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couverture de la revue

Santé de la reproduction

Des besoins importants après la grossesse

Network en français : Vol. 17, No. 4,
Eté 1997

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Le fait d'associer la planification familiale aux autres services de santé pendant et après la grossesse peut contribuer à une meilleure santé reproductive. Un tableau intitulé Quand commencer une méthode après une grossesse est inclus. La formation : une étape essentielle donne des exemples de différents programmes de formation récemment effectués.

Une femme qui vient d'accoucher doit non seulement se remettre de ses couches, mais aussi s'occuper du nouveau-né, tâche particulièrement difficile pour celles qui accouchent pour la première fois. Beaucoup de femmes qui viennent d'accoucher souhaiteraient espacer, voire limiter leurs grossesses pour mieux prendre soin du nourrisson et d'elles-mêmes.

Bien que ces besoins soient réels, les services de santé négligent souvent les soins particuliers au post-partum, notamment la nécessité de commencer la contraception dès le retour de la fécondité. Citons par exemple l'Equateur, où les trois quarts des femmes font des visites prénatales, mais seulement le tiers obtiennent des soins pendant le post-partum.1 Une enquête menée dans deux hôpitaux au Kenya a révélé que sur les 92 pour cent de femmes interrogées qui voulaient adopter la planification familiale, seulement 2 pour cent d'entre elles ont quitté l'hôpital après l'accouchement munies d'une méthode de contraception.2 Environ un tiers des femmes dans le monde qui n'ont accès à aucune planification familiale sont enceintes ou viennent d'accoucher.3

Comment faire pour mieux aider les femmes après l'accouchement ? La Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) encourage ses membres à associer la planification familiale aux autres services, déclare le docteur Pramilla Senanayake qui est secrétaire générale adjointe de l'organisation. "Nous leur avons dit, explique-t-elle, qu'une approche plus globale était de loin la meilleure, et qu'il vaudrait mieux s'associer et collaborer avec les autres groupes fournisseurs de soins relatifs au post-partum." Une telle approche pourrait éviter le gaspillage des services et de l'expertise et réduire les coûts tout en répondant à la demande d'intégration des services faite à la Conférence internationale sur la population et le développement qui s'est tenue au Caire en 1994.

Quand commencer les méthodes après une grossesse

Mères qui allaitent
Mères qui n'allaitent pas
Immédiatement
  • MAMA (protection jusqu'à six mois)
  • Préservatifs (masculins ou féminins)
  • Spermicides
  • Stérilisation

Immédiatement ou avec un délai

  • DIU (insertion dans les 48 heures1 ou après six semaines)

Attendre six semaines

  • Diaphragme
  • Cape cervicale
  • Eponge vaginale
  • Méthodes progestatives (PP, Norplant, DMPA)

Attendre six mois

  • Contraceptifs hormonaux combinés (pilules ou injectables)2
Immédiatement
  • Préservatifs (masculins ou féminins)
  • Spermicides
  • Stérilisation
  • Méthodes progestatives (PP, Norplant, DMPA)

Immédiatement ou avec un délai

  • DIU (insertion dans les 48 heures1 ou après six semaines)

Attendre trois semaines

  • Contraceptifs hormonaux combinés (pilules ou injectables)

Attendre six semaines

  • Diaphragme
  • Cape cervicale
  • Eponge vaginale
Femmes dans le post-abortum
(Avortement du premier trimestre)
Hommes
Immédiatement
  • Toutes les méthodes
La vasectomie (la stérilisation masculine) peut être effectuée immédiatement après la grossesse pour n'importe quel couple.
Femmes dans le post-abortum
(Avortement du deuxième trimestre)
Notes :
  1. Il se peut que le risque d'expulsion soit plus élevé lorsque l'insertion est effectuée entre 10 minutes et 48 heures, comparé aux insertions effectuées immédiatement.
  2. L'utilisation peut commencer après six semaines seulement si la lactation a été bien établie et d'autres options ne sont ni disponibles ni acceptables. En général, les contraceptifs hormonaux combinés ne sont pas recommandés pour les mères qui allaitent.
Immédiatement
  • Préservatifs (masculins ou féminins)
  • Spermicides
  • Méthodes progestatives (PP, Norplant, DMPA)
  • Stérilisation
  • Contraceptifs hormonaux combinés (pilules ou injectables)

Immédiatement ou avec un délai

  • DIU (insertion dans les 48 heures1 ou après six semaines)

Attendre six semaines

  • Diaphragme
  • Cape cervicale
  • Eponge vaginale

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) vise le même objectif. L'OMS a réuni, en mai dernier, une commission d'experts chargés de trouver une solution aux besoins des femmes en période du post-partum et de leurs nourrissons. Le rapport du groupe est attendu au cours de l'année et il devrait préconiser des soins appropriés pour la mère en post-partum et l'enfant, notamment en matière de nutrition, d'aide sociale et de prévention du sida, en plus de la planification familiale.

