« Tout homme sans enfants est comme un homme mort. »
— Talmud (2e siècle)
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Points clés
- L'infertilité touche les deux sexes.
- Les hommes infertiles souffrent eux aussi de stigmatisation.
- Pour se protéger et protéger leurs partenaires contre les IST et leur impact sur la fertilité, les hommes peuvent pratiquer l'abstinence sexuelle, rester fidèle à leur compagne ou se servir du préservatif.
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Lorsqu'un couple n'arrive pas à concevoir un enfant, c'est souvent la femme que l'on blâme. Pourtant, l'infertilité touche aussi les hommes en provoquant chez eux la gêne et la déception.
L'infertilité concerne entre 8 et 12 % de la population adulte mondiale. Dans environ la moitié des cas, l'homme en est entièrement ou partiellement la cause.1
Divers mythes tentent d'expliquer l'infertilité masculine. Une enquête menée au Bangladesh auprès de 120 habitants d'un bidonville a montré qu'ils l'attribuaient à une volonté divine ou à des problèmes psychologiques.2 Au Nigeria, les sujets interrogés par les chercheurs ont parfois évoqué avec justesse un lien entre infections sexuellement transmissibles (IST) et infertilité ; mais d'autres croyaient qu'elle résultait de la consommation d'aliments sucrés, d'une taille insuffisante du pénis ou encore de relations sexuelles avec des femmes âgées.3
Les vraies causes de l'infertilité masculine sont ailleurs : il peut s'agir par exemple d'un problème de production ou de capacité des spermatozoïdes, d'une obstruction des canaux du tractus génital ou encore d'un dysfonctionnement des organes sexuels.4 Qu'elles soient de nature infectieuse, parasitaire ou toxinique (voir Facteurs contribuant à l'infertilité), nombre de ces causes sont évitables. Si les résultats des travaux portant sur l'effet des IST sur la fertilité masculine ne concordent pas toujours, certaines études ont montré qu'une chlamydiose ou une gonorrhée peut se propager à travers l'urètre vers l'épididyme, en provoquant parfois un blocage des voies spermatiques ou en perturbant la production des spermatozoïdes.5
L'emploi du préservatif masculin peut réduire le risque de contamination par les IST, non seulement chez l'homme, mais, surtout, chez ses partenaires, en protégeant ainsi la fertilité. Pourtant, nombreux sont ceux qui croient que le préservatif ou les autres contraceptifs rendent stérile. Au Botswana, les participants à une récente étude ont ainsi déclaré ne pas vouloir utiliser les méthodes de planification familiale par crainte de nuire à leurs systèmes immunitaire et reproducteur : « La contraception, les préservatifs, la pilule, ils bouchent tous le sang. [...] Si le sang de l'homme est bouché, il ne pourra pas avoir d'enfant et les gens penseront alors qu'il est malade. [...] Quelle femme voudra de vous si elle sait que vous êtes malade et que vous ne pouvez pas lui faire d'enfant ? »6
Attitudes masculines et comportements à risque
Pour se protéger contre les IST et leurs possibles conséquences sur la fertilité, les hommes peuvent soit pratiquer l'abstinence sexuelle, soit s'abstenir de relation extra-conjugale, soit encore se servir du préservatif. Pour inciter les jeunes à la prudence et les avertir des risques liés aux partenaires sexuels multiples, l'African Proverbs Project, qui vise à adapter les leçons de la sagesse traditionnelle aux conditions de la vie moderne, leur rappelle le proverbe swahili suivant : « Mieux vaut un rideau immobile qu'un drapeau flottant au vent ».
En voulant prouver leur virilité et leur fécondité, certains hommes adoptent des pratiques qui augmentent leur risque de contracter ou de transmettre des IST menaçant la fertilité.
