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Honteux et effrayé : un jeune garçon raconte

Surinder Jaswal, professeur associé, Institut Tata de sciences sociales, Mumbai (Inde)

Mukesh (un pseudonyme) avait 13 ans quand un adolescent plus âgé que lui l'a attiré dans un endroit isolé, aux alentours du quartier où habitait sa tante à qui il rendait visite, et l'a obligé à avoir des relations sexuelles avec lui. Rongé par la honte et la peur des conséquences s'il parlait de ce qui lui était arrivé, Mukesh n'a rien dit à ses parents. Il n'a jamais dit non plus que la situation s'était reproduite, plus d'une fois. Pourtant, cela a dû être le cas, compte tenu des douleurs anales dont il s'est mis à souffrir et de ses lésions symptomatiques d'une infection sexuellement transmissible. Inquiet, il a fini par se confier à son frère, qui l'a emmené se faire soigner à l'hôpital.

L'expérience vécue par Mukesh n'est que trop fréquente. Selon des études faites en Inde, il n'est pas rare que des jeunes gens fassent état de cas de coercition sexuelle perpétrée par des camarades ou d'autres garçons et des hommes plus âgés qu'eux. Ces événements se produisent dans des institutions ou dans des cadres communautaires, et en milieu urbain aussi bien que semi-urbain ou rural.1 Par exemple, parmi 23 patients qui se sont fait traiter pour abus sexuels dans un centre de soins de Thane-City environ le quart étaient des garçons âgés de 6 à 16 ans.2 Le tiers des 811 lycéens (âge moyen : 16 ans) qui ont participé à une étude menée dans la ville de Goa ont signalé avoir subi au moins une forme d'abus sexuel au cours de l'année écoulée.  De multiples formes d'abus sexuels, commis par des hommes comme par des femmes, étaient courantes.3

En Inde, les normes sexospécifiques créent un environnement propice à la coercition sexuelle des garçons. Ceux-ci ont droit à une liberté de mouvement nettement supérieure à celle des filles et on leur demande rarement où ils sont allés. Il n'y a pas de tabou social qui empêche les garçons de se réunir dans les « adaas » (points de chute des garçons au niveau local).

Pourtant, la coercition sexuelle qui est particulièrement apte à se produire dans ces conditions est associée à diverses conséquences préjudiciables aux jeunes gens. La nature de ce lien n'est pas claire, mais, par comparaison avec ceux qui n'ont pas subi d'actes de coercition sexuelle, les garçons victimes de cette pratique réussissent moins bien dans leurs études ; ils sont en moins bonne santé sur le plan tant physique que mental ; ils s'adonnent davantage à la consommation abusive d'alcool ou d'autres drogues ; ils s'entendent moins bien avec leurs parents ; et ils ont plus de rapports sexuels consensuels.4 Chez des jeunes, la violence sexuelle a été associée à une certaine anxiété face à la sexualité, à leur identité sexuelle et à la façon dont ils sont perçus par leurs pairs. Nombre d'entre eux adoptent des comportements nuisibles (abus de drogues ou d'alcool, par exemple) ou se livrent à des comportements sexuels risqués (tels les rapports sexuels de rencontre, non protégés), apparemment pour prouver leur virilité.5

Etant donné la forte prévalence de la victimisation sexuelle des garçons et des hommes dans certains environnements, les programmes éducatifs en faveur des jeunes gens qui visent à promouvoir le développement d'une sexualité saine revêtent un caractère essentiel. En outre, les garçons doivent avoir accès à des ateliers, dirigés par des pairs, des conseillers et des travailleurs sociaux dûment formés, dans le cadre desquels ils pourront apprendre à surmonter leurs inquiétudes en matière de comportement sexuel et s'informer sur les risques sanitaires des rapports non consensuels.

