Maintenant que le nonoxynol-9 (N-9)a été rayé de la liste des microbicides1 (voir Le N-9 ne convient pas aux femmes à haut risque d'infection à VIH), leschercheurs commencent à porter leur attention sur d'autres composés chimiques. Notamment, ils se tournent vers des substances susceptibles d'être utilisées comme agents topiques à titre de barrière de protection contre le VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles (IST). La mise au point d'un microbicide vaginal efficace est une option dont ont désespérément besoin les femmes qui courent un risque de VIH et qui ne peuvent pas persuader leurs partenaires de mettre un préservatif.
Plus d'une cinquantaine d'agents microbicides potentiels sont actuellement à l'étude, et environ le tiers sont en phase d'essais cliniques chez l'homme.2 S'il ne faut probablement pas s'attendre à trouver un microbicide sur le marché avant 2010, six produits microbicides sont toutefois censés atteindre le stade des essais d'efficacité (soit le point le plus avancé des essais sur l'homme) en 2003 et en 2004, précise Mme Zeda Rosenberg, présidente-directrice générale d'IPM (International Partnership for Microbicides). Fondé en 2002 pour accélérer la recherche, la mise au point et la diffusion des microbicides, l'IPM a réuni près de 100 millions de dollars, dont un don de 60 millions de dollars fait par la fondation Bill et Melinda Gates. Mme Rosenberg fut antérieurement directrice scientifique de FHI auprès du HPTN (HIV Prevention Trials Network), programme mondial de recherche visant à évaluer les interventions en faveur de la prévention du VIH.
Les premiers produits qui seront soumis à des essais d'efficacité présentent divers mécanismes d'action capables d'empêcher l'infection des cellules par le VIH et d'autres pathogènes d'IST. Quatre de ces produits, à savoir Carraguard (fabriqué à partir de carragénine, substance tirée des algues rouges), le sulfate de dextrine-2, le sulfate de cellulose et PRO 2000, sont des polymères sulfatés ou sulfonatés composés de grosses molécules à charge négative et qui se fixent aux agents pathogènes ou aux cellules susceptibles d'être visées, formant ainsi une enveloppe protectrice (voir le tableau pour apprendre comment fonctionnent les différents microbicides).
Les deux autres substances microbicides potentielles qui sont sur le point d'être soumises à des essais d'efficacité tuent ou désactivent les pathogènes. A l'image du N-9, le C31G endommage la membrane des bactéries et l'enveloppe des virus. Le produit BufferGel détruit les pathogènes en maintenant l'acidité naturelle du vagin en présence de sperme, substance alcaline.
Les six composés susmentionnés se sont révélés capables, dans une certaine mesure, de bloquer, dans des essais in vitro comme sur l'animal, la transmission du VIH et d'autres agents pathogènes transmissibles par voie sexuelle.3 Quatre d'entre eux pourraient aussi assurer une certaine protection contre la grossesse. Les deux composés qui sont apparemment dépourvus d'effet contraceptif sont Carraguard et le sulfate de dextrine-2.
Les six produits ont donné de bons résultats dans les essais d'innocuité qui visaient à détecter la toxicité systémique ou la perturbation des cellules épithéliales qui tapissent le vagin.4 Ce type d'essais portent dans un premier temps sur l'étude de l'innocuité du composé et de son acceptabilité parmi des femmes en bonne santé. Les populations ultérieurement soumises aux études représentent tout l'éventail des individus susceptibles d'utiliser un microbicide, y compris ceux qui sont séropositifs pour le VIH. Conscients que les relations sexuelles par voie anale accroissent considérablement le risque d'infection à VIH chez l'homme comme chez la femme, les chercheurs commencent aussi à évaluer l'innocuité des microbicides utilisés rectalement.