FHI a conduit une étude au Kenya dans les districts de Kakamega, de Vihiga et de Bondo auprès de sujets âgés de 15 à 24 ans. Elle a montré qu'aux yeux des adolescents et des hommes jeunes l'activité sexuelle est un signe de masculinité. Pour un grand nombre d'entre eux, avoir des rapports intimes permet de tester sa virilité et d'affermir son statut au sein de la communauté. Pour d'autres, ces rapports sont essentiels pour préserver la santé et la fertilité. Selon une jeune femme interrogée, « la plupart des hommes disent qu'il est malsain de rester plus d'un ou deux mois sans rapport sexuel. Si trop de sperme s'accumule dans le corps, l'homme perd sa forme ou engraisse inutilement. [...] Quand les spermatozoïdes demeurent trop longtemps dans l'organisme, [...] ils perdent leur pouvoir fécondant. »7
Bien que reconnaissant les dangers liés aux IST, nombre des participants à cette étude refusaient d'employer le préservatif pour prévenir les infections effectivement à cause du fait qu'ils empêchaient également les grossesses. « En général, chaque fille fait l'objet d'une compétition entre les garçons. Pour l'emporter, il faut la mettre enceinte », a précisé l'un d'entre eux.
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Les travaux menés dans d'autres pays confirment la prévalence d'attitudes définissant le comportement masculin et encourageant les hommes à passer à l'acte, souvent sans grand souci des éventuelles conséquences de leur activité sexuelle. Dans le cadre d'une étude réalisée au Nigeria, près d'un tiers des 1.527 jeunes interrogés ont dit vouloir avoir des relations intimes pour pouvoir se sentir de « vrais » hommes.9 Au Brésil, c'est la pression du père et d'amis qui peut les pousser à être sexuellement actifs.10 Une autre enquête effectuée en Amérique latine auprès de quelque 800 hommes a montré qu'en Argentine, à Cuba et au Pérou, près d'un quart des participants estimaient que l'homme est incapable de refuser un rapport sexuel ; en Bolivie, plus de la moitié des sujets interrogés partageaient la même opinion.11 En Thaïlande et à Haïti, les hommes mariés sont censés avoir de petites amies ou fréquenter les prostituées,12 tandis qu'à la Grenade et à Sainte-Lucie, on tolère les relations multiples pour le sexe masculin.13
Cette image de virilité et de force à laquelle doivent se conformer les hommes peut les pousser à refuser des soins même lorsqu'ils remarquent des symptômes d'une IST comme un écoulement urétral ou une sensation de brûlure durant la miction.
Stigmatisation des hommes infertiles
Les hommes et les femmes incapables d'avoir des enfants subissent souvent de graves conséquences comme la perte de leur statut familial et communautaire.
Pour les femmes en particulier, l'infertilité peut avoir des effets cruels. Elles sont ostracisées par leur milieu, ridiculisées par leurs amies et leurs voisins ou encore battues et abandonnées par leur mari. Il arrive qu'on leur interdise de toucher aux bébés par crainte qu'elles soient des sorcières, ou qu'on les empêche d'hériter de biens familiaux, qu'on les prive de soutien financier pour leurs vieux jours et qu'on leur refuse un enterrement décent. Dans la tribu Yorouba (Nigeria), les femmes infertiles sont appelées « agon », un terme qui exprime le mépris.14 Même si la stérilité du couple est d'origine masculine, un divorce peut menacer l'épouse.15 Au Bangladesh, on conseille fréquemment un remariage comme remède à une infertilité dans la famille. « Celui qui reste avec une femme infertile se fait traiter de mauvais sujet », a précisé un des hommes interviewés.16
Bien qu'à un degré moindre, les hommes infertiles doivent aussi affronter ridicule et stigmatisation. Dans certaines cultures, les enfants reflètent la richesse et la prospérité de leur père, alors que les hommes sans progéniture sont moins respectés. C'est ce qu'a montré une étude menée au Zimbabwe. Certains sujets ont déclaré s'être vu refuser un travail ou une fonction importante dans leur communauté pour la seule raison qu'ils n'avaient pas d'enfant. D'autres hommes ont confié que leur incapacité à procréer signifiait la honte de l'ensemble de leur famille. D'autres encore, déterminés à prouver leur fertilité, ont dit avoir des relations sexuelles avec de multiples partenaires dans l'espoir d'en mettre une enceinte.17
