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Santé de la reproduction

Les clés de la prévention des rapports sexuels non consensuels

Au nombre des interventions prometteuses figurent des stratégies diversifiées qui visent des cibles spécifiques.

Network en français: 2005, Vol. 23, No.4

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L'appui énergique des services sanitaires et médico-légaux en faveur des victimes de violences sexuelles répond à une impérieuse nécessité, mais il est sage de penser à soutenir financièrement les initiatives de prévention et leur évaluation rigoureuse.

Points clés

  • Il convient de bien documenter et d'évaluer davantage d'interventions menées dans le monde en développement pour prévenir les rapports sexuels non consensuels.
  • En matière de prévention, il y a lieu de suivre une approche diversifiée.
  • Les interventions doivent viser des cibles spécifiques et s'attaquer à des facteurs de risques précis.

Certaines activités de prévention ont déjà été mises sur pied, principalement aux Etats-Unis et dans d'autres pays industrialisés. « Il semblerait qu'il y ait aussi beaucoup de programmes axés sur la prévention des rapports non consensuels dans les pays en développement, mais la plupart d'entre eux ne sont pas documentés, d'où la difficulté de décrire l'éventail actuel de leurs interventions aussi bien que les facteurs de risque et les groupes cibles que celles-ci visent à influencer », dit le docteur Alexander Butchart, coordonnateur chargé de la prévention de la violence à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Et comme ces programmes sont peu nombreux à avoir été évalués, il est difficile de dire à quel point ils ont été fructueux. »

Pour autant, l'examen des programmes qui ont été évalués dans le monde entier et les discussions des experts sur ce sujet ont permis de dégager certaines caractéristiques générales apparemment susceptibles de contribuer à la réussite des efforts de prévention.

Toute une palette de facteurs et de stratégies 

Au niveau individuel, le fait qu'un jeune homme s'adonne à la boisson ou à la drogue accroît la probabilité qu'il obligera une femme à avoir des rapports sexuels avec lui. Peut-être la femme ne se rendra-t-elle même pas compte que les relations sexuelles non consensuelles sont inappropriées. Certaines femmes pensent que c'est normal, et d'autres qu'elles le méritent. Ceci dit, les rapports non consensuels ne se résument pas à un problème individuel. Les données dont on dispose donnent à penser que la relation de couple, la communauté et les facteurs sociaux contribuent à ce phénomène.1 Par ailleurs, la plupart de ses causes sous-jacentes, apparemment liées au faible prestige des femmes et à l'inégalité des sexes, sont profondément ancrées.2

En raison de la multiplicité des facteurs contributifs, il convient de mettre en place  des efforts de prévention à de nombreux niveaux. Par conséquent, tout une gamme d'approches générales et d'interventions spécifiques ont été documentées (voir le tableau ci-dessous).

Approches en matière de prévention de la violence sexuelle
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Un effort de prévention peut comporter une seule de ces approches, ou plusieurs combinées. Une étude sur le thème de la prévention de la violence, rapports sexuels non consensuels y compris, qui a été réalisée au Nigeria parmi de jeunes colporteuses a fait ressortir les avantages possibles de l'application d'une approche diversifiée, mais aussi la difficulté qu'il y a d'évaluer une telle intervention.3 

Le colportage est une activité pratiquée couramment en Afrique de l'ouest parmi les femmes de tout âge qui gagnent de l'argent en troquant de la nourriture, des vêtements et des objets ménagers. Cette étude s'est déroulée entre avril 2000 et août 2001 dans six des plus grandes gares d'autos du sud-ouest du Nigeria où se pratique le colportage. Financée par le Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), elle a comporté 345 entretiens semi-structurés avec des colporteuses au tout début de l'intervention, une intervention de cinq mois et une évaluation par entrevue avec 373 colporteuses un an plus tard.

Dans le cadre de l'intervention en question, plus d'un millier d'exemplaires de matériels éducatifs sur diverses formes de violence contre les femmes ont été distribués. Six ateliers, d'une durée de trois jours chacun, ont sensibilisé près de 600 colporteuses à la définition et aux conséquences de la violence, à l'acquisition de techniques d'assertivité et à la prise en charge des victimes. Un atelier d'une durée d'un jour a été proposé aux membres de la communauté désireux de prévenir la violence dans les gares d'autos. Enfin, certaines colporteuses ont reçu un prêt de 20 dollars pour des fins personnelles ou éducatives, l'idée étant de les inciter à investir leur argent de manière responsable.

