Les rôles que la plupart des enfants apprennent durant leur processus de socialisation n'en font pas toujours des adultes capables de bien jouir de leur sexualité ou de protéger leur santé. Les stéréotypes ont une telle influence sur les comportements que certains spécialistes estiment qu'une remise en cause des images traditionnelles de la masculinité et de la féminité est indispensable si l'on veut pouvoir préserver une bonne santé sexuelle.
Les stéréotypes de la femme soumise et de l'homme puissant empêchent de bien informer les partenaires. Ils s'opposent aussi à une bonne communication au sein des couples. Et ils poussent les deux sexes à des comportements qui, bien que de types différents, n'en sont pas moins tous dangereux pour la santé. Au bout du compte, ces stéréotypes ne font qu'accroître la vulnérabilité des femmes. Ils les exposent au risque de violences, d'exploitation sexuelle, de grossesse non planifiée, d'avortement dans des conditions dangereuses et de contamination par des infections sexuellement transmissibles (IST), notamment par le VIH.
Entre 1998 et 2000, Mme Jill Lewis a coordonné en Estonie le projet Living for Tomorrow de l'Institut nordique des études de la femme et de recherches sur les rôles sexuels. Selon elle, les stéréotypes sexuels s'imposent dès le plus jeune âge comme une chose qui paraît «naturelle», d'où la conviction que les comportements à risque ont un caractère inévitable.
Des projets comme Living for Tomorrow invitent hommes et femmes à examiner leurs préjugés sur les rôles sexuels et leur impact sur les comportements. De tels projets sont relativement nouveaux et encore peu nombreux. Mais leurs résultats indiquent que les jeunes surtout sont prêts à questionner les stéréotypes imposés par leur milieu. Cette ouverture d'esprit est capitale, car les habitudes et les comportements sexuels adoptés durant l'adolescence ont des effets durables sur la santé et le bien-être.1
La vulnérabilité des femmes
Dans de nombreuses sociétés, on prépare les filles à devenir de «bonnes» épouses en leur apprenant à se soumettre aux hommes.2 Familles, enseignants et camarades renforcent l'idée d'une supériorité des garçons sur les filles. Un grand nombre de jeunes femmes finissent ainsi par croire que l'inégalité de leur statut est justifiée.3
De nature sociale ou économique, cette inégalité nuit aux femmes dans bien des régions du monde en créant de sérieux risques pour leur santé sexuelle. Leur manque de pouvoir face aux hommes peut les obliger à subir des rapports sexuels non désirés ou non protégés. Ce déséquilibre peut les empêcher d'obtenir du partenaire l'emploi d'un préservatif. Il peut les forcer à employer un moyen contraceptif à l'insu d'un mari ou d'un concubin qui s'y oppose. Et l'on sait que, lorsque les femmes dépendent économiquement des hommes, elles sont plus susceptibles de se prostituer pour de l'argent ou en échange de certaines faveurs. On sait aussi qu'il leur est plus difficile de quitter un partenaire abusif.4
Quand une société demande à ses femmes de se soumettre à une autorité masculine, elle favorise des traditions et des habitudes qui peuvent nuire à leur santé sexuelle, comme le mariage à un âge trop précoce et les violences sexuelles ou conjugales.5
Dans bien des sociétés, tandis que la femme est censée demeurer vierge jusqu'au mariage, cette exigence peut en fait la fragiliser. Chez les adolescentes déjà sexuellement actives, la crainte d'être découvertes les empêche en effet de poser les questions indispensables, d'utiliser un contraceptif pour éviter une grossesse, de discuter de l'emploi du préservatif avec leur partenaire pour prévenir une IST ou encore de fréquenter les services de santé de la reproduction. Pour préserver leur virginité, certaines jeunes femmes optent pour des rapports intimes par voie anale, mais cette pratique peut accroître leur risque de contamination par le VIH.6 De plus, dans les sociétés où la prévalence du virus est élevée, les filles vierges peuvent devenir les victimes de viols et de relations forcées par des hommes qui s'imaginent qu'un rapport sexuel de cette nature, même avec un enfant, peut les purifier de leur infection.7