Les hommes se sachant infertiles ont parfois une image d'eux-mêmes moins masculine, comme l'a montré une petite étude à laquelle ont participé 36 couples américains. Ils peuvent se sentir « handicapés » ou « émasculés » quand ils apprennent leur diagnostic et certains se décrivent même comme des « perdants ».18
Dans quelques pays, il arrive pourtant que les hommes continuent à ignorer leur infertilité. Un participant à une étude réalisée en Egypte a expliqué que « normalement, si le problème est diagnostiqué chez le mari, on le lui cache, car on veut éviter de l'embarrasser et de fragiliser sa virilité. »19
Chez les hommes acceptant la possibilité de leur propre infertilité, on note parfois une réticence à bénéficier d'un counseling. « Ces hommes ne veulent pas discuter de leur vie privée, surtout s'il s'agit d'un problème de stérilité », précise Betty Chishava, qui dirige au Zimbabwe le Chipo Chedu Trust, une organisation non gouvernementale offrant éducation et counseling sur l'infertilité et sur ses effets. « Dans la société zimbabwéenne, un homme n'est reconnu comme tel que s'il a des enfants. Un homme sans héritier s'inquiétera du futur de ses biens et de son nom après sa mort. »
— Barbara Barnett
Références
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- Papreen N, Sharma A, Sabin K, et al. Living with infertility: experiences among urban slum populations in Bangladesh. Reprod Health Matters 2000;8(15):33-44.
- Okonofua FE, Harris D, Obebiyi A, et al. The social meaning of infertility in southwest Nigeria. Health Transit Rev 1997;7(2):205-20.
- International Planned Parenthood Federation. IMAP Statement on Infertility. London, UK: International Planned Parenthood Federation, 1995.
- Berger RE. Acute epididymitis. In Holmes KK, M8Ardh P-A, Sparling PF, et al., eds. Sexually Transmitted Diseases. New York, NY: McGraw-Hill, 1990.
- Upton RL. Perceptions of and attitudes towards male infertility in northern Botswana: some implications for family planning and AIDS prevention policies. Afr J Reprod Health 2002;6(3):103-11.
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- Oladepo O, Brieger WR. Sexual attitudes and behaviors of male secondary school students in rural and urban areas of Oyo State, Nigeria. Afr J Reprod Health 2000;4(2):12-34.
- Simonetti C, Simonetti V, Arruda S, et al. Listening to boys: a talk with ECOS staff. In Zeidenstein S, Moore K, eds. Learning about Sexuality: A Practical Beginning. (New York, NY: Population Council and International Women's Health Coalition, 1996)324-32.
- Pantelides EA. Male involvement in prevention of pregnancy and HIV: results from research in four Latin American cities. Programming for Male Involvement in Reproductive Health. Meeting of WHO Regional Advisers in Reproductive Health, Washington, DC, September 5-7, 2001. Geneva, Switzerland: World Health Organization, 2002.
- Tangchonlatip K, Ford N. Husbands' and wives' attitudes toward husbands' use of prostitutes in Thailand. In Ford N, Chamratrithirong A, eds. UK/Thai Collaborative Research Development in Reproductive and Sexual Health: Proceedings of the Symposium on Mahidol-Exeter British Council Link. (Nakornpathom, Thailand: Mahidol University, 1993)117-34; Ulin PR, Cayemittes M, Metellus E. Haitian Women's Role in Sexual Decision-Making: The Gap between AIDS Knowledge and Behavior Change. Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1995.
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- Pearce TO. She will not be listened to in public: perceptions among the Yoruba of infertility and childlessness in women. Reprod Health Matters 1999;7(13):69-78.
- Inhorn MC. "The worms are weak": male infertility and patriarchal paradoxes in Egypt. Men Masculinities 2003;5(3):236-56.