Le taux déclaré de rapports sexuels forcés est passé de 11,3 % avant l'inter-vention à 1,9 % après, tandis que le taux déclaré de viol est tombé de 5,5 % à près de 0 %. De même, le harcèlement sexuel et les tentatives de viol ont nettement reculé.

Toutefois, l'équipe de chercheurs du centre hospitalo-universitaire d'Ibadan (Nigéria) et de FHI reconnaissent que cette étude comporte des limitations. De l'avis des chercheurs, la baisse du taux de viol doit être interprétée avec prudence parce que tous les viols sont loin d'être déclarés dans les gares d'autos et que le laps de temps écoulé entre l'intervention et l'évaluation était court. De surcroît, les personnes interrogées n'étaient pas les mêmes avant l'intervention et un an plus tard. Ceci s'explique par le fait que toutes les colporteuses n'avaient pas nécessairement participé aux entretiens, que certaines étaient arrivées récemment dans la région et que d'autres avaient renoncé au colportage ou déménagé après l'intervention.

« Les colporteuses forment un groupe très mobile, mais nous espérons qu'elles conserveront les connaissances et les compétences qu'elles auront acquises pendant l'intervention, et que celles-ci influenceront leurs décisions à l'avenir », explique le docteur Olufunmilayo Fawole, principal investigateur de l'étude, du centre hospitalo-universitaire d'Ibadan. Une réévaluation de cette intervention a été prévue mais n'a pas pu se faire, faute de financement, mais le docteur Fawole et ses collègues ont récemment mis sur pied un programme similaire, dans le sud-ouest du Nigéria, parmi des apprenties vulnérables du secteur de la coiffure, de la couture et de la vente de médicaments. Les résultats sont attendus en 2005.

Des cibles appropriées

A l'image de l'approche susmentionnée, les stratégies diversifiées doivent viser des cibles très spécifiques : les experts ont tendance à s'accorder sur ce point. Dans un rapport récent sur la violence interpersonnelle, l'OMS encourage la mise en place d'efforts de prévention dans les sites à faibles ressources pour cibler les sous-populations qui présentent les risques les plus élevés.4

Or, il existe maintes populations à haut risque étant donné que les rapports sexuels non consensuels sont pratiqués dans toutes sortes d'endroits et dans toutes sortes de circonstances. Dans bien des pays, les femmes mariées constituent un groupe à haut risque. Quand les rapports entre conjoints sont non consensuels, c'est souvent à cause de l'hypothèse fondamentale, renforcée par les normes sociales, les lois et les principes directeurs, selon laquelle l'homme n'a pas besoin du consentement de sa femme pour avoir des relations sexuelles avec elle. L'organisation non gouvernementale CHANGE, basée à Londres, s'emploie à corriger cette hypothèse par le biais d'activités menées au niveau international. Ses activités visent à promouvoir les droits de la femme en matière de sexualité et des droits de la personne dans le contexte du mariage et à aider les hommes à leur reconnaître la place et le respect qu'elles méritent.5

Les activités de prévention menées au Nigeria ont pris les colporteuses pour cible parce qu'elles sont « vulnérables en raison de leur âge, de leur statut socio-économique et, au bout du compte, de leur pauvreté », explique le docteur Fawole. Par voie de conséquence, une des stratégies consistait à réduire le risque de rapports sexuels non consensuels en améliorant les perspectives éducatives et économiques des participantes.