Confrontés à ces violences masculines envers les femmes comme au rôle négatif des partenaires s'opposant à la planification familiale ou encore aux taux élevés d'IST (VIH notamment) chez les jeunes et en particulier chez les jeunes femmes, les programmes tournent de plus en plus leur attention vers les stéréotypes ayant un impact sur les comportements sexuels et en matière de reproduction. Jusqu'à présent, la plupart des efforts entrepris pour combattre ces stéréotypes se sont adressés aux femmes, dont on a cherché à renforcer les pouvoirs. Mais il apparaît chaque jour plus évident qu'on ne pourra vraiment protéger leur santé sexuelle qu'avec la coopération des hommes.8
Le statut des hommes
Si les hommes bénéficient d'un statut privilégié dans la plupart des sociétés, les rôles sexuels auxquels ils sont habitués ne vont pas sans créer des problèmes. Les chercheurs savent qu'une socialisation des garçons qui encourage le refoulement des émotions, le recours à la violence pour résoudre les conflits et une indépendance précoce a des effets négatifs sur leur santé.9 Une enquête nationale conduite aux Etats-Unis avec des adolescents de 15 à 17 ans a montré que ceux les plus attachés aux critères traditionnels de masculinité sont aussi les plus enclins à se droguer, à sombrer dans la délinquance et à adopter des habitudes sexuelles à risques.10
A l'inverse des filles, les garçons sont souvent incités et même poussés à avoir des relations sexuelles à un âge précoce. C'est ce qu'a confirmé une étude menée par FHI en Jamaïque dans le cadre du Projet d'études sur les femmes. Les adolescents de 12 ans interrogés à cette occasion ont expliqué que leurs parents et leurs camarades de sexe masculin les encourageaient à passer à l'acte. Un des garçons a rapporté comment ses proches lui disaient qu'en « fréquentant les filles tu te sentiras un vrai homme ».11 Les relations sexuelles occasionnelles sont bien plus fréquentes chez les adolescents que chez les adolescentes et, dans certains pays, la première expérience se fait souvent avec une prostituée.12 Et dans de nombreuses sociétés, pour être considéré véritablement comme un « homme », il faut avoir des partenaires multiples.
L'expérience sexuelle à laquelle on pousse ainsi les garçons ne signifie pas qu'ils apprennent en même temps à protéger leur santé. Les adultes ont tendance à croire que les jeunes en savent plus que c'est vraiment le cas et, en fait, les adolescents hésitent à poser des questions pouvant trahir leur ignorance.13 La pression exercée par les camarades et par les adultes influence la manière dont les jeunes entrevoient les relations sexuelles et les incitent à adopter des comportements à risques. Pour beaucoup d'hommes jeunes, l'initiation sexuelle est une preuve de virilité. Pouvoir se vanter de ses conquêtes auprès de ses camarades est sans doute aussi important que les relations sexuelles proprement dites.14
Pour que les jeunes se conforment aux stéréotypes, on leur laisse entendre que seuls les homosexuels agissent différemment.15 Les préjugés existant envers les homosexuels sont particulièrement pernicieux pour les adolescents ayant des rapports avec d'autres hommes. Ces préjugés les entraînent à nier les risques sexuels, altèrent leur confiance en eux et parfois même les acculent au suicide. Mais l'homophobie marque en fait tous les hommes, car elle leur interdit des comportements jugés trop « féminins », qu'il s'agisse par exemple de dispenser des soins ou de protéger la santé des autres.16 Les résultats d'une étude qualitative réalisée dans neuf pays d'Amérique latine ont révélé que les hommes jeunes considèrent les risques pour leur santé bien moins importants que les atteintes à leur masculinité.17
Malgré ces fortes pressions, certains hommes échappent aux rôles sexuels imposés par le conformisme ambiant. De plus, dans de nombreuses régions du monde, ces rôles sont en train d'évoluer rapidement sous l'effet de divers facteurs sociaux, économiques et culturels, comme l'urbanisation, la pénétration progressive des médias, un accès de plus en plus universel à une éducation et l'intégration des femmes dans la population active.18 Il est vrai que ces changements exposent souvent les jeunes à de nouveaux risques pour leur santé sexuelle, des risques auxquels ils ne sont pas préparés. Mais ils peuvent aussi les conduire vers d'autres types de relations et d'autres modèles de comportements sexuels.