En milieu scolaire, il faut décourager catégoriquement l'intimidation et la violence. Les enseignants et les autres membres du personnel doivent être sensibles aux besoins et aux inquiétudes des adolescents et des jeunes gens en matière de santé sexuelle. Il faut informer les garçons sur le risque d'abus sexuels et leur dire que cette pratique est inacceptable. Il incombe aux organisations communautaires de créer des programmes spéciaux pour apprendre aux parents et aux autres adultes de la communauté à communiquer avec les adolescents et à aborder les questions liées à la sexualité et à la santé de la reproduction. 

D'une certaine façon, Mukesh a eu de la chance. Les médecins du service des consultations externes de l'hôpital avaient appris à identifier l'abus sexuel ; ils étaient prêts à lui apporter un soutien immédiat et à l'aiguiller vers le centre pour adolescents de l'hôpital, qui assure des services complémentaires en matière de counseling et de santé sexuelle.

Mukesh a sollicité des services de consultations externes et il a été encouragé en ce sens. Toutefois, comme tant de garçons dans sa situation, il n'est pas revenu aux visites de suivi. Dès lors, ses troubles médicaux n'ont jamais été diagnostiqués ni traités à l'hôpital. Peut-être n'est-il pas revenu pour des raisons économiques, ou plus probablement, en raison de la honte et de la stigmatisation associées à l'abus sexuel. Comme dans la plupart des cultures, le fait d'admettre qu'il avait été victime d'abus sexuels commis par un autre homme aurait pu mettre en doute la virilité de Mukesh. A l'instar d'un grand nom-bre de jeunes gens, il a sans doute préféré compromettre sa santé plutôt que de donner à d'autres le pouvoir de douter de sa masculinité.6

Références

  1. Andrew G, Patel V. Gender, sexual abuse and risk behaviours in adolescents: a cross-sectional survey in schools in Goa. Natl Med J India 2001;14(5):263-67; Andrew G, Patel V. Sex, studies or strife? What to integrate in adolescent health services. Reprod Health Matters 2003a;11(21):120-29; Andrew G, Patel V. Health Needs of Adolescents: A Study of Health Needs of Adolescents in Higher Secondary Schools in Goa. Research Report. Second Edition. Sangath, India: Resource Centre for Adolescent and Child Health, 2003b; Jaswal S. Child and Adolescent Sexual Abuse in Health Facilities in Thane. Research Report. Mumbai, India: Tata Institute of Social Sciences, 2002; Jaswal S. A Study on Male Sexual and Repro-ductive Health in Thane City. Research Report. Mumbai, India: Tata Institute of Social Sciences, 2004.
  2. Jaswal, 2002.
  3. Andrew and Patel, 2001; Andrew and Patel, 2003a.
  4. Andrew and Patel, 2001; Andrew and Patel, 2003b; Durham A. Young men living through and with child sexual abuse: a practitioner research study. Br J Soc Work 2003;33:309-23.
  5. Durham; Jaswal 2004; Verma RK, Rangaiyan G, Singh R, et al. A study of male sexual health problems in a Mumbai slum population. Cult Health Sex 2001;3(3):339-52.
  6. Rivers K, Aggleton P. Working with Young Men to Promote Sexual and Reproductive Health. London, UK: Department for International Development, 2002.

La violence sexuelle conjugale est « une expérience terrifiante »

Faizal Haque, responsable de la communication et de la formation, Centre for Operations Research and Training, Vadodara, Inde ; le docteur M.E. Khan, directeur régional associé, Asie et Proche-Orient, programme Frontières, Population Council, New-Dehli, Inde ; et le docteur John Townsend, directeur, programme Frontières, Population Council, Washington, D.C., Etats-Unis.