L'environnement dans lequel travaillent les colporteuses constituait un autre facteur de risque. Les gares d'autos sont souvent fréquentées par des automobilistes, des conducteurs d'autobus, des mécaniciens et d'autres travailleurs presque toujours de sexe masculin qui sont souvent accusés d'écarts de conduite sur le plan tant social que moral, y compris de l'exploitation sexuelle des jeunes colporteuses.6

En règle générale, il est particulièrement important de faire participer les hommes aux efforts de prévention parce qu'ils sont « les principaux auteurs de la plupart des formes de violence », souligne le docteur Butchart. Les hommes peuvent ainsi plaider pour l'adoption de politiques ou de lois qui découragent ou pénalisent les rapports sexuels non consensuels. Ils peuvent aussi participer à des programmes et à des organisations qui s'emploient à changer cet état de fait et à sanctionner les rapports sexuels sous la contrainte en sensibilisant l'opinion (sur le plan individuel, familial ou sociétal) aux normes sexospécifiques, aux perceptions et aux croyances.7 La « Campagne du ruban blanc » illustre ce principe : c'est l'organisation qui rassemble le plus grand nombre d'hommes au monde déterminés à œuvrer à l'élimination de la violence contre les femmes. Créée au Canada il y a plus d'une dizaine d'années, elle est présente aujourd'hui dans plus d'une trentaine de pays, dont le Brésil, le Cambodge, la Chine et les Philippines.8

Par ailleurs, certains programmes de prévention secondaire ont eux aussi ciblé les hommes en proposant des traitements à ceux qui commettent des actes de violence (lire Des hommes qui renoncent à la violence). Mais pour être efficace, insiste le docteur Butchart, la prévention primaire doit s'attaquer aux facteurs de risque qui sous-tendent les comportements des hommes comme ceux des femmes. Il cite notamment les expériences vécues à un jeune âge pendant les années de croissance, la médiocrité des compétences parentales et le dysfonctionnement de la cellule familiale, la pauvreté et l'isolement social, et les normes sociales et culturelles qui ont pour effet de maintenir, voire d'accentuer, les inégalités sociales et économiques.

L'encadrement des jeunes

Les jeunes constituent une autre cible générale, mais importante, dans la mesure où la recherche fait régulièrement ressortir leur risque accru de victimisation.9 En outre, le fait de travailler avec les jeunes donnent aux adultes l'occasion d'inverser les normes sexospécifiques qui alimentent le cycle de la violence sexuelle : ils peuvent en effet apprendre aux jeunes gens et aux jeunes filles à interagir de manière plus égalitaire et les initier aux concepts de l'équité, du respect et de la justice sociale.

L'examen récent de la prévalence, des facteurs de risque et des conséquences des agressions sexuelles parmi les jeunes met en relief la nécessité d'intervenir avant même la puberté sur les questions liées aux rapports sexuels non consensuels.10 « L'inter-vention précoce peut contribuer à forger les attitudes, les connaissances et le comportement des enfants à un âge où ils sont plus ouverts aux influences positives et elle peut affecter leur comportement tout au long de leur vie », note le docteur Butchart.

Toutefois, la plupart des interventions menées parmi les jeunes visent les plus âgés d'entre eux. Un grand nombre d'entre elles se déroulent dans des établissements scolaires, peut-être pour des raisons de facilité pour les chercheurs.11 L'école constitue néanmoins un lieu idéal pour les efforts de prévention parce que beaucoup de jeunes filles font l'expérience des rapports sexuels non consensuels dans ce milieu.12 En outre, l'école est « un endroit où les élèves apprennent certaines valeurs, en sus des informations et des compétences qu'ils doivent avoir pour réussir aux examens », fait observer Judith Mirsky, codirectrice du programme « Santé de la reproduction et genre » de l'institut Panos, dans un rapport récent consacré à la violence sexuelle dans le secteur de l'éducation.13 « A ce titre, ajoute-t-elle, l'école peut contribuer à briser le cycle de la violence. Elle doit y faire face de manière énergique quand des actes de violence s'y produisent et veiller à ce que les cours et les activités extra-scolaires donnent aux jeunes les moyens de gérer leur vie sexuelle sans avoir recours à la violence. » 

En 1996, le projet tanzanien TANESA de sensibilisation au VIH/SIDA a mis en route un programme visant à protéger les élèves de 185 écoles primaires contre l'exploitation sexuelle, et l'évaluation de ce programme faite cette année-là a mis en évidence des premiers succès.14

Dans chaque école, le projet a sélectionné et formé une institutrice, dite « gardienne », vers laquelle les écoliers pouvaient se tourner s'ils avaient des questions sur la violence sexuelle, le harcèlement sexuel et d'autres sujets liés à la santé de la reproduction et à la santé sexuelle. Les entretiens structurés se sont effectués avec des écolières, des gardiennes et d'autres instituteurs et institutrices dans une quarantaine d'écoles qui avaient une gardienne, et dans 22 écoles qui n'en avaient pas. Les fillettes étaient beaucoup plus susceptibles de solliciter l'aide d'une institutrice, qu'elle soit gardienne ou non, dans les premiers établissements que dans les seconds, lorsqu'elles avaient besoin de parler de la violence sexuelle, du harcèlement sexuel et d'autres sujets connexes.