Les résultats d'une étude sur la sexualité et sur la santé sexuelle de la jeunesse conduite à Lima, au Pérou, ont révélé des taux élevés de grossesses non planifiées, de rapports sexuels forcés, d'avortements et de symptômes ou de diagnostics d'IST. Il semble pourtant qu'une évolution positive soit en train de se dessiner chez les adolescents sexuellement actifs. Ainsi, les garçons de 16 à 17 ans interrogés pour cette enquête avaient deux fois moins de chances que les hommes de 19 à 30 ans d'avoir leur premier contact hétérosexuel avec une prostituée. Pour la même tranche d'âge et pour les deux sexes, mais en particulier chez les filles, les chercheurs ont constaté que l'utilisation du préservatif lors du premier rapport sexuel était plus fréquente que chez les jeunes adultes. Selon le responsable de l'étude, le docteur Carlos Cáceres, ces résultats semblent refléter une expérience sexuelle dans laquelle « l'amour a sa place, les partenaires sont prêts à se protéger contre les MST [maladies sexuellement transmissibles], et le respect de l'autre comme le sens des responsabilités jouent un rôle. »19
Remettre en cause les stéréotypes
Pour la série Stratégies pour l'espoir, qui est produite par ActionAid, un organisme basé à Londres, Mme Alice Welbourn a créé un module de formation intitulé Stepping Stones. Ce module traite de santé de la reproduction et des rôles sexuels. Selon son auteur, les efforts déployés pour combattre les stéréotypes sont souvent perçus comme une intrusion au profit de valeurs d'une culture étrangère. Plutôt que de promouvoir directement un changement d'attitude et de comportement, la vidéo et le manuel de Stepping Stones laissent participants et animateurs interpréter les rôles sexuels dans le contexte régional. Le module propose des questions, des exemples et des exercices qui poussent les participants à s'interroger, à analyser leurs propres attitudes et à pratiquer des comportements différents.20
Certains organismes ont réalisé qu'ils peuvent atteindre les hommes plus efficacement s'ils adoptent une attitude non critique, même vis-à-vis des pires comportements associés à la masculinité comme la violence conjugale.21 D'autres institutions luttant contre l'inégalité entre les sexes, comme l'organisation non gouvernementale Instituto Promundo, s'intéressent aux jeunes gens ayant manifesté un désir de changer. A Rio de Janeiro, son projet Jovem para Jovem (Entre copains) offre le soutien d'adultes et de jeunes du même âge. Il invite à réfléchir aux conséquences parfois négatives de certains comportements masculins traditionnels.22
M. Gary Barker, qui dirige l'Instituto Promundo, souligne l'importance d'un travail avec des adolescents, car c'est entre la puberté et l'âge adulte que s'acquièrent des habitudes qui peuvent marquer toute une vie.23 « Mais les attitudes et les comportements des adultes peuvent évoluer dans le temps et en fonction de leurs relations intimes », précise Barker. « Il existe aussi des phases sensibles, comme la naissance d'un premier enfant ou l'amorce d'un nouveau rapport amoureux, durant lesquelles les hommes sont plus susceptibles de s'ouvrir à des perspectives différentes. Les responsables des programmes visant à encourager des changements de comportement et d'attitude pourraient tirer parti de ces moments critiques. »
En collaboration avec trois autres organisations non gouvernementales, l'Instituto Promundo a mis en place des stages et créé des manuels en espagnol et en portugais. Ces manuels traitent des manières de travailler avec les hommes jeunes pour faire évoluer les attitudes et les comportements dangereux pour la santé. Avec le soutien du projet Horizons du Population Council, l'institut va développer et tester une échelle de mesure. Cette échelle servira à jauger les changements d'attitude et de comportement chez les jeunes qui participent aux programmes utilisant ces manuels. Les évaluateurs pourront aussi employer cette échelle pour mesurer les corrélations statistiques entre attitudes liées aux stéréotypes et comportements sexuels.
Premières observations
La plupart des initiatives visant à changer les attitudes et les comportements dangereux pour la santé sexuelle sont relativement récentes. Elles n'ont pas fait l'objet d'évaluations approfondies. Il faut donc noter que les moyens de juger leur effet sont avant tout de nature anecdotique.