« C'était une expérience terrifiante. Quand j'ai essayé de résister, il m'a immobilisé les bras au-dessus de la tête. C'était tellement douloureux et suffocant que je me suis évanouie parce que tout ce dont je me souviens, c'est de m'être réveillée le matin et d'avoir vu des taches de sang sur le drap. Mon mari n'était plus dans la chambre. Je me suis levée tout doucement et je suis allée aux toilettes ; je me sentais malade et déprimée. »

C'est en ces termes que Laxmi (un pseudonyme), âgée de 32 ans, raconte sa première expérience sexuelle. Elle avait 13 ans. Comme beaucoup de femmes mariées qui ont été interrogées dans le cadre d'une étude qualitative effectuée en 1996 dans deux villages de l'Uttar Pradesh (Inde)1, Laxmi a vécu les rapports sexuels avec son conjoint comme une contrainte et une expérience effrayante. Cette étude, faite par le Centre for Operations Research and Training (CORT, en Inde) parmi des femmes mariées âgées de 15 à 44 ans, a révélé que les jeunes mariées dans l'Uttar Pradesh (où près de la moitié des filles convolent en noces avant d'avoir 16 ans) étaient souvent mal préparées à leur future vie sexuelle et qu'elles se sentaient impuissantes à l'empêcher. Un jour ou deux avant le mariage, beaucoup de jeunes filles s'entendent simplement dire : « Ne te refuse pas à ton mari ; laisse-le faire ce qu'il veut. »

Les participantes qui avaient été mariées moins de trois ans avaient tendance à moins résister aux rapports sexuels que celles qui étaient mariées depuis trois ans ou plus. Pendant les premières années du mariage, ont confié les répondantes, le fait d'acquiescer aux exigences sexuelles de leur mari était la seule façon d'encourager une relation étroite avec lui ou d'obtenir un tant soit peu de pouvoir dans la négociation des affaires familiales.

Quand les femmes repoussaient les avances de leur mari, c'était souvent par crainte d'une grossesse non désirée. Para-doxalement, le fait de refuser un rapport sexuel ouvrait souvent la porte à la coercition sexuelle et au résultat tant redouté : la plupart des femmes dans cette étude qui faisaient état de violences sexuelles infligées par leur conjoint sont tombées enceintes une ou deux fois contre leur gré.

Dans le cadre de cette étude, les deux tiers de la centaine de femmes interrogées avaient subi une forme de pression sexuelle de la part de leur mari. Quand elles refusaient d'avoir des relations sexuelles, la plupart des maris leur rétorquaient, en colère : « Pour quoi d'autre est-ce que je t'ai épousée ? » ou « Tu sers à quoi si tu ne peux pas faire ça pour moi ? » Certains maris ont menacé d'avoir des relations sexuelles avec d'autres femmes ou ont exigé que leur épouse retourne chez ses parents.

Ces observations coïncident avec celles provenant d'études effectuées par CORT au Gujarat (Inde) et par le Population Council au Bangladesh. Selon l'étude faite au Bangladesh, 71 % des 160 femmes âgées de 15 à 35 ans ont déclaré avoir subi des relations sexuelles sous la contrainte avec leur conjoint.2 Par contre, l'étude réalisée au Gujarat auprès d'hommes et de femmes mariés depuis peu a révélé que 16 % seulement des 25 femmes interrogées avaient fait état de rapports conjugaux non consensuels, tandis que le tiers environ des 25 maris avaient admis avoir eu des relations forcées avec leur épouse.3

Ces études ont mis en évidence les conséquences adverses immédiates des rapports non consensuels : les femmes devaient faire face à la dépression, à la perte de l'estime de soi et à des grossesses inattendues. En outre, l'étude faite au Bangladesh a révélé que les femmes confrontées à la violence familiale et sexuelle ne prenaient pas de contraceptifs oraux aussi régulièrement que les autres femmes et qu'elles avaient moins souvent recours à la contraception d'urgence pour prévenir une grossesse non désirée après un rapport non protégé. Beaucoup disaient craindre de contracter des infections sexuellement transmissibles, VIH y compris. Comme elles étaient souvent impuissantes à négocier le recours aux pratiques sexuelles sans risque et que leur conjoint allait probablement les forcer à avoir des rapports, elles s'en remettaient au destin. « Je sais que mon mari va voir des prostituées »,  dit une jeune femme de 25 ans, mère de trois enfants. « Mais qu'est-ce que je peux faire ? Il ne va pas renoncer à fréquenter d'autres femmes, et je ne peux pas le convaincre de mettre un préservatif. Un jour ou l'autre, il va finir par me contaminer avec le sida... C'est notre destin. »

Par ailleurs, il ressort de ces deux études que les femmes victimes de coercition sexuelle perdaient goût aux relations sexuelles plus vite que les autres femmes. Par conséquent, elles étaient plus susceptibles de refuser d'avoir des rapports avec leur mari, ce qui entraînait un surcroît de coercition et de violences sexuelles.