Les gardiennes alertaient les commissions scolaires, les tribunaux ou les autorités du district en cas de viols, dont la plupart étaient perpétrés par des enseignants et d'autres hommes de la communauté. Même si la punition était souvent minime et que les auteurs présumés des viols n'étaient pas toujours arrêtés, l'administration scolaire a malgré tout interdit à deux instituteurs soupçonnés d'avoir violé des élèves de continuer à enseigner dans leur établissement. Apparemment, l'une des premières conséquences du programme a été de « rendre moins caché, et plus difficile peut-être à commettre, l'abus sexuel des fillettes par les enseignants de sorte que la publicité négative entourant ces événements a probablement exercé un effet de prévention », selon les auteurs de l'étude.

En cas de harcèlement sexuel — la plupart du temps du fait des écoliers —, les gardiennes prenaient les garçons à part pour leur parler, et ils étaient souvent punis à coups de canne ou menacés d'être renvoyés de l'école. La recherche conduite  au Nigeria donne à penser que le viol a tendance à ne pas être un phénomène isolé ; souvent, il est précédé par le harcèlement sexuel et par un comportement de plus en plus violent.15 Dès lors, le programme des gardiennes pourrait avoir évité des viols en rendant les écoles davantage conscientes du harcèlement sexuel et en punissant ceux qui s'en rendaient coupables avant que leurs actions ne dégénèrent.

Evaluations

A l'université de Caroline du nord à Chapel Hill (Etats-Unis), le docteur Vangie Foshee et ses collègues ont conduit le premier essai contrôlé avec répartition aléatoire qui vise à déterminer les effets à long terme d'une intervention en milieu scolaire, l'une des composantes du programme « Safe Dates ». L'objectif de ce programme est de prévenir les rapports sexuels non consensuels et d'autres formes de violence dans les fréquentations.16

Cette composante en milieu scolaire comporte une production théâtrale, des cours et un concours de dessin d'une affiche, autant d'activités qui ont pour but de changer les normes quant aux abus commis par des jeunes qui sortent ensemble et d'inculquer des compétences en matière de gestion des conflits. En outre, tous les participants sont encouragés à solliciter de l'aide s'ils deviennent victimes d'actes de violence. Le programme « Safe Dates » comporte également une composante communautaire destinée à renforcer les services de prévention de la violence entre personnes de connaissance, notamment par le biais de la création d'une permanence téléphonique et de groupes de soutien. Elle prévoit aussi la formation de prestataires locaux qui apprennent à être d'un plus grand secours non seulement aux adolescents lorsque ceux-ci commettent des actes de violence contre les filles avec lesquelles ils sortent, mais aussi aux victimes de tels actes.

Entre octobre 1994 et mars 1999, l'essai contrôlé avec répartition aléatoire s'est dé-roulé parmi près de 2.000 élèves de 4e et de 3e inscrits dans 14 établissements publics d'enseignement secondaire situés en Caroline du nord, en milieu rural. Des élèves de 7 de ces écoles choisies au hasard ont participé à des activités en milieu scolaire et dans la communauté, alors que les élèves des autres établissements, qui n'ont été exposés qu'aux activités communautaires, formaient le groupe de contrôle. Le projet a été évalué plusieurs fois de suite, au cours d'une période de 4 ans, pour mesurer les résultats obtenus, dont le taux de rapports sexuels forcés.

Les analyses l'ont montré : les adolescents qui avaient suivi les activités en milieu scolaire et dans la communauté signalaient moins de cas de violences commises par des connaissances un an, deux ans, trois ans et quatre ans après avoir participé au programme « Safe Dates » que les adolescents du groupe témoin. Toutefois, le taux élevé d'attrition parmi les participants et le fait que les cas de violence étaient signalés par les élèves eux-mêmes pourraient éventuellement limiter la portée des résultats. C'est dire la difficulté que revêt l'évaluation rigoureuse de telles interventions.