En Afrique du Sud, une étude est en cours pour évaluer l'impact d'adaptations du module de formation Stepping Stones. Mais les premiers éléments recueillis auprès de jeunes et d'adultes ayant participé aux ateliers Stepping Stones dans plusieurs pays et dans divers contextes culturels laissent entrevoir qu'il est possible d'influencer ces attitudes et ces comportements. Parmi les changements cités dans des groupes de discussion ou dans les réponses à des questionnaires, on note une amélioration de la communication entre parents et enfants, une réduction des violences entre les sexes, une diminution de la consommation et notamment de la consommation excessive d'alcool, une augmentation de la demande de préservatifs, un renforcement de l'estime de soi et un meilleur respect mutuel entre les sexes. Certaines adolescentes se sont déclarées capables de dire « non » à des relations sexuelles non désirées, et certains adolescents de résister à la pression de camarades les poussant à passer à l'acte.24
Dans le sud-est du Nigeria, un programme cherche à aider les garçons à questionner leurs rôles traditionnels en intervenant dans leur existence de façon continue. Les jeunes gens se sont mis à traiter les femmes avec plus de respect. De leur côté, dans le cadre d'un projet parallèle appelé Girls' Power Initiative (GPI), des filles mettent en application leur nouveau savoir et leurs nouvelles compétences. Lors d'un exercice de prise de contact qui débute chaque réunion hebdomadaire, une fille a expliqué comment elle avait questionné un garçon qui voulait être son ami, avant de lui annoncer qu'elle n'était pas prête pour le genre d'«amitié» qu'il avait en tête. La remarque du garçon était déjà familière aux autres filles du groupe : « Pourquoi les filles du GPI posent-elles toutes ces questions ? »25
En Estonie, les jeunes participant au projet Living for Tomorrow ont aussi déclaré que leurs camarades avaient noté une évolution de leurs vues et de leur capacité à se défendre. Selon la coordinatrice du projet, Mme Jill Lewis, savoir répondre aux soucis des jeunes en matière de sexe et de rôles sexuels était la clé de ces changements comportementaux. « Si vous pouvez aborder le domaine des rôles sexuels », dit-elle, « vous pouvez puiser dans toute une série d'anxiétés, de questions et d'espoirs qui forment bientôt un terreau fertile sur lequel prennent racine des messages en faveur de la prévention. »
— Kathleen Henry Shears
Références
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- World Health Organization.
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- Irvin.
Des messages d'une contradiction dangereuse pour les jeunes femmes |
| Selon les résultats d'une étude qualitative réalisée au Rwanda, un grand nombre de jeunes femmes reçoivent tant de messages contradictoires sur la pureté, sur la soumission et sur l'amour qu'elles en deviennent indécises au point de ne plus savoir dire «oui» ou «non» à une relation sexuelle.1
Cette étude s'est déroulée dans le cadre du projet IMPACT (Implementing AIDS Care and Prevention) de FHI. Elle visait à aider les planificateurs de programme rwandais à mieux comprendre les comportements sexuels de personnes âgées de 15 à 35 ans à Kigali et dans deux provinces du pays. Quelque 300 personnes, la plupart d'entre elles âgées moins de 26 ans, ont participé à cette recherche. Elles appartenaient presque toutes aux groupes-cibles de deux projets soutenus par IMPACT. Ces jeunes étaient soit des membres d'associations catholiques pour la jeunesse de l'archidiocèse de Kigali et du diocèse de Byumba, soit des résidents de la région de Byumba d'autres confessions ou sans appartenance religieuse. Au total, 28 groupes de discussion dirigée ont été formés. Lors de ces séances, jeunes hommes et jeunes femmes ont discuté des cas fictifs, ce qui leur ont permis de parler des relations entre les sexes et des comportements intimes. Ces discussions étaient une occasion d'aborder des sujets délicats sans reprocher les comportements des participants eux-mêmes.
Cette étude a révélé qu'il existait de forts interdits sociaux à l'encontre des jeunes femmes ayant des relations préconjugales. Il était presque impossible à celles souhaitant avoir des rapports sexuels de l'admettre, sans même parler de la possibilité de consulter des services de santé de la reproduction ou de négocier avec un partenaire l'emploi du préservatif.
De leur côté, les adolescents sont incités par leurs camarades à passer à l'acte à un âge précoce. Ils croient qu'il faut s'initier sexuellement avant le mariage durant une période appelée kwitoza (formation) pour éviter de devenir impuissant.
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Art Explosion |
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Les participants aux discussions dirigées ont expliqué comment les jeunes gens interprètent certains actes des femmes comme autant de signes de consentement sexuel. Ainsi, selon eux, une femme s'asseyant sur un lit ou acceptant une promenade tard dans la soirée les inviterait probablement à avoir des relations sexuelles avec elle.