Comment faire face à la violence que subissent les femmes dans leur propre foyer ? A long terme, il faut éliminer les causes fondamentales de l'inégalité des sexes. Il convient de mener sans relâche une action systématique pour mobiliser la communauté contre la violence qui s'exerce en fonction du sexe. L'application de la loi, en Inde, qui interdit le mariage avant l'âge de 18 ans aurait pour effet de protéger un plus grand nombre de jeunes femmes contre des noces précoces et contre le désarroi que suscitent les arrangements de cette nature. A court terme, l'initiation à la vie familiale dans le cadre des programmes scolaires et le counseling par des agents de planification familiale des couples nouvellement mariés pourraient avoir un effet dissuasif sur la violence sexuelle entre conjoints en préparant les adolescents au mariage et en les aidant à forger une attitude positive envers la sexualité. Selon l'étude faite au Bangladesh, les jeunes femmes « déniaisées » et qui se mariaient à 19 ans ou plus étaient davantage en mesure de négocier les relations sexuelles avec leur partenaire et elles disaient avoir une vie conjugale sexuelle plus satisfaisante que les filles plus jeunes et moins bien informées.

Références

  1. Khan ME, Townsend J, Sinha R., et al. Sexual violence within marriage. Seminar 1996;447:32-35.
  2. Khan ME, D'Costa S, Rahman M. Prevalence and nature of violence against women in Bangladesh. The 129th Annual Meeting of the American Public Health Association, Atlanta, GA, October 21-25, 2001.
  3. Khan ME, Barge S, Sadhwani H, et al. Reflections on Marriage and Sexuality: Experience of Newly Married Men and Women in Gujarat, India. Vadodara, India: Centre for Operations Research and Training, 2004.

« J'étais vivante, mais je ne vivais pas... »

Trish Hiddleston, chef de la section Protection, Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), République démocratique du Congo

« C'était en avril 2002. Ils ont frappé à notre porte et on a ouvert parce qu'on croyait que c'étaient les voisins qui venaient nous dire bonjour. Mais ce n'étaient pas les voisins. C'étaient six hommes armés. Ils ont pénétré chez nous en se frayant un chemin avec leurs fusils... Ils m'ont obligée à avoir des rapports sexuels plusieurs fois avec eux. » Safi (un pseudonyme), âgée de 19 ans, a été emmenée par ces hommes dans leur camp installé dans la forêt, où ils l'ont détenue pendant plus d'un an. « Tout ce temps-là, j'ai cru devenir folle. J'étais comme une personne qui avait perdu connaissance. J'étais vivante, mais je ne vivais pas... Jour après jour, ils m'ont violée. Avant de partir commettre des vols ou des meurtres, ils me violaient — parfois un seulement, parfois ils s'y mettaient tous... »1

Pendant plus de cinq années de guerre impitoyable en République démocratique du Congo (RDC), le viol et d'autres formes d'abus sexuels n'ont cessé d'augmenter tandis que les groupes armés maniaient l'arme de la violence sexuelle pour affaiblir les communautés et les contraindre à se soumettre. Malgré la création d'un gouvernement provisoire en 2003, le conflit et la violence sexuelle continuent, en particulier dans la partie orientale du pays.

