leur capacité financière. Une segmentation de marché efficace peut permettre au secteur public de concentrer ses ressources sur l'assistance aux plus démunis tout en favorisant le recours aux prestations du secteur commercial chez les couples qui ont de quoi payer pour les services.

Les résultats des études sur la segmentation de marché en planification familiale permettent de définir et d'élaborer les stratégies de développement du secteur commercial. De telles études n'ont pas encore été menées en Afrique subsaharienne, mais elles ont été réalisées en Indonésie,7 aux Philippines,8 en Turquie9 et en Egypte10, comme dans d'autres pays. Les résultats de ces travaux indiquent souvent qu'il existe une marge importante de manœuvre et que bien des utilisateurs pourraient être transférés du secteur public vers le secteur commercial. Aux Philippines par exemple, si les femmes des classes moyennes et supérieures sont plus susceptibles de s'adresser aux prestataires du secteur commercial, plus de 40 % d'entre elles continuent à préférer les services subventionnés.11 Il reste à mieux analyser l'influence que ces résultats peuvent avoir sur la planification et la mise en œuvre des stratégies de transfert des programmes subventionnés vers le secteur commercial. Le potentiel des techniques de segmentation de marché devrait être examiné à fond pour ce qui concerne la région subsaharienne de l'Afrique.

Question No 5 :

Quelles mesures peut-on prendre pour développer les activités de planification familiale du secteur commercial en Afrique subsaharienne ?

De nombreux facteurs influencent l'importance du secteur commercial dans le domaine de la planification familiale. Certains de ces facteurs sont liés au développement socio-économique à long terme. Par exemple, dans les pays à faible niveau de vie, il existe une forte corrélation entre le revenu moyen par habitant et la part du secteur commercial.12 On sait aussi que les nations les plus urbanisées sont celles où ce secteur se multiplie le plus rapidement, car les habitants des villes créent une demande suffisante pour faire de la planification familiale une affaire rentable.13

Parmi les facteurs freinant la croissance du secteur commercial, il existe pourtant trois contraintes que peuvent corriger un effort de recherche et la volonté des responsables nationaux :

  • Insuffisance de la base informationnelle sur le marché du secteur commercial.
  • Concurrence des programmes subventionnés aux prestations gratuites ou de prix modiques.
  • Barrières de nature réglementaire ou fiscale.

Ces trois points sont discutés en détail dans les paragraphes suivants.

En quoi le manque d'informations sur le secteur commercial freine-t-il sa croissance ?

La taille et la nature du secteur commercial varient largement d'un pays à l'autre. Il en est de même des contraintes freinant son développement. Toute politique visant à favoriser sa croissance doit être basée sur une entière connaissance des caractéristiques du marché. La planification familiale au sein du secteur commercial a déjà fait l'objet d'études au Kenya,14 au Nigéria15 et au Zimbabwe.16 Dans d'autres pays, comme au Sénégal17 ou en Tanzanie,18 c'est l'ensemble du système de santé privé qui a été analysé. Des travaux similaires doivent être entrepris de manière plus complète pour le domaine de la planification familiale afin de fournir des résultats utiles aux responsables des politiques de santé.

En quoi les programmes subventionnés offrant des services gratuits ou à prix modiques peuvent-ils freiner la croissance du secteur commercial ?

Il existe une forte corrélation entre, d'une part, la proportion de clients bénéficiant de services subventionnés de planification familiale, et, d'autre part, la part de marché du secteur commercial. Cette corrélation est particulièrement nette dans les pays à faible niveau de vie.19 Quand la majorité ou la totalité des utilisateurs reçoit les prestations gratuitement grâce aux programmes financés par les pouvoirs publics ou par les ONG, le secteur commercial ne peut pas résister à une telle concurrence et sa part de marché demeure alors minimale. Et si les programmes subventionnés se développent, cette part tend à se rétrécir encore plus. Au Sénégal par exemple, la part du marché des contraceptifs détenue par ce secteur s'est effondrée de 50 à 25 % vers la fin des années 1980, un effet direct du nombre accru de contraceptifs fournis par les organismes donateurs.20 L'un des moyens les plus efficaces dont disposent les autorités pour favoriser la croissance du secteur commercial est d'arrêter la prestation de services gratuits ou subventionnés aux clients suffisamment aisés pour pouvoir payer.21

En quoi le contexte réglementaire et fiscal freine-t-il la croissance du secteur commercial ?