Durant les débats, les jeunes ont confirmé que les pressions exercées sur les adolescentes pour qu'elles passent à l'acte peuvent être aussi fortes que les tabous sociaux. Lors de la discussion de cas imaginaires, les participants ont dit que certaines filles cèdent pour prouver à leur petit ami qu'elles l'aiment vraiment. Souvent, la jeune femme s'engage dans une relation sexuelle après une promesse de mariage ou une menace d'abandon.
Mais celles se donnant à leur ami dans l'espoir de le garder sont souvent déçues. Selon les participants aux discussions dirigées, ce partenaire aura en fait tendance à juger la femme légère et à l'abandonner. « En général, on ne couche pas avec la fille qu'on aime vraiment, parce qu'une fille qui dit oui à un type dira aussi oui aux autres », a expliqué un adolescent.
Ces résultats représentent un formidable défi pour les planificateurs des programmes. L'équipe d'IMPACT au Rwanda et ses partenaires dans la région ont réagi en mettant en place un programme participatif. Son but est d'améliorer la communication entre les jeunes des deux sexes et de les rendre ainsi capables de se protéger eux-mêmes contre le VIH et contre d'autres risques pour leur santé sexuelle. Cet effort fera l'objet d'une évaluation périodique grâce à des enquêtes sur le comportement sexuel de cette population ainsi qu'à des études qualitatives supplémentaires. Il vise à développer chez les jeunes femmes une confiance en soi et une capacité de communication leur permettant de dire «non» à des avances sexuelles non désirées. Et, chez les jeunes hommes, un respect de celles qui refusent d'avoir des relations intimes.
— Kathleen Henry Shears
Référence
- Ndabamenye P. Rapport de Recherche Qualitative de Base auprès des Jeunes de la JOC/Archidiocèse de Kigali. Kigali, Rwanda: Family Health International and Jeunesse Ouvrière Chrétienne, 2000; Muramutsa F. Rapport d'Evaluation Qualitative de Base dans le cadre du Programme de Prévention du VIH/SIDA auprès des Jeunes du Diocèse de Byumba. Kigali, Rwanda: Family Health International and the Diocese of Byumba, 2001.
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Des programmes pour combattre les stéréotypes chez les jeunes |
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On n'a toujours pas démontré si les programmes visant à corriger les stéréotypes sexuels chez les jeunes ont vraiment un impact positif sur leur santé. Mais on sait que les programmes existants sont remarquablement similaires dans leurs approches. Un grand nombre d'entre eux fonctionnent selon les principes suivants :
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Traitement des questions de santé et d'identité sexuelles dans le contexte, en invitant à la réflexion, à la discussion et à l'analyse à partir d'informations et d'exemples tirés de l'expérience personnelle des participants et des résultats d'études régionales. En Inde, les participants à divers ateliers ont ainsi passé au crible certaines idées reçues en puisant dans leurs propres expériences avec des membres de leur famille ou des camarades aux comportements inhabituels.1 En Inde et en Estonie, c'est en analysant le contenu des médias et de publicités que des jeunes ont pu comprendre comment les messages qu'ils reçoivent renforcent souvent les stéréotypes et la discrimination sexuelle.2
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Recours à des méthodes créatives et interactives pour motiver les participants, tout en encourageant ces derniers à faire preuve d'esprit critique et en les aidant à aborder des questions délicates. On peut ainsi faire appel à des jeux de rôle en inversant les sexes, à des débats et à des méthodes actives. De nombreux programmes ont compris les avantages qu'offrent l'art théâtral et les autres arts de la scène : intérêt soutenu des participants, traitement de sujets qui seraient trop controversés pour une discussion de groupe, présentation de comportements modèles plus équitables (décision commune d'employer un contraceptif ; respect de la décision du partenaire d'opter pour l'abstinence sexuelle ; résolution de conflit par la communication plutôt que par la violence ; etc.).
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Approche de la santé sexuelle sous un angle très ouvert, sans se limiter au seul domaine de la reproduction ou de la prévention de comportements à risques. Conseillère auprès d'ActionAid, qui est basé à Londres, Linnea Renton a aussi été coordinatrice pour le projet de formation Stepping Stones. Selon elle, si ce projet a pu produire un module de formation sur la santé et les identités sexuelles qui a été bien reçu dans tant de pays, c'est parce que son objectif ne se limitait pas au seul changement des comportements sexuels. « Si on n'avait parlé que de préservatifs, de chiffres et de maladies, on se serait ennuyé », a déclaré un jeune Estonien participant au projet contre le VIH Living for Tomorrow qui se consacre aussi aux rapports entre les sexes.