Les femmes qui ont été violées dans le cadre de ce conflit ont subi beaucoup de conséquences immédiates et graves pour leur santé, au point même parfois de mettre leur vie en danger. Safi s'est retrouvée enceinte d'un des hommes qui la violaient. Dans un hôpital de Goma où elle a été traitée après avoir échappé à ses ravisseurs, d'autres femmes, jeunes et moins jeunes, ont donné naissance à des enfants conçus pendant un viol. Mais un nombre considérable de patientes dans cet hôpital, qui est administré par l'organisation DOCS (Doctors on Call for Service — Médecins de garde pour servir) et qui bénéficie d'aides financières importantes du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), viennent subir des interventions chirurgicales pour réparer des lésions traumatisantes. La lésion en question, dite fistule, est une déchirure soit entre la vessie et le vagin, soit entre le rectum et le vagin, qui a pour effet de provoquer l'incontinence. 

Beaucoup de jeunes filles et de jeunes femmes de la RDC sont sujettes aux fistules pour un certain nombre de raisons. Souvent en mauvaise santé et mariées avant que leur corps ne se soit pleinement développé, les parois de leur vagin ou de leur rectum risquent d'être affaiblies ou endommagées par les rapports sexuels, même s'ils ne sont pas violents. Les viols répétés et violents (parfois effectués par l'insertion d'objets pointus dans le vagin) peuvent exacerber le problème, voire en être la cause directe. En outre, les filles qui deviennent enceintes à la suite d'un viol et qui accouchent quand leur corps n'est pas encore entièrement développé risquent de souffrir d'une fistule. Entre avril et septembre 2003, plus de 150 interventions chirurgicales ont été pratiquées dans l'hôpital de Goma pour réparer des fistules. Pendant cette période, l'hôpital a enregistré 973 cas de violences sexuelles, les victimes allant de fillettes de 7 ans à des grands-mères de 80 ans. Douze pour cent des patientes avaient été contaminées par le VIH, et près de 40 % étaient atteintes d'autres infections sexuellement transmissibles.2

La contraception d'urgence peut empêcher les grossesses non désirées, et la prophylaxie post-exposition pourrait peut-être prévenir l'infection par le VIH. Toutefois, ces traitements sont rarement disponibles en RDC. Et quand ils le sont, le personnel soignant sait rarement les administrer. De surcroît, beaucoup de femmes victimes d'un viol ne sont pas au courant des avantages de ces traitements. Quant à celles qui les connaissent, divers obstacles, dont la poursuite du conflit, le manque de moyens de transport ou l'incapacité de payer, empêchent la plupart des victimes d'accéder aux services dans les délais à respecter pour qu'ils soient efficaces. (La contraception d'urgence doit être commencée dans un délai de 120 heures ; la prophylaxie post-exposition, dans un délai de 72 heures). 

Il y a d'autres raisons qui font que les victimes ne sollicitent pas d'aide médicale ni même juridique. Elles craignent peut-être les représailles de leur assaillant. Et comme le viol est quelque chose d'extrêmement honteux en RDC, les victimes tentent de cacher ce qui leur est arrivé. L'avouer serait s'exposer à l'ostracisme de la famille et de la communauté. Cette stigmatisation et l'isolement qui en résulte signifient que les victimes d'un viol n'ont aucun moyen d'assurer leur subsistance et qu'elles peuvent se sentir souvent obligées de monnayer leur corps pour subvenir à leurs besoins fondamentaux : de la nourriture, de l'argent, un abri ou la sécurité.

A cet égard, l'effet combiné de divers facteurs alimente la violence sexuelle. D'abord, le déplacement, la séparation de la famille et la désintégration de la communauté qui résultent du conflit affaiblissent les mécanismes traditionnels de protection, telle l'aide que pourraient apporter des membres de la famille, des voisins, des chefs de tribus ou des anciens. En outre, la guerre confère à la violence un caractère normatif. Par voie de conséquence, la violence sexuelle commise par des personnes qui détiennent une autorité relative (soldats, policiers, enseignants et criminels de droit commun) est en progression.