La croissance du secteur commercial est aussi freinée par tout un éventail d'obstacles réglementaires, fiscaux ou douaniers, qui accablent les prestataires privés et peuvent empêcher le fonctionnement de services de planification familiale dans des conditions rentables. Le développement du secteur commercial ne peut que profiter d'une levée ou d'une réduction de ces obstacles. La Tanzanie fournit un exemple de cette influence du contexte réglementaire et fiscal : la moitié des centres privés existant aujourd'hui à Dar es Salaam, la capitale du pays, ont été créés après la libéralisation en 1991 de la loi sur l'exercice privé.22

Question No 6 :

Quelles mesures peut-on prendre pour accroître la participation de chaque catégorie professionnelle du secteur commercial ?

Les professionnels du secteur commercial regroupent les employeurs, les caisses d'assurance-maladie et les organisations de soins intégrés, ainsi que les prestataires de santé privés et les distributeurs de contraceptifs au détail. Si les mesures nécessaires sont prises, chacune des ces catégories pourrait jouer un rôle plus important dans la prestation des services de planification familiale.

Quel rôle peuvent jouer les employeurs et faut-il chercher à le renforcer ?

Les employeurs peuvent décider d'offrir des services de planification familiale, quand ils estiment que les avantages tirés d'un tel effort (réduction des congés de maternité, gains de productivité) compensent les coûts engagés par leur société. Mais si leurs employés s'adressent déjà à des services de planification familiale en dehors de l'entreprise, ces employeurs n'ont pas intérêt que ces derniers changent de prestataire. Le but des employeurs n'est pas de soulager les services externes à leur société, mais d'augmenter chez leurs employés la proportion des utilisateurs de méthodes contraceptives.

Diverses initiatives ont été lancées pour promouvoir la participation des employeurs. Ces derniers ont bénéficié d'aides techniques et financières, de même que d'analyses coûts-rendements leur démontrant les avantages de services organisés par leur société. Mais, selon les conclusions d'une récente enquête sur les projets ainsi mis en œuvre, les données disponibles sont insuffisantes pour pouvoir déterminer les approches les plus efficaces.23

En fait, on ne sait pas si les employeurs d'Afrique subsaharienne pourront vraiment jouer un rôle majeur avec leurs propres services de planification familiale. Il y a tout d'abord un problème d'échelle : le faible nombre de sociétés, leur taille moyenne, ainsi que le peu d'emplois féminins de ce secteur professionnel, sont des facteurs limitant le potentiel de cette approche. Il est par ailleurs douteux que de tels efforts puissent entraîner un transfert de masse vers le secteur commercial, car les employés de ces entreprises sont déjà parmi ceux les plus enclins à s'adresser aux prestataires privés. Pour ces raisons, parmi d'autres, l'hypothèse d'une expansion des services organisés par les employeurs est peu probable et son impact sur l'allégement des budgets publics ne serait sans doute que négligeable.

Quel rôle peuvent jouer assureurs et organisations de soins intégrés et faut-il chercher à le renforcer ?

Les caisses privées d'assurance-maladie et les organisations de soins intégrés agissent comme des tiers : elles reçoivent les primes de leurs cotisants (ou, plus souvent, de leurs employeurs) et, en retour, payent pour les prestations de santé dont bénéficient leurs assurés.24

Selon une récente évaluation, les efforts de promotion de la participation de ces tiers présentent des risques relativement élevés et peu d'avantages à court terme.25 Caisses d'assurance-maladie et organisations de soins intégrés ont en fait encore moins d'intérêt que les employeurs à financer les services de planification familiale. Si leur régime couvre les dépenses de protection de la maternité, ce qui est rare, elles peuvent vouloir financer les prestations dans l'espoir de réduire le nombre des grossesses et des accouchements. Mais, à l'inverse des employeurs, elles ne peuvent compter sur des gains de productivité ou sur des effectifs plus stables. Par ailleurs, les salariés couverts par ces régimes sont déjà souvent des utilisateurs de contraceptifs, même sans le remboursement d'une caisse-maladie. Par suite, la prise en charge des frais de planification familiale est sans doute une option peu rentable pour ces tiers.