« Indépendamment de l'approche suivie, de l'intervention et du secteur qui participe à son application, dit le docteur Butchart, tout programme de prévention doit répondre à trois questions essentielles en s'appuyant sur des données. Ces questions sont les suivantes : 1) Quel est le problème ? 2) Quelles en sont les causes ? et 3) Qu'est-ce qui réussit à prévenir la violence ? Les programmes répondent à la troisième question en indiquant par quels moyens ils s'emploient à concevoir, à tester et à évaluer l'efficacité des interventions. De cette manière, les évaluations reposent sur de solides données empiriques. »

— Kerry Wright Aradhya

Références

  1. Butchart A, Phinney A, Check P, et al. Preventing Violence. A Guide to Implementing the Recommendations of the World Report on Violence and Health. Geneva, Switzerland: World Health Organization, 2004.
  2. Jewkes R, Abrahams N. The epidemiology of rape and sexual coercion in South Africa: an overview. Soc Sci Med 2002;55(7):1231-44.
  3. Fawole OI, Ajuwon AJ, Osungbade KO, et al. Interventions for violence prevention among young female hawkers in motor parks in south-western Nigeria: a review of effectiveness. Afr J Reprod Health 2003;7(1):71-82.
  4. Krug EG, Dahlberg LL, Mercy JA, et al., eds. World Report on Violence and Health. Geneva, Switzerland: World Health Organization, 2002.
  5. CHANGE. Non-consensual Sex in Marriage: A Worldwide Programme. Information sheet. London, UK: CHANGE, 1998.
  6. Fawole.
  7. Lang JL. Working with men to end gender-based violence: lessons for the South Asian context. In Elimination of Violence against Women in Partnership with Men. Gender and Development Discussion Paper Series No. 15. Bangkok, Thailand: United Nations Economic and Social Commission for Asia and the Pacific, 2003.
  8. Kaufman M. Speech to White Ribbon Campaign Public Meeting in Beijing. Toronto, Ontario: The White Ribbon Campaign, 2002.
  9. Danielson CK, Holmes MM. Adolescent sexual assault: an update of the literature. Curr Opin Obstet Gynecol 2004;16(5):383-88.
  10. Danielson.
  11. Bennett LR, Manderson L, Astbury J. Mapping a Global Pandemic: Review of Current Literature on Rape, Sexual Assault and Sexual Harassment of Women Consultation on Sexual Violence against Women. Geneva, Switzerland: Global Forum for Health Research, 2000.
  12. Krug.
  13. Mirsky J. Beyond Victims and Villains: Addressing Sexual Violence in the Education Sector. London, UK: The Panos Institute, 2003.
  14. Mgalla Z, Schapink D, Boerma JT. Protecting school girls against sexual exploitation: a guardian programme in Mwanza, Tanzania. Reprod Health Matters 1998;6(12):19-30.
  15. Ajuwon AJ, Olley BO, Akin-Jimoh I, et al. Experience of sexual coercion among adolescents in Ibadan, Nigeria. Afr J Reprod Health 2001;5(3):120-31.
  16. Foshee VA, Bauman KE, Ennett ST, et al. Assessing the effects of the dating violence prevention program "Safe Dates" using random coefficient regression modeling. Article scientifique non publié. University of North Carolina at Chapel Hill, 2004; Foshee VA, Bauman KE, Ennett ST, et al. Assessing the long-term effects of the Safe Dates program and a booster in preventing and reducing adolescent dating violence victimization and perpetration. Am J Public Health 2004;94(4):619-24.

 

Pleins feux sur la prévention primaire

Les efforts de prévention se classent en deux grandes catégories, celle de la prévention primaire et celle de la prévention secondaire. La prévention primaire vise à intervenir avant que des rapports sexuels non consensuels ne se produisent, par exemple par le biais de campagnes communautaires destinées à changer les normes sexospécifiques. La prévention secondaire a pour but d'empêcher la répétition d'actes non consensuels ou d'en atténuer les conséquences en offrant des services de réadaptation aux auteurs de tels actes et des services de soutien à leurs victimes. 