"Il est primordial d'associer les services de santé maternelle et infantile à la planification familiale," dit le docteur Roberto Rivera, directeur des affaires médicales internationales à FHI. "La meilleure manière de répondre à des besoins toujours accrus en matière de santé reproductive après la grossesse est de proposer aux femmes des services variés. Ces services qui comprendraient, entre autres, la planification familiale aideraient à protéger la santé des femmes et de leurs enfants, empêcheraient l'utilisation coercitive des contraceptifs, et amélioreraient la qualité des soins," dit-il encore.

Des prestataires au Mexique, au Chili, en Zambie, aux Philippines et dans d'autres pays mettent actuellement au point des services intégrés du post-partum qui comprennent la planification familiale. Beaucoup d'entre eux lient les soins maternels et infantiles à la fourniture de contraceptifs. Certains préconisent l'allaitement qui, tout en améliorant la santé de la mère et de l'enfant, est une protection contraceptive. D'autres encore relient les services prénataux et de planification familiale aux soins de suivi dans le post-partum.

Des ressources limitées

Les prestataires de soins qui disposent de peu de moyens, de temps et de formation peuvent croire qu'il est impossible d'offrir des services variés. Pourtant, d'après le docteur Enrique Suárez, il en résulterait des clientes satisfaites, un bon suivi et des soins améliorés. Le docteur Suárez est le directeur de la Federación Mexicana de Asociaciones Privadas de Salud y Desarollo Comunitario (FEMAP), une organisation mexicaine non gouvernementale qui offre des services périnataux intégrés depuis le début des années 80. "Si vous voulez que le message passe, il faut considérer chaque femme dans sa totalité car la planification familiale n'est pas la seule chose dont elles ont besoin," dit le docteur Suárez.

A l'heure actuelle les services périnataux de la FEMAP fonctionnent de la manière suivante : des agents communautaires, environ 10.000 au Mexique, aiguillent les femmes enceintes vers les dispensaires de FEMAP qui leur proposent des soins prénataux. C'est au moment des visites que les docteurs et les infirmières donnent des informations concernant la nutrition, le développement du foetus et l'allaitement. Les femmes reçoivent aussi du counseling en matière de planification familiale et subissent des examens de dépistage, tant du cancer des organes reproductifs que des maladies sexuellement transmissibles. Quand vient le moment d'accoucher, les femmes sont admises dans l'un des sept hôpitaux de la FEMAP, ou dans un hôpital affilié à l'organisation, où le personnel soignant s'occupe d'elles et réitère les informations données lors des visites prénatales.

Une fois à la maison, ces femmes sont à nouveau contactées par les agents qui leur donnent, si besoin est, des renseignements supplémentaires en matière de planification familiale, et leur rappellent qu'elles doivent retourner régulièrement au dispensaire FEMAP pour les visites du post-partum. Lors de ces visites qui concernent aussi bien la mère que le nourrisson, les vaccins, l'aide à l'allaitement, les bilans de santé et d'autres services leur sont proposés. De nombreux prestataires signalent qu'il est très important d'associer les soins infantiles aux soins de suivi dans le post-partum, parce que les femmes retourneront pour leurs enfants mais pas pour elles-mêmes.

Quand le programme de la FEMAP a commencé en 1981, moins de cinq pour cent de ses clientes retournaient pour des soins du post-partum ; maintenant près de 40 pour cent d'entre elles reviennent. Le taux de fréquentation des services prénataux est encore meilleur car environ 80 pour cent des clientes enceintes de la FEMAP y font appel. "Le succès du programme tient en partie à ce qu'il éduque les femmes en matière de soins préventifs, surtout avant l'accouchement," dit le docteur Suárez.

Les pilules, les préservatifs, la stérilisation chirurgicale volontaire et les DIU font partie de l'éventail des méthodes de contraception qui sont proposées aux femmes lors des consultations périnatales de planification familiale. Le taux de continuation relatif à l'emploi de contraceptifs est élevé, soit environ 72 pour cent après cinq ans. Comme la FEMAP est en mesure de bien suivre les patientes, elle peut offrir