Si les organisations de soins intégrés offraient de couvrir les dépenses de planification familiale, le nombre de clients s'adressant au secteur commercial augmenterait. Mais ce transfert ne contribuerait que faiblement à alléger les coûts du secteur public. Son effet serait sans doute même moindre que celui escompté des services financés par les employeurs. Là encore, la taille du groupe ciblé est trop modeste et les salariées couvertes par ces régimes de protection santé ont déjà tendance à privilégier le secteur commercial.

Comment renforcer le rôle des prestataires de santé du secteur privé ?

Ces prestataires pourraient jouer un plus grand rôle en planification familiale s'ils intégraient des services dans ce domaine à ceux qu'ils proposent déjà. Mais le potentiel de cette approche ne doit pas être surestimé : dans bien des pays d'Afrique subsaharienne, le marché de la planification familiale est si restreint qu'il ne peut être rentable.26 C'est là la raison majeure du manque de dynamisme du secteur commercial vis-à-vis de la planification familiale dans cette région.

Encart 1. Moyens de renforcer le rôle des prestataires de santé privés.

Levée des restrictions existantes. Dans certains cas, la réglementation en vigueur interdit aux prestataires un exercice privé ou restreint le champ d'un tel exercice. La première étape consiste donc à lever ces obstacles et à autoriser la fourniture des services par le secteur commercial. Il faut ensuite avertir les prestataires de ces changements et les informer des nouvelles possibilités existantes. Une récente enquête conduite au Zimbabwe a en effet révélé que la plupart des infirmières ignoraient leur droit à l'exercice privé.27 Il faut aussi alléger les restrictions imposées aux prestataires privés vis-à-vis de la fourniture de moyens contraceptifs. Au Zimbabwe toujours, les médecins exerçant à plus de cinq kilomètres d'une pharmacie n'ont par exemple pas le droit de prescrire des contraceptifs oraux.28

Mise en place d'une formation. Bien des prestataires qui s'intéressent à pourvoir des services de planification familiale manquent en fait de la formation nécessaire. Au Zimbabwe, les médecins considèrent cette lacune comme un obstacle majeur à la prestation des services de planification familiale.29 Plusieurs efforts ont été entrepris avec succès pour corriger le problème. Au Ghana par exemple, les sages-femmes ont pu bénéficier d'un programme de formation : elles sont aujourd'hui connues et respectées pour le rôle qu'elles jouent dans les services de planification familiale.30

Mise en place de formules de financement. Pour pouvoir établir leurs services de planification familiale, les prestataires privés ont besoin de capital. Ils doivent en effet créer ou agrandir leurs installations, s'équiper et acheter les approvisionnements nécessaires. Comme les pouvoirs publics exercent souvent un contrôle décisif sur le marché du crédit, ils peuvent intervenir pour faciliter la création de formules permettant, par exemple, le financement des frais de démarrage.

Comment renforcer le rôle des distributeurs détaillants ?

Si les réglementations en vigueur étaient mises à jour et si une formation suffisante était apportée, les détaillants pourraient aussi jouer un plus grand rôle dans la diffusion des moyens contraceptifs dans la région.

Encart 2. Moyens de renforcer le rôle des détaillants.

Levée des restrictions existantes. Dans bien des pays, la réglementation impose diverses restrictions aux détaillants. Ainsi, au Nigéria, les pharmaciens ont-ils le droit de vendre plusieurs types de produits injectables, mais pas les contraceptifs sous cette même forme.31

Nécessité d'une formation. Bien des détaillants ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour bien dispenser les méthodes contraceptives. Au Zimbabwe, le manque d'informations récentes sur les contraceptifs oraux (CO) empêche de nombreux pharmaciens de vendre ces pilules, même s'ils y sont autorisés par la réglementation en vigueur.32

Question No 7 :

L'introduction du marketing social peut-elle réduire les coûts ou la nécessité d'un financement par les organismes donateurs ?