Ressource sur le Web

Le site web du Département Prévention de la violence et des traumatismes, de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), donne accès à neuf publications (dont certaines en français) sur le thème de la prévention de la violence, y compris des rapports sexuels non consensuels. En outre, il propose des liens vers des fiches d'information et des bulletins sur la prévention de la violence ainsi que vers des sites contenant des renseignements sur la campagne mondiale de l'OMS dans ce domaine.

« A ce jour, en ce qui concerne la violence sexuelle, c'est la prévention secondaire qui est privilégiée », dit le docteur Alexander Butchart, coordonnateur chargé de la prévention de la violence à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). « La fourniture de ces services se révélera toujours essentielle, mais les données suggèrent que les services en faveur des agresseurs et de leurs victimes présentent un intérêt limité pour ce qui est de diminuer les comportements violents récidivistes. Dès lors, on ne saurait trop insister sur l'importance des stratégies de prévention primaire. »

L'OMS considère prioritaires les activités ci-après de prévention primaire : 

  • les programmes de prévention dans les communautés, les écoles et les camps de réfugiés ;
  • les programmes propres à s'attaquer aux causes socioéconomiques sous-jacentes de la violence sexuelle, à réduire la vulnérabilité des femmes et à promouvoir des normes de virilité compatibles avec l'équité entre les sexes ;
  • les programmes visant à prévenir la violence sexuelle en encourageant l'égalité des sexes ;
  • les approches conformes aux sensibilités culturelles et à caractère participatif ayant pour but de modifier attitudes et comportements.

Par ailleurs, l'OMS recommande de s'attaquer au problème des rapports sexuels non consensuels en adoptant des stratégies de nature à changer les facteurs sociaux, comportementaux et environnementaux à l'origine de la violence. Il s'agit, par exemple, d'adopter des réformes juridiques et de politique générale et de signer des traités internationaux qui établissent des normes pour la promulgation de lois nationales visant à réprimer la violence sexuelle.1

— Kerry Wright Aradhya

Référence

  1. Krug EG, Dahlberg LL, Mercy JA, et al., eds. World Report on Violence and Health. Geneva, Switzerland: World Health Organization, 2002.

 

Des programmes pour hommes violents

Bien implantée dans les pays industrialisés, l'idée de la prévention des rapports sexuels non consensuels par le biais de la réadaptation des auteurs de tels actes commence à faire son chemin dans le monde en développement. Dès lors, les recommandations sur les moyens de maximiser l'efficacité des programmes de traitement ne pourraient pas mieux tomber.

Peu est connu au sujet de l'efficacité des efforts destinés à remettre sur le droit chemin les hommes qui se sont livrés à des rapports sexuels non consensuels. La plupart de ces démarches se bornent à discuter les rôles sexospécifiques et à apprendre aux agresseurs à assumer la responsabilité de leurs actions, à dominer leur colère et le stress et à compatir aux souffrances d'autrui.1 Selon une étude internationale récente menée par l'université de Londres,2 l'évaluation des programmes de traitement porte à croire que ces interventions ont d'autant plus de chances de réussir qu'elles regroupent les caractéristiques suivantes :

  • elles s'inscrivent dans la durée ;
  • elles changent suffisamment les attitudes des hommes pour amener ceux-ci à parler de leur comportement ;
  • elles encouragent la participation continue des hommes ;
  • elles collaborent avec le système de justice criminelle.

Dans le monde en développement, un programme pilote prometteur qui incorpore ces recommandations est celui de « Brothers for Change », établi dans la paroisse de St. Ann's Bay (Jamaïque), en 1999, par l'association jamaïcaine de planification familiale FAMPLAN.

A l'origine de ce programme, une constatation maintes fois répétée des prestataires de services de planification familiale de St. Ann's Bay : des clientes présentaient des infections sexuellement transmissibles, des grossesses inattendues et d'autres affections gynécologiques en association avec des rapports sexuels non consensuels et d'autres formes de violence familiale. Du coup, FAMPLAN a commencé à collaborer avec les agents de probation locaux, les services correctionnels et des juges ainsi qu'à offrir un counseling de groupe aux hommes violents que les tribunaux orientaient vers ce programme.3 Tous les hommes étaient tenus de participer au moins une fois par semaine, pendant 20 semaines, à des séances de counseling organisées par du personnel de FAMPLAN et des agents de probation. Par le biais de discussions et du visionnement de films, les hommes étaient sensibilisés aux conséquences de leurs actions et amenés à cerner de meilleurs comportements, explique Pauline Pennant, l'ancienne coordonnatrice de ce programme.