Deux de ces composés, Carraguard et le sulfate de dextrine-2, ont fait l'objet d'essais d'innocuité, aujourd'hui conclus, sur une base élargie. Les résultats des essais concernant Carraguard, effectués parmi 565 femmes en Afrique du Sud et en Thaïlande, devraient être connus en mai 2003. Les résultats préliminaires de ces essais et de celui qui a été effectué à l'hôpital St. Francis de Kampala, en Ouganda, sur le sulfate de dextrine-2, parmi 35 femmes sexuellement actives et séronégatives pour le VIH, n'ont fait ressortir aucun effet adverse.5 Si les résultats définitifs de l'essai réalisé en Ouganda s'avèrent également positifs, un essai d'efficacité du sulfate de dextrine-2 pourrait être mis en route en Afrique du Sud, en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie en 2004. Le Population Council espère pouvoir effectuer en 2003 un essai d'efficacité de Carraguard auquel participeraient environ 6.000 femmes d'Afrique du Sud et du Botswana.
D'autre part, FHI et le programme américain CONRAD attendent que prenne fin l'analyse de données — provenant d'un récent essai d'innocuité du sulfate de cellulose, mené auprès de 54 Camerounaises — avant de décider de passer ou non au stade des essais d'efficacité. CONRAD prévoit d'effectuer un deuxième essai d'efficacité du sulfate de cellulose au Bénin, en Inde et en Ouganda, et des chercheurs de FHI sont en train d'élaborer le plan des essais d'efficacité d'un autre composé, le C31G.
Le HPTN envisage d'effectuer un essai conjugué d'innocuité et d'efficacité, sur une base élargie, du BufferGel et de PRO 2000. Telle qu'elle est conçue, cette étude prévoit la participation de plus de 3.100 femmes sexuellement actives et séronégatives pour le VIH en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, en Inde, au Malawi, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. Si cette proposition reçoit l'aval d'un comité d'examen des U.S. National Institutes of Health (NIH), qui parrainent le HPTN, cet essai pourrait être mis en route en 2004. (Il est à noter que le HPTN travaille en liaison avec NIH, le comité de FHI sur la protection des sujets humains, des comités d'éthique au niveau local et des groupes communautaires en vue de veiller à ce que tous ses travaux de recherche soient effectués conformément à la réglementation des Etats-Unis et aux lignes directrices internationales visant à protéger les sujets humains et à garantir leur participation sur une base équitable et dépourvue de coercition.)
En octobre 2002, les responsables d'un essai d'efficacité contraceptive parrainé par l'U.S. National Institute of Child Health and Human Development ont commencé à recruter 975 femmes aux Etats-Unis qui utiliseront un diaphragme conjointement avec BufferGel ou un spermicide classique. (Il n'est pas nécessaire de recruter autant de femmes pour des essais sur des méthodes contraceptives que quand on teste l'efficacité d'un microbicide. Ceci est vrai parce que le risque de grossesse en l'absence de l'utilisation d'une méthode de planification familiale est nettement supérieur à celui de contracter le VIH lors de chaque rapport sexuel non protégé.) Si les résultats indiquent que le BufferGel offre une protection contraceptive équivalente à celle du spermicide, ce produit pourrait être vendu comme contraceptif aux Etats-Unis dans un délai de deux ans.
En revanche, la mise sur le marché d'un microbicide exige beaucoup plus de temps, même si l'un des produits de la première génération s'avère efficace contre le VIH chez l'homme. En toute probabilité, les microbicides de la première génération ne présenteront, au mieux, qu'une efficacité partielle.
D'autres options possibles
Les six microbicides les plus prometteurs agissent avant la pénétration du VIH dans les cellules. D'autres produits, en cours de développement, visent à interrompre le cycle de vie du VIH après l'introduction de ce virus dans une cellule réceptive du vagin ou du col de l'utérus, en bloquant soit la réplication initiale du VIH, soit la propagation de l'infection.
L'une de ces substances, qui est une formulation topique du fumarate de ténovir de disoproxil, ou PMPA, fait actuellement l'objet d'une évaluation dans le cadre d'une étude du HPTN aux Etats-Unis visant à en déterminer l'innocuité et l'acceptabilité. FHI est en train de concevoir un essai multinational d'efficacité de façon à savoir si la prise d'un comprimé de Ténofovir DF par jour peut réduire le risque d'infection à VIH.
Parmi les autres composés prometteurs de microbicides de la deuxième et de la troisième génération figurent les anticorps monoclonaux et les dendrimères (macromolécules artificielles). Ces substances empêchent le VIH de se fixer sur les cellules ciblées en se liant à des protéines spécifiques sur la surface du virus.6 En outre, des travaux en cours visent à tester l'administration des microbicides, notamment au moyen du diaphragme (lire Le diaphragme protège-t-il contre les IST?), d'une cape vaginale ou d'un anneau intravaginal en silicone.