Pourtant, le viol (rarement déclaré en RDC en partie à cause de l'inefficacité du système judiciaire, mais aussi en raison des normes sexospécifiques qui privent la femme de prestige et de pouvoir) retient de plus en plus l'attention. Diverses stratégies en cours d'application visent à le prévenir et à en atténuer les conséquences, le cas échéant. En voici des exemples :

  • Création de comités de surveillance de quartier.
  • Le gouvernement de la RDC, les Nations unies et les organisations non gouvernementales ont joint leurs efforts à l'appui d'une initiative nationale de lutte contre la violence sexuelle.
  • Quand des populations sont déplacées, le personnel de l'UNICEF et les organisations non gouvernementales s'efforcent d'empêcher la séparation des familles, d'assurer leur réunification rapide le cas échéant et de veiller à ce que l'aménagement du camp ne facilite pas les viols.
  • L'UNICEF, le FNUAP, l'OMS et des organisations non gouvernementales fournissent à un petit nombre d'établissements sanitaires des trousses de soins dans les cas de viol. Des équipes mobiles sont créées pour prodiguer des soins aux victimes quand certaines zones de conflit deviennent accessibles.

Par ailleurs, ces institutions assurent une formation sur les principes fondamentaux de la confidentalité, de la sécurité, du respect et de la non-discrimination (en sus des soins médicaux et de la prise en charge psychosociale) dont bénéficient des établissements de soins de santé, des groupes religieux, des organisations communautaires, des agents chargés de l'application de la loi, etc.

Malgré tout, les besoins des Congolaises qui ont été violées ou qui risquent de l'être restent loin d'être satisfaits. Le relèvement du financement d'une approche coordonnée et multidimensionnelle qui vise à prévenir la violence sexuelle en DRC, et à y répondre quand elle se produit, se fait désespérément sentir.

Références

  1. Page K. Safi's Story: A Courageous Young Woman Moves Beyond Her Past Experience of Sexual Violence. Democratic Republic of Congo: United Nations Children's Fund, 2003.
  2. Page.

Le test de virginité soulève de nombreuses questions

Cleopatra Ndlovu, agente de communications, Women's Action Group, Zimbabwe

Mettez-vous à la place de Rudo (un pseudonyme), une jeune fille de 16 ans qui vit dans une région du Zimbabwe où les filles doivent passer un test de virginité.

C'est au tour de Rudo d'être examinée. Une vieille femme lui demande de s'allonger, elle lui écarte les jambes et elle lui met un doigt dans le vagin (comme elle vient de le faire à d'autres filles ce jour-là) pour vérifier si elle est toujours vierge. A votre avis, que ressent Rudo ?

Malheureusement, la pratique du test de virginité a été remise à l'honneur au fil des ans, certaines personnes affirmant qu'elle préserve leur identité africaine et leur culture. Divers groupes (parfois des tribus, des églises ou des familles) s'y livrent en Afrique du sud, au Malawi, au Swaziland, au Zimbabwe et dans d'autres pays du continent. Il y a des fillettes qui subissent ce test dès l'âge de cinq ans. S'il est déterminé que la fille n'est plus vierge, son futur mari va offrir moins d'argent à sa famille, ou il peut carrément refuser de l'épouser. Et même s'il accepte de la prendre pour femme, elle et sa famille seront souvent un objet de honte et de ridicule.

Les garçons, par contre, ne sont pas soumis à ce genre d'examens intimes. On ne leur demande même pas, à eux et aux hommes, de pratiquer l'abstinence sexuelle avant le mariage ni la fidélité pendant. Leur « pureté » sexuelle n'est pas mise en doute. L'activité sexuelle masculine est souvent encouragée au Zimbabwe, comme dans bien d'autres endroits, et on a tendance à fermer les yeux sur l'infidélité de l'homme.

A quoi sert le test de virginité ? Premiè-rement, il vise à déterminer, le jour du mariage, la pureté sexuelle des filles. Deuxièmement, il vise à décourager les filles d'avoir une activité sexuelle avant le mariage ; à ce titre, il passe pour un moyen de lutter contre la propagation du VIH/SIDA.