Plus d'une quarantaine d'agresseurs ont participé à « Brothers for Change » entre 1999 et 2000, ajoute-t-elle. Par le canal d'une campagne communautaire, FAMPLAN a également atteint plus de 3.000 hommes et adolescents de sexe masculin dans des écoles, des églises, des maisons de détention et d'autres lieux.4

L'évaluation du programme, menée par enquête, a permis aux assistants sociaux de FAMPLAN d'identifier plusieurs indicateurs révélateurs de l'efficacité de cette intervention pour les hommes qui y participaient régulièrement. Par exemple, leurs partenaires les disaient moins violents. En outre, les hommes avaient de plus en plus de facilité à identifier diverses formes de violence, à réprimer leur colère et à assumer la responsabilité de leurs actions. De l'avis de Pauline Pennant, les résultats de l'évaluation donnent à penser que le programme gagnerait à accentuer sa collaboration avec le système de justice criminelle et, si davantage de ressources y étaient consacrées, à travailler avec les partenaires et la famille des agresseurs. De même, il conviendrait d'accroître le suivi et l'évaluation de ses activités.

Le financement initial de « Brothers for Change » a pris fin en 2002, et les agents de probation de St. Ann's Bay ont depuis assumé la responsabilité de la composante counseling du programme. « Nous sommes toutefois convaincus de la grande nécessité que revêt ce programme, étant donné la montée de la violence dans les familles à la Jamaïque », affirme Peggy Scott, directrice exécutive de FAMPLAN.

— Kerry Wright Aradhya

Références

  1. Krug EG, Dahlberg LL, Mercy JA, et al., eds. World Report on Violence and Health. Geneva, Switzerland: World Health Organization, 2002.
  2. Mullender A, Burton S. Reducing Domestic Violence: What Works? Perpetrator Programmes. London, UK: Policing and Reducing Crime Unit, Home Office, 2000.
  3. International Planned Parenthood Federation. Brothers for Change: working with male perpetrators of violence in Jamaica. Forum 2001;15(1):2-3.
  4. International Planned Parenthood Federation.



Des hommes qui renoncent à la violence

Dr. Carlos F. Cáceres et Dr. Miguel Ramos, professeurs de santé publique, université Cayetano Heredia, Lima (Pérou)

Au Pérou, de toute évidence, un nombre croissant d'hommes reconnaissent leurs torts parce que les violences physiques ou sexuelles qu'ils ont infligées à leur partenaire ont provoqué une crise dans leur vie : leur femme ou leur compagne les a quittés ou elle se trouve sur le point de le faire.

Conscients du tort qu'ils ont causé par leur comportement, ces hommes recherchent des modèles de masculinité qui font l'impasse sur la violence envers leurs partenaires. Et, pour la première fois au Pérou, un programme a été créé en vue de les soutenir dans cette démarche. Mis en route en juin 2004 par l'université Cayetano Heredia, dans deux sites à Lima, ce programme invite les hommes à réfléchir à leur expérience personnelle et à prendre l'engagement de pratiquer la non-violence dans leur foyer. Ils apprennent des techniques pour éviter la violence et pour résoudre les conflits avec leur partenaire et leurs enfants. En outre, ils sont encouragés à explorer de nouvelles façons d'exprimer leur masculinité tout en traitant leur partenaire avec affection, en respectant les droits de la femme et en attachant de la valeur au principe de l'égalité au sein d'une relation intime.

