Ce numéro de Network en français décrit la diversité des moyens par lesquels les enfants, les adolescents et les adultes — hommes et femmes confondus — sont incités à avoir des rapports sexuels qu'ils ne souhaitent pas. Les rapports sexuels non consensuels peuvent constituer un facteur majeur contribuant aux problèmes de santé de la reproduction tels qu'une grossesse non planifiée et ses complications, le VIH/SIDA et autres infections sexuellement transmissibles (IST). La transmission de ces infections persistera tant que les rapports non consensuels restent répandus, malgré les approches classiques de prévention des IST/VIH encourageant l'abstinence sexuelle, la fidélité des partenaires et l'utilisation de préservatifs. Les prestataires de santé de la reproduction sont souvent particulièrement bien placés pour détecter la coercition sexuelle et apporter des soins à ses victimes, en majorité des femmes. Or, les spécialistes demandent une évaluation plus rigoureuse des interventions des prestataires afin de déterminer comment elles affectent la santé des clients ou leur exposition à des violences futures. Certains demandent aussi que les initiatives qui abordent les causes essentielles des rapports sexuels non consensuels bénéficient d'un soutien financier et des évaluations strictes.
Dans ce numéro :
Les rapports sexuels non consensuels nuisent à la santé sexuelle
Dans cet article, nous discutons des innombrables moyens par lesquels les enfants et les adultes — hommes et femmes — font l'objet de pressions qui les poussent à avoir des relations sexuelles non désirées. Nous discutons aussi des liens entre les rapports sexuels non consensuels et les problèmes graves de santé de la reproduction tels que grossesse inattendue (et ses complications) et l'acquisition non seulement du VIH mais aussi d'autres infections sexuellement transmissibles. Le viol, traité dans un article intitulé Le viol perpétré par un inconnu : punition et terreur, compte parmi les formes de rapports sexuels sous la contrainte les plus extrêmes et les plus traumatiques dans l'immédiat. Mais d'autres formes pourraient être plus lourdes de conséquences pour la santé. Comme il est montré dans Quand tradition rime avec prison, les normes culturelles peuvent embrigader les filles et les femmes dans des relations à long terme et à l'intérieur desquelles les rapports sexuels non consensuels sont incontournables. Alors qu'il est clair que les rapports non consensuels constitue un problème généralisé, des travaux supplémentaires s'imposent si l'on veut créer politiques, programmes et pratiques qui soient fondés sur des preuves et conçus de manière à prévenir et à tenter de corriger ce problème. La recherche doit se poursuivre, mais que faire après ? résume les questions auxquelles il convient notamment de prêter attention. Une Ressource Web dirige les lecteurs vers des informations sur une initiative qui vise à promouvoir et à disséminer les travaux de recherche sur ce thème ainsi qu'à renforcer les capacités en vue de réduire la violence sexuelle dans les pays en développement et de réagir face à ce problème.
Optic'Jeune : Les normes sexospécifiques sous-tendent la coercition sexuelle
Les rapports sexuels non consensuels constituent un abus de pouvoir couramment ancré dans les normes sexospécifiques, autrement dit dans les attentes de la société sur la question de savoir ce que signifie le fait d'être un homme ou une femme. Diverses tentatives sont en cours qui visent à contester les normes sexospécifiques malsaines qui s'appliquent aux jeunes adultes. Mais des recherches supplémentaires s'imposent afin de déterminer, par le biais de preuves scientifiques, si ces interventions provoquent les changements de comportement nécessaires à réduire la coercition sexuelle.