En planification familiale, le marketing social consiste à vendre les contraceptifs dans des commerces à des prix subventionnés. Il représente le plus gros volume des ventes au détail de moyens contraceptifs. Il exploite certaines techniques de commercialisation pour faciliter la diffusion de ces moyens et les rendre abordables aux consommateurs de revenus faibles ou moyens. Si ces produits sont bien distribués dans des points de vente, ils ne relèvent cependant pas strictement du secteur commercial. Les programmes de marketing social bénéficient en effet de subventions d'organismes donateurs et reçoivent aussi des stocks gratuits de contraceptifs. Plusieurs programmes existent en Afrique subsaharienne. Ils sont habituellement assistés soit par le projet SOMARC (Social Marketing for Change), soit par PSI (Population Services International). Tous ces programmes organisent la vente de préservatifs masculins et certains offrent aussi d'autres moyens contraceptifs. C'est celui en place au Ghana qui propose le plus vaste choix de méthodes, au nombre de cinq. Deux raisons expliquent la place privilégiée occupée par les préservatifs masculins : d'une part, ils sont aussi vendus pour combattre l'épidémie de sida et, d'autre part, ils échappent aux restrictions imposées aux commerces pour la vente des contraceptifs hormonaux.

Il faut savoir si le marketing social peut réduire le coût des programmes de planification familiale et alléger le financement requis des organismes donateurs. Pour répondre sur ces deux points, des chercheurs ont analysé les dépenses de projets subventionnés par SOMARC.33 Selon leurs résultats, le coût d'une année de protection par ménage (année-couple de protection ou ACP) est en effet inférieur avec ces programmes qu'avec les autres modes de distribution des méthodes contraceptives. Mais cette étude n'a retenu que les coûts financés par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), sans inclure aucun des frais à la charge du secteur commercial. Les montants calculés correspondent donc à ceux payés par l'USAID et ne représentent pas le total du coût des programmes. Au fil du temps, avec la prise en charge progressive par le secteur commercial et par les gouvernements des pays en développement de certaines dépenses couvertes par SOMARC au début du projet, l'aide financière de l'USAID devrait diminuer et ne représenter qu'une part toujours décroissante du coût d'une année-couple de protection. Il est possible que le montant total des coûts demeure identique et que seule change leur répartition entre organismes donateurs et sources locales. Mais il est important de savoir que la contribution par ACP de ces organismes devrait diminuer.

Les programmes de marketing social sont censés alléger la dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et des bailleurs de fonds, car ils encouragent les clients à utiliser des services moins subventionnés. Mais une étude menée au Honduras a montré que la mise en place d'un tel programme pour la distribution de contraceptifs oraux (CO) n'a pas permis d'atteindre cet objectif : il a en fait entraîné une réduction de la part de marché des marques commerciales et obligé les organismes donateurs à financer en partie le coût de CO que leurs utilisatrices payaient entièrement auparavant. En Afrique subsaharienne pourtant, le secteur commercial est d'un poids si limité que le transfert de ses clients vers les programmes de marketing social n'aurait que des répercussions négligeables. On a aussi observé une réduction de la part de marché de la distribution à base communautaire, une conséquence jugée positive, mais les économies ainsi réalisées n'ont été que modestes, car ce changement s'est aussi accompagné d'une augmentation du nombre des agents au sein de ce programme.34

Aucune analyse similaire n'a été conduite en Afrique subsaharienne. De telles analyses sont cependant nécessaires avant de pouvoir affirmer que la substitution du marketing social à d'autres modes de distribution permet d'économiser les ressources des organismes donateurs et des pouvoirs publics. D'autres évaluations qualitatives suggèrent que le passage de programmes subventionnés à des programmes autonomes est un processus lent, qui ne réussit pas toujours.35, 36

Question No 8 :

Faut-il investir dans le secteur commercial ?

