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couverture de la revue

Santé de la reproduction

La réutilisation du préservatif féminin à l'étude

Network en français : 2003, Vol. 22, No. 4

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L'Organisation mondiale de la santé (OMS) continue de recommander aux utilisatrices du préservatif féminin de mettre un dispositif neuf à chaque rapport sexuel.1 De même, l'U.S. Food and Drug Administration a donné son aval à la commercialisation de cette méthode (susceptible de se substituer au préservatif masculin) à condition qu'elle fasse l'objet d'un usage unique. La position des experts de santé publique reflète en partie la crainte que les femmes ne soient pas capables de nettoyer ce dispositif suffisamment bien pour pouvoir le réutiliser sans danger.

Pour autant, des cas de réutilisation du préservatif féminin ont été rapportés dans un certain nombre de sites, probablement parce que beaucoup de femmes ne peuvent pas se permettre d'en acheter plusieurs. Consciente de cet état de fait (qui est peut-être acceptable, faisable et même sans danger dans certaines circonstances), l'OMS a déclaré en juillet 2002 que «la décision finale d'approuver ou non la réutilisation du préservatif féminin relève en dernier ressort de l'échelon local».2

Cette déclaration a été faite six mois après la publication par l'OMS d'un projet de protocole relatif à la désinfection et à la manipulation de ce dispositif, consécutivement à deux réunions d'experts qui s'étaient penchés sur cette question.3 Ce protocole, qui stipule les étapes à suivre pour préparer le préservatif en vue d'une réutilisation ultérieure, précise que ce dispositif peut être utilisé cinq fois au total tant que les conditions ci-après sont respectées:

  • Pour le désinfecter, il faut le laisser tremper, le plus tôt possible après l'emploi et pendant une minute, dans une solution d'hypochlorite de sodium (eau de Javel) et d'eau, selon un facteur de dilution de 1 à 20 ; et
  • le laver, le sécher, le ranger et le relubrifier (suivant la procédure définie dans le protocole) avant de le réutiliser.

A l'échelon local, l'OMS recommande aux responsables de programmes de ne pas prôner la réutilisation du préservatif féminin tant qu'ils n'auront pas adapté le protocole (avec toutes ses étapes) aux conditions locales et qu'ils n'en auront pas testé la faisabilité, l'efficacité et l'utilité dans leurs nombreux sites.4 L'OMS est prête à guider les responsables de programmes en ce qui concerne les implications programmatiques de la réutilisation du préservatif féminin. Son protocole s'applique uniquement au dispositif en polyuréthane qui est fabriqué par la société Female Health et qui est commercialisé sous les noms suivants: FC Female Condom, Reality, Femidon, Dominique, Femy, Myfemy, Protectiv' et Care.

L'OMS hésite toujours à encourager la réutilisation du préservatif féminin, en partie parce que le protocole de désinfection et de manipulation n'a pas fait l'objet d'une étude approfondie visant à en déterminer l'innocuité et l'efficacité chez des participants humains. Avec le concours financier de l'OMS et le Département pour le développement international (DFID) du Royaume Uni, le Reproductive Health Research Unit (RHRU) à l'université de Witwatersrand conduit des travaux de recherche en Afrique du Sud qui visent à explorer l'intégrité structurelle des préservatifs féminins qui ont été désinfectés, lavés et réutilisés, conformément au protocole officiel, ainsi que l'aptitude des utilisatrices à se conformer aux consignes données.

Quoi qu'il en soit, la question de la réutilisation du préservatif féminin a fait l'objet de nombreuses études, dont un grand nombre ont été menées par FHI et la RHRU grâce au soutien financier de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). Il ressort de la recherche que le préservatif féminin conserve son intégrité structurelle après plusieurs cycles de désinfection à l'eau de Javel et de lavage.5 Selon une étude de FHI appuyée par l'USAID, les couples qui désinfectaient, lavaient, séchaient et relubrifiaient le même préservatif quatre fois n'étaient pas plus sujets à des effets adverses dans le vagin, sur le col de l'utérus ou sur le pénis que les couples qui avaient utilisé cinq fois de suite un préservatif féminin neuf.6 Et une étude, financée par l'OMS, de l'effet des procédures de désinfection sur les IST courantes a constaté que le préservatif féminin devait tremper pendant au moins une minute dans une solution d'eau javelisée (1 mesure d'eau de Javel pour 20 mesures d'eau) afin que soient tués les organismes qui causent la blennorragie, la chlamydiase, l'herpès et l'infection à VIH.7 Comme toutes les femmes n'ont pas forcément accès à l'eau de Javel, des travaux de recherche ont été entamés pour évaluer l'innocuité et la faisabilité de l'emploi de détergent et d'eau. Une étude en ce sens, financée par l'USAID et que FHI aura terminée en juillet 2003, propose de tester l'effet de deux marques de détergent, « Sunlight » et « Omo », sur les agents responsables de la blennorragie, de la chlamydiase, de l'herpès et de l'infection à VIH.

«Ces produits ont été choisis parce qu'on les trouve un peu partout», indique Carol Joanis, directrice associée de FHI et l'investigatrice principale de cette étude. «Le produit Sunlight à laver la vaisselle s'achète dans le monde entier, et la marque Omo est disponible dans la plupart des pays en développement, sauf dans certaines régions d'Amérique latine et d'Asie. Fait intéressant, là où la marque Omo n'existe pas, on trouve la marque Surf, dont la formulation est identique.»

— Emily J. Smith

Références

  1. World Health Organization. WHO information update: considerations regarding reuse of the female condom. Article non publié. World Health Organization, 2002.
  2. World Health Organization.
  3. World Health Organization. The safety and feasibility of female condom reuse: report of a WHO consultation (PDF, 193 Ko). Article non publié. World Health Organization, 2002.
  4. World Health Organization. WHO information update: considerations regarding reuse of the female condom.
  5. Potter B, Gerofi J, Pope M, et al. Structural integrity of the polyurethane female condom after multiple cycles of disinfection, washing, drying and relubrication. Contraception 2003;67(1):65-72; Joanis C, Latka M, Glover LH, et al. Structural integrity of the female condom after a single use, washing, and disinfection. Contraception 2000;62(2):63-72.
  6. Joanis C, Ballagh S. Female condom re-use: in vivo safety. WHO consultation on re-use of the female condom. Geneva, Switzerland, January 28, 2002; Ballagh S, Joanis C. Reuse of Reality female condom: colposcopy and adverse events. WHO consultation on re-use of the female condom. Geneva, Switzerland, January 28, 2002.
  7. Ballard R, Fehler G, Htun Y, et al. Re-use of the female condom — effectiveness of disinfection procedures. WHO consultation on re-use of the female condom. Geneva, Switzerland, January 28, 2002.