Les voix du terrain
Quatre témoignages provenant du terrain dépeignent des formes courantes de coercition sexuelle. Honteux et effrayé : un jeune garçon raconte décrit l'expérience qui stigmatise et qui menace la santé d'un jeune adolescent en Inde, forcé à avoir des relations sexuelles avec un garçon plus âgé que lui. La violence sexuelle conjugale est « une expérience terrifiante » fait découvrir la situation de femmes mariées, en particulier celle des femmes jeunes, qui se sentent impuissantes de se protéger dans leur propre foyer contre les rapports sexuels non désirés. Les conséquences désastreuses pour la santé de la reproduction des viols perpétrés dans des situations de conflit armé, aussi bien que des tentatives visant à prévenir ces abus ou à s'y attaquer une fois infligés sont décrites dans « J'étais vivante, mais je ne vivais pas... ». En dernier lieu, la pratique d'un test de virginité pour déterminer la pureté sexuelle des filles et pour les décourager d'avoir une activité sexuelle avant le mariage est mise en question dans Le test de virginité soulève de nombreuses questions.
Venir en aide aux victimes de la coercition sexuelle
Souvent, les prestataires des services de santé de la reproduction sont particulièrement bien placés pour déceler la coercition sexuelle et prendre soin de ses victimes, la plupart du temps de sexe féminin, parce que les femmes fréquentent régulièrement les centres de planification familiale ou de soins de santé primaires. Toutefois, le personnel soignant de ces établissements ne possède que rarement tout ce qu'il faut — connaissances, compétences, ressources et appui — afin d'identifier les cas de coercition sexuelle ; de proposer des services de soins, de counseling et de réorientation aux personnes concernées ; ou de documenter les signes des agressions sexuelles. Cet article décrit les efforts en cours en vue de mieux aider les victimes de coercition sexuelle. Il souligne aussi l'importance qu'il y a d'effectuer une évaluation plus rigoureuse des interventions pour déterminer comment elles affectent la santé des clientes ou leur exposition à des violences futures. Par exemple, la question de savoir si le dépistage systématique des violences physiques ou sexuelles aux mains d'un partenaire intime constitue une bonne stratégie est discutée dans Dépistage de la violence : question controversée. Les nombreuses façons dont les prestataires peuvent aider les clientes qui ont vécu les relations sexuelles forcées sont passées en revue dans Que peut faire le prestataire ? Une démarche que les prestataires pourraient adopter, par exemple, c'est de prodiguer une prophylaxie post-exposition au VIH. Cette dernière est une intervention médicale décrite dans La recherche s'intéresse à la prophylaxie post-exposition au VIH et qui est toujours en cours d'étude pour déterminer son innocuité, son efficacité et sa rentabilité.
Les clés de la prévention des rapports sexuels non consensuels
Bien que l'efficacité des efforts visant à prévenir les rapports non consensuels n'ait que rarement fait l'objet d'une évaluation rigoureuse, toute une gamme d'approches générales (résumées dans un tableau intitulé Approches en matière de prévention de la violence sexuelle) et d'interventions spécifiques a été documentée. Par ailleurs, les experts tendent à s'accorder sur l'utilité de suivre une approche diversifiée de prévention et de recourir aux interventions qui visent des cibles spécifiques et qui s'attaquent à des facteurs de risques précis. Mises en relief dans cet article sont des interventions de prévention qui ciblent, par exemple, un groupe de femmes vulnérables au Nigéria, de jeunes écoliers en Tanzanie, ou des élèves de 4e et de 3e d'un milieu rural en Caroline du Nord, aux Etats-Unis. Pleins feux sur la prévention primaire met l'accent sur l'importance d'intervenir avant que les rapports sexuels forcés ne se produisent. Cet article propose aussi une Ressource Web qui oriente les lecteurs aux publications de l'Organisation mondiale de la Santé (dont certaines en français) qui traitent de la prévention de la violence, notamment des rapports sexuels non consensuels. Des programmes pour hommes violents porte sur l'intérêt croissant qui existe pour les programmes de réadaptation des hommes qui se livrent à des rapports sexuels forcés ou sous la contrainte. Cet article brosse le portrait d'un programme prometteur de réadaptation en Jamaïque qui a collaboré avec le système judiciaire de ce pays. Dernièrement, dans Les hommes qui renoncent à la violence, on termine avec un programme péruvien, encore trop jeune pour faire l'objet d'une évaluation, mais qui aide les hommes à renoncer aux actes de violence contre leur partenaire intime.