Le programme péruvien est calqué sur d'autres interventions, tel le « Collectif masculin » pour des relations équitables, basé au Mexique. Le Collectif travaille directement avec les agresseurs pour les amener à confronter les attitudes traditionnelles sur les rôles sexospécifiques de nature à sanctionner la violence contre les femmes. Ces attitudes traditionnelles sont souvent ancrées si profondément dans le processus de socialisation que les hommes les considèrent « normales ». Les conséquences d'une telle mentalité se reflètent dans le nombre de cas d'actes de violence signalés par les partenaires de ces hommes : dans le cadre d'une étude récente, jusqu'à 51 % et 69 % respectivement des 1 090 femmes interrogées à Lima et des 1.536 femmes interrogées à Cuzco ont dit avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles au moins une fois de la part de leurs partenaires. En particulier, 23 % des femmes à Lima et 46 % des femmes à Cuzco avaient fait état de violences sexuelles.1

Le programme au Pérou se compose de séances hebdomadaires de deux heures, étalées sur un an environ et regroupées en trois volets de quatre mois, chacun correspondant à un niveau précis. La première étape du programme consiste à participer à une séance initiale d'information. Quatre-vingts hommes, âgés de 25 à 55 ans, ont déjà accompli cette formalité. Seize hommes, dont la plupart vivaient dans la pauvreté, ont ensuite rejoint le groupe de premier niveau : à ce stade, les participants doivent examiner leur comportement violent, en mesurer les conséquences et reconnaître la responsabilité de leur comportement. Ils doivent aussi envisager la possibilité de ne pas recourir à la violence dans les situations conflictuelles et se familiariser avec les techniques qui permettent d'éviter la violence. Huit hommes, pratiquement tous issus de la classe moyenne, viennent eux aussi de rejoindre ce groupe.

Sur ces entrefaites, les 16 participants dont il était question précédemment ont gagné le second niveau. A cette étape du programme, on leur demande de réfléchir aux expériences qu'ils ont vécues depuis l'enfance et à remettre en question leurs croyances, leurs valeurs et leurs attitudes. Les participants qui progressent jusqu'au troisième niveau doivent essayer d'établir des relations équitables et dégager des solutions non violentes aux conflits qui les opposent à leur partenaire.

Kim Best/FHI
 photo d'un homme marchant vers une bicyclette dans les collines péruviennes
Lors d'une promenade à vélo en moyenne montagne au Pérou, un homme s'arrête brièvement pour faire une pause.

Ces efforts réussissent-ils à amener les hommes à renoncer à la violence contre leurs partenaires ? On ne le sait pas. Le Collectif masculin ne dispose pas des ressources financières pour évaluer officiellement les répercussions du programme. Ceci dit, le fait que des hommes soient venus grossir les effectifs, sur la base des recommandations des anciens participants qui attribuaient la réduction de leur comportement violent aux leçons tirées du Collectif masculin, a été interprété comme une mesure suffisante de succès pour justifier le calquage de cette initiative dans six ou sept Etats du Mexique par des organisations non gouvernementales et des institutions publiques.

Il est trop tôt pour évaluer à fond ce programme somme toute récent. Mais le fait que des hommes et des organisations féministes aiguillent d'autres hommes vers ce programme indique que ses répercussions sociales sont réelles. A court terme, son effet sur les hommes se mesure en fonction des registres de présence, des auto-évaluations mensuelles, des observations des facilitateurs et du suivi des hommes qui abandonnent en cours de route. Avant qu'un homme ne soit promu au second niveau, on demande à sa partenaire d'évaluer les changements qu'elle a observés dans son comportement. On notera toutefois qu'environ 70 pour cent des hommes ont déjà été abandonnés par leur partenaire à ce stade.

Parfois, les changements d'attitude ou de comportement ne laissent pas de place à l'ambiguïté. « J'ai appris à me valoriser, à identifier mes comportements violents et à y mettre fin », affirme avec conviction un homme de 35 ans, encore au stade du groupe de premier niveau, dans son auto-évaluation. Même progressif, tout changement est prometteur. « J'ai commencé à m'occuper de tâches ménagères au début du programme, même si je pensais que ce n'était pas à moi de faire ça », confie un participant du groupe de deuxième niveau, âgé de 32 ans. « Mais la dernière fois que je l'ai aidée, j'ai compris que le travail ménager n'était pas nécessairement le boulot de ma femme, et ce changement d'attitude de ma part m'a fait plaisir. »

Référence

  1. Guezmes A, Palomino N, Ramos M. Violencia Sexual y Física contra las Mujeres en el Perú. Estudio Multicéntrico de la Organización Mundial de la Salud. Lima, Peru: Universidad Peruana Cayetano Heredia, 2003.