C'est le cas du Zimbabwe, pays dont le taux d'infections par le VIH compte parmi les plus élevés au monde. Prenons l'exemple du chef Naboth Makoni, du district de Makoni, à 180 kilomètres d'Harare, qui inclut le test de virginité dans sa campagne contre le sida. Selon lui, le test de virginité administré aux filles contribue à prévenir la contamination par le VIH dans son district (lequel, paradoxalement, détient le record du taux d'infection dans le pays) en conférant un caractère honteux aux relations sexuelles prémaritales, ce qui aurait un effet dissuasif sur ce comportement. Des milliers de jeunes filles ont subi ce test dans le district du chef Makoni.

Certes, pour les filles comme pour les garçons, la chasteté jusqu'à l'échéance d'un mariage mutuellement monogame assure une protection contre la transmission sexuelle du VIH. Mais le test de virginité ne représente pas forcément un moyen efficace pour atteindre cet objectif. Par ailleurs, ce n'est pas un moyen juste. Par exemple, il y a des filles qui échouent au test de virginité parce qu'elles ont été victimes d'un viol ou d'inceste. Quand la perte de leur chasteté est mise en évidence, elles font l'objet d'ostracisme alors que les responsables de la situation ne sont pas punis. D'autres filles encore ont dû monnayer leur corps pour avoir de la nourriture pour survivre. En outre, la rupture de l'hymen (défloration) peut avoir été produite de manière naturelle. Même si elle n'a jamais eu de relations sexuelles, la jeune fille peut être déclarée non vierge et en pâtir les conséquences. Enfin, la pratique du test de virginité implique que la sexualité des filles, et non celle des garçons, est la cause fondamentale de la transmission du VIH.

En toute probabilité, le test de virginité fait du tort à un grand nombre de filles, indépendamment des résultats de l'examen. Pour commencer, cet examen intime les prive de leur dignité. Elles sont censées le passer volontairement, mais sous la pression de la société leurs parents peuvent les contraindre ou les persuader. Celles qui échouent au test sont souvent mises à l'index par leur famille et la communauté pendant des mois, voire des années, et leur valeur matrimoniale diminue. Pour préserver leur virginité, les filles et les jeunes femmes ont parfois recours à la pratique du coït anal, laquelle (si le partenaire est séropositif) fait courir un risque plus élevé d'infection par le VIH que la pénétration vaginale.

Il y a des filles qui se disent heureuses d'avoir réussi le test de virginité. Dans un entretien cité dans un journal, une écolière du Zimbabwe confie : « Si tu es vierge, tu te sens fière, tu as une bonne image de toi-même et tu as confiance dans ce que tu fais. » Mais parmi les filles qui réussissent le test, certaines courent des risques particuliers : elles seront peut-être mariées à des hommes plus âgées dont la virginité et le statut sérologique relativement au VIH n'auront pas été testés, et ils pourraient être séropositifs. En fait, il y a des hommes séropositifs qui cherchent à épouser des vierges parce qu'ils croient, à tort, qu'elles les guériront de leur infection.

Le test de virginité prête à controverse au Zimbabwe, et les avis sont partagés sur la question. Mais posons-nous les questions suivantes : le test de virginité constitue-t-il un moyen efficace d'enrayer la propagation du VIH/SIDA ? Ne viole-t-il pas les droits des jeunes femmes et ne les prive-t-il pas du pouvoir et du contrôle qu'elles devraient pouvoir exercer sur leur corps et sur leur sexualité ? Qu'est-ce qui est fait pour venir en aide aux filles qui ont perdu leur virginité à la suite d'un viol ? Quels sont les risques sanitaires encourus par les filles quand le même gant, les mêmes doigts (pas nécessairement bien lavés) sont insérés successivement dans plusieurs vagins ? A qui les marie-t-on après les avoir examinées ? Leur mari est-il séronégatif ? Pourquoi la virginité des garçons n'est-elle pas mise en question ? Pour-quoi existe-t-il deux poids, deux mesures, quand il est question de la pureté sexuelle des garçons et des filles ?

Voilà beaucoup de questions : il est temps d'y réfléchir.