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Sélection et formation d'animateurs d'un esprit ouvert aux idées nouvelles et capables de remettre en cause leurs propres attitudes en matière de sexualité, de rôles sexuels et d'égalité entre les sexes. « Si l'objet de la formation est d'influencer les attitudes sociales, il faut que les éducateurs s'investissent bien plus au plan intellectuel et émotionnel », ont pu écrire les responsables d'une étude d'un projet indien.3 Pour Joseph Robinson, qui dirige en Jamaïque un groupe de théâtre et des arts scéniques (Ashe) et qui a formé des éducateurs à la vie familiale, une bonne partie de l'effort de formation vise à rendre les participants plus à l'aise vis-à-vis de leur propre sexualité et à éviter qu'ils ne transmettent à leurs propres stagiaires une mentalité négative.
- Collaboration avec les parents, les enseignants et d'autres personnes de la communauté afin de créer un climat constructif pour les jeunes voulant changer leurs comportements. Dans un quartier pauvre de Kingston, en Jamaïque, Joseph Robinson a ainsi lancé un projet pilote avec le concours de jeunes, de parents, de professeurs, de conseillers en orientation et de professionnels de santé. Son projet s'intitule It Takes an Island (Il faut toute une île). Le nom est dérivé du proverbe africain « Il faut un village pour élever un enfant. »
M. Robinson est convaincu de l'importance d'une cohérence des messages adressés aux jeunes par l'ensemble des personnes responsables de leur socialisation.
| Gary Barker/Instituto Promundo |
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Au Brésil, à Rio de Janeiro, le projet Jovem Para Jovem (Entre copains) aide les hommes jeunes à réfléchir sur les effets négatifs de certains comportements masculins traditionnels. |
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Adoption d'une attitude positive vis-à-vis de la sexualité. Créatrice de Stepping Stones, le docteur Alice Wellbourn, a écrit que de nombreuses campagnes contre le VIH/SIDA « oublient le fait que le sexe est aussi source de plaisir et de créativité ». En associant au sexe l'idée de mort plutôt que de vie, ces campagnes ont déplu à une grande partie du public qu'elles cherchaient à atteindre.4 Une approche purement négative de la santé sexuelle peut également entacher la crédibilité d'un programme, car bien des jeunes savent que le sexe peut être agréable.5
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Délégation de responsabilités aux jeunes pour qu'ils puissent agir par eux-mêmes pour eux-mêmes. Des adolescents brésiliens participant au projet Jovem para Jovem ont par exemple créé et joué un spectacle sur le thème de la violence au foyer. En Inde, ce sont des « plans personnels de travail » que les jeunes ont développés en définissant les conduites à tenir pour modifier leurs comportements et répondre aux résistances de leur entourage.6 Au Nigeria, dans le cadre d'un programme sur la santé et les identités sexuelles, des adolescents ont lu leurs essais au cours d'ateliers ouverts au public et ont même tenu des conférences de presse.7 Mais Carlos Cáceres, qui a dirigé une étude sur la santé sexuelle des jeunes à Lima, au Pérou, avertit que ce transfert de responsabilités suppose que les adultes fassent confiance aux jeunes. « Les solutions qu'ils proposent peuvent se révéler quelque peu différentes de celles avancées par les adultes », précise-t-il.
— Kathleen Henry Shears
Références
- Gupta P, Joshi A, Crook B. Leadership, Responsibility, and Men's Partnership with Women to Improve Reproductive Health. A Case Study Prepared for the Men and Reproductive Health Subcommittee of USAID Gender Working Group. Mussoorie, India: Society for Integrated Development of Himalayas, 2001.
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- Gupta P, Joshi A. Leadership, Responsibility and Men's Partnership with Women to Improve Reproductive Health: A Process Documentation of Designing a 4-Day Training Module for Youth in the Jaunpur Area in Tehri Farhwal District in the Central Himalayas of Uttar Pradesh. Mussoorie, India: Society for Integrated Development of Himalayas, 1998.
- Welbourn A. Gender, Sex and HIV: How to Address Issues That No-One Wants to Hear About. London: ActionAid, 2000. Accessible sur: http://www.steppingstonesfeedback.org/.
- Irvin A. Taking Steps of Courage: Teaching Adolescents about Sexuality and Gender in Nigeria and Cameroon. New York: International Women's Health Coalition, 2000.
- Gupta, 2001.
- Irvin.
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