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- Inhorn.
Aider les hommes à comprendre l'infertilité |
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Les programmes et les centres de santé de la reproduction peuvent jouer un rôle important en aidant les hommes à comprendre et à prévenir l'infertilité. Ils peuvent en effet :
- informer les hommes sur la prévalence et sur les causes de l'infertilité, en leur expliquant que le problème touche les deux sexes et que la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) est sans doute un des meilleurs moyens de la combattre ;
- remettre en cause les attitudes et les coutumes encourageant les hommes à prouver leur fertilité et leur masculinité à travers des comportements sexuels dangereux ;
- conseiller les hommes sur les moyens de protéger leur fertilité et celle de leur(s) partenaire(s) en limitant leurs comportements à risque ;
- proposer un dépistage des IST si leurs ressources le permettent et encourager les sujets infectés à demander à leur(s) partenaire(s) de se faire elle(s) aussi traiter.
Dans certains cas, programmes et centres de santé de la reproduction peuvent également aider les hommes et leur(s) partenaire(s) à faire face à leur infertilité ou leur proposer un traitement. Ils peuvent ainsi :
- proposer information et counseling aux couples infertiles ou adresser ces derniers à des organisations offrant de telles prestations ;
- encourager hommes et femmes à se faire diagnostiquer et à se faire traiter ; les tests de diagnostic sont moins complexes chez l'homme que chez la femme ; ils peuvent révéler un problème facilement traitable comme une oligospermie due à une température excessive1 ou à un diabète2 ;
- aider hommes et femmes à accepter leur condition si aucun traitement n'est possible.
En Inde, le Comprehensive Reproductive Health for All Project a notamment pour objectif de « n'oublier aucun homme » lors du dépistage et du traitement des couples stériles.3 Géré par une association nationale de planification familiale, le programme offre un centre spécialement destiné aux hommes qui propose distribution de préservatifs, information et counseling, ainsi que divers tests et examens (dépistage des IST, analyse de sperme, analyse sanguine pour mesurer le taux de testostérone et examen physique). De plus, le centre invite ses patients à venir accompagnés de leur(s) épouse(s) quand les couples veulent se faire traiter.
Au Zimbabwe, une organisation non gouvernementale, le Chipo Chedu Trust, soutient des initiatives permettant aux femmes et aux hommes infertiles de gagner assez d'argent pour payer leur traitement médical et propose aux communautés des programmes éducatifs sur l'infertilité.4
Pour la directrice du Chipo Chedu Trust, Betty Chishava, il est essentiel d'éduquer les hommes dans ce domaine afin qu'ils puissent se protéger et protéger leur(s) partenaire(s) contre les IST. « Les hommes sont ignorés des programmes s'occupant d'infertilité, car ce sont toujours les femmes que l'on montre du doigt et que l'on blâme », dit-elle. « Les programmes de santé de la reproduction peuvent inciter les hommes à prévenir les IST en organisant et en menant des [efforts] éducatifs. (...) Il faut que [les membres du] couple se fassent traiter en même temps. »
Betty Chishava estime que les efforts éducatifs doivent commencer tôt. « Comme l'infertilité est un problème qui n'est pas près de disparaître et comme sa prévalence ne cesse d'augmenter, il est nécessaire d'informer les jeunes en âge scolaire. Le secteur de l'enseignement devrait publier des livres pédagogiques sur le sujet, afin d'encourager un traitement précoce et [d'aider les gens à] accepter ultérieurement leur condition quelle qu'elle soit. »
— Barbara Barnett Références
- Datta B. "What about us?" Bringing infertility into reproductive health care. Quality/Calidad/Qualité 2002;13:3-29.
- Gunaratne M. Childlessness: The Laymans' Guide. Peradeniya, Sri Lanka: University of Peradeniya, 1987.
- Datta.
- Cohen P. Overcoming the stigma of infertility in Zimbabwe. Changemakers.net J 2001.
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