Avant de décider d'investir des ressources supplémentaires dans le secteur commercial, il faut considérer les points suivants.

Le secteur commercial peut-il prospérer sans développement économique soutenu ?

La taille du secteur commercial varie d'un pays à l'autre, car elle reflète différents contextes socio-économiques sur lesquels les interventions des pouvoirs publics n'ont que peu d'influence à court terme. Les stratégies utilisées pour favoriser la croissance de ce secteur peuvent de ce fait n'avoir qu'un impact limité.

Les organismes donateurs peuvent-ils subventionner les services publics et ceux des ONG tout en aidant le secteur commercial ?

Le développement non ciblé des services subventionnés a freiné la croissance du secteur commercial. Ce dernier ne peut pas résister face à des concurrents dont les prestations sont gratuites ou de prix trop modiques. Le secteur commercial bénéficierait sans doute d'un ralentissement de l'expansion des services subventionnés, mais un tel ralentissement nuirait probablement à la croissance globale des services. Il existe une contradiction fondamentale entre les efforts entrepris pour stimuler le développement des services à travers des programmes subventionnés et ceux entrepris pour mobiliser les ressources nationales en favorisant une plus grande participation du secteur commercial.

Les pouvoirs publics emploient-ils les ressources libérées par le transfert de clients vers le secteur commercial pour développer ou améliorer les services publics ?

On suppose le plus souvent que les ressources libérées seront utilisées par les gouvernements pour mieux prendre en charge les besoins des plus démunis. Mais si ce n'est pas le cas, il est difficile de justifier un investissement quelconque dans le secteur commercial.

Quelles sont les initiatives à prendre en faveur du secteur commercial ?

La plupart des initiatives prises jusqu'à présent pour renforcer le rôle du secteur commercial se sont limitées à la promotion de services offerts par les employeurs ou à leur couverture par les caisses privées d'assurance-maladie. Mais comme indiqué plus haut (cf. Question 6), ces options ne sont pas très fructueuses. Elles ne contribuent sans doute qu'à de faibles taux de transfert des clients vers le secteur commercial. Par ailleurs, si les organismes donateurs entendent appuyer une seule stratégie pour favoriser la croissance de ce secteur, ils devraient investir dans le marketing social, dont les programmes touchent une bien plus grande part du marché. Afin d'encourager cette croissance, il est également parfois souhaitable d'intervenir à un niveau national, comme en matière réglementaire ou fiscale. Mais le succès de ces initiatives dépendra finalement du contexte particulier à chaque pays et notamment de ses conditions socio-économiques.

Références bibliographiques :