Les microbicides les plus efficaces seront probablement ceux qui regroupent des mécanismes d'action différents ou complémentaires contre le VIH, « tout comme les antirétroviraux sont beaucoup plus efficaces contre le VIH quand ils sont utilisés en association plutôt que seuls », déclare Zeda Rosenberg.
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Le N-9 ne convient pas aux femmes à haut risque d'infection à VIH
Les spermicides qui contiennent du nonoxynol-9 (N-9) accroissent le risque d'infection à VIH quand ils sont utilisés de manière fréquente par les femmes à haut risque, mais ils demeurent une méthode de contraception modérément efficace pour les autres femmes, ont conclu des experts techniques réunis à la demande de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du programme américain CONRAD.1
Après avoir passé en revue les résultats de la recherche sur l'innocuité et l'efficacité du N-9 contre le VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles (IST), les experts se sont également mis d'accord sur les points suivants:
Le N-9 n'offre aucune protection contre les IST, telles la blennorragie et la chlamydiase.
Il ne faut plus préconiser l'emploi de préservatifs lubrifiés au N-9 parce que rien ne prouve qu'ils sont plus efficaces dans la prévention de la grossesse et des infections que les préservatifs lubrifiés à la silicone. Toutefois, il est préférable d'utiliser un préservatif lubrifié au N-9 que pas de préservatif du tout.
Le N-9 ne doit pas être utilisé par voie rectale.2
En mai 2002, les U.S. Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont publié des recommandations similaires, conseillant aux prestataires des services de planification familiale d'informer les femmes à risque d'infection à VIH et d'autres IST que les spermicides au N-9 n'assuraient pas de protection contre ces infections.3
Les recommandations de l'OMS et des CDC se fondent en partie sur l'analyse de 10 essais cliniques randomisés portant sur l'efficacité du N-9 contre le VIH et d'autres IST. Ces essais, dont certains étaient effectués par l'ONUSIDA et FHI, ont concerné près de 5.000 femmes.4 Cette analyse, publiée récemment en deux parties dans la banque de données Cochrane, a confirmé l'absence de preuve que le N-9 protège contre les IST. (La banque de données Cochrane publie des examens systématiques d'analyses, basés sur des faits vérifiables, pour fournir une information de haute qualité sur des sujets médicaux.)
On ne sait toujours pas si le N-9 ajoute une protection contraceptive aux méthodes de barrière autres que les préservatifs, encore qu'on recommande l'usage d'un spermicide avec le diaphragme. Des chercheurs de FHI et de la faculté de médecine de ChristChurch, en Nouvelle-Zélande, ont publié récemment une étude de type «Cochrane Review» qui faisait le point d'essais contrôlés et randomisés visant à comparer l'efficacité, l'innocuité et l'acceptabilité du diaphragme avec ou sans spermicide. Ils n'ont pas été en mesure de tirer des conclusions parce qu'ils n'ont identifié qu'une seule étude qui réponde aux critères requis, et que même cette dernière laissait à désirer d'un point de vue statistique. Les chercheurs, qui se sont prononcés pour la poursuite de la recherche dans ce domaine, ont noté que leur analyse ne fournissait «aucune raison de modifier la pratique couramment recommandée de l'utilisation du diaphragme en association avec un spermicide.»5
Wilkinson D, Ramjee G, Tholandi M, et al. Nonoxynol-9 for preventing vaginal acquisition of HIV infection by women from men (Cochrane Review). In The Cochrane Library, Issue 1. Oxford, UK: Update Software, 2003; Wilkinson D, Ramjee G, Tholandi M, et al. Nonoxynol-9 for preventing vaginal acquisition of sexually transmitted infections by women from men (Cochrane Review). In The Cochrane Library, Issue 1. Oxford, UK: Update Software, 2003.
Cook L, Nanda K, Grimes D. Diaphragm versus diaphragm with spermicides for contraception (Cochrane Review). In The Cochrane Library, Issue 1. Oxford, UK: Update Software, 2003.