  1. Winfrey, William, L. Heaton, and T. Fox. 1996. The Commercial Sector in Family Planning: Preliminary Results. Draft. Washington: Futures Group International, POLICY Project in collaboration with Research Triangle Institute and The Center for Development and Population Activities.
  2. Ibid.
  3. Ayad, Mohamed, M. Wilkinson, and M. McNiff. 1994. Sources of Contraceptive Methods. Calverton, MD: Macro International, Inc.
  4. Curtis, Sian and K. Neitzel. 1996. Contraceptive Knowledge, Use, and Sources. Calverton, MD: Macro International, Inc.
  5. Winfrey, William. 1997. Secondary analysis of DHS data on contraceptive source patterns. Unpublished.
  6. Ibid.
  7. Winfrey William and L. Heaton, 1996. Market Segmentation Analysis of the Indonesian Family Planning Market: Consumer, Provider and Product Segments. Options II Project. Washington: Futures Group International. (Cited in Alano et al., 1998.)
  8. Alano, B., E. Guzman, C. Raymundo, and W. Winfrey. 1998. Family Planning Use in the Philippines: Market Segmentation Study. Manila, Philippines: Futures Group International, POLICY Project.
  9. Cakir, H.Volkan and J.J. Sine. 1997. Segmentation in the Turkish Family Planning Market. Washington: Futures Group International, POLICY Project.
  10. Berg, Ruth, W. Winfrey, and J. Sine. 1995. Consumer Profiles within Market Segments for Family Planning: An Analysis of the 1992 Egypt Demographic and Health Survey. Options II Project. Washington: Futures Group International. (Cited in Alano et al., 1998.)
  11. Alano et al., 1998, op cit.
  12. Winfrey, William, L. Heaton, and V. Dayaratna. 1997. What drives the commercial sector for family planning? A comparative analysis. Handout to accompany poster session at the Population Association of America meeting, Washington, March 27-29, 1997.
  13. Ibid.
  14. PROFIT. 1993. Kenya Country Assessment. Arlington, VA: PROFIT.
  15. PROFIT. 1992. Country Assessment: Nigeria, 1992. Arlington, VA: PROFIT.
  16. Adamchak, Susan Enea. 1996. Assessment of the Private Medical Sector in Zimbabwe. Arlington, VA: PROFIT.
  17. Knowles, James C., A.S. Yazbeck, and S. Brewster. 1994. The Private Sector Delivery of Health Care: Senegal. HFS Major Applied Research Paper No. 16. Bethesda, MD: Abt Associates.
  18. Munishi, Gaspar K., A. Yazbeck, K. Deroeck, and D. Lionetti. 1995. Private Sector Delivery of Health Care in Tanzania. HFS Major Applied Research Paper No. 14. Bethesda, MD: Abt Associates.
  19. Winfrey, et al., 1997, op cit.
  20. Osmanski, Richard, J. DuMoulin, N. Harris, C. Hart, P. Kelly, A. Lagacé, S. Maher, and B. Pillsbury. 1991. Senegal Health and Population Sector Assessment. Report No. 90-082-117. Arlington, VA: Population Technical Assistance Project, DUAL & Associates. (Cited in Knowles et al., 1994, op cit.).
  21. Berman, Peter and R. Rannan-Eliya. 1993. Factors Affecting the Development of Private Health Care Provision in Developing Countries. HFS Major Applied Research Paper No. 9. Bethesda, MD: Abt Associates.
  22. Munishi et al., 1995, op cit.
  23. Epstein, Eve. 1996. Employer-based Family Planning Projects: Past Guidance and Future Implications. Arlington, VA: PROFIT.
  24. Janowitz, Barbara and B. Gould. 1993. Report of Family Planning Programme Sustainability. New York: UNFPA.
  25. Epstein, 1996, op cit.
  26. Desai, Jaikishan. 1997. The Private Sector in Family Planning Services: Demand and Supply Issues. Draft. Washington, DC: Futures Group International, POLICY Project.
  27. Adamchak, 1996, op cit.
  28. Ibid.
  29. Ibid.
  30. Fort, Catherine and C. Hart. 1991. Market-Based Family Planning: The Enterprise Program Experience. Arlington, VA: John Snow, Inc.
  31. PROFIT, 1992, op cit.
  32. Adamchak, 1996, op cit.
  33. Stover, John and L. Heaton. 1997. The Costs of Contraceptives Social Marketing Programs Implemented through the SOMARC Project. Submitted to USAID/POP/FPSD. Washington: Futures Group International.
  34. Janowitz, Barbara, M. Suazo, D.B. Fried, J.H. Bratt, and P.E. Bailey. 1992. Impact of social marketing on contraceptive prevalence and cost in Honduras. Studies in Family Planning. 23(2):110-17.
  35. Handyside, Alan, R. Brooks, S. Davis, R. Pollard, and Michael Thomas. 1996. Evaluation of the Social Marketing for Change (SOMARC III) Project. Poptech Report No. 95-053-039. Arlington, VA: Population Technical Assistance Project.
  36. Kincaid, Mary, V. Baird, J.M. Urrutia, C. Cisek, and J. Brown. 1997. The Transition to the Commercial Sector: What Happens to Socially Marketed Products after Graduating from USAID Support? SOMARC III Project Special Study #1. Washington: Futures Group International.

A propos de ces guides sommaires

Cette série de guides a été rédigée par Barbara Janowitz, Diana Measham et Caroline West. Elle a été publiée par Family Health International avec le concours de l'Office du développement durable du Bureau pour l'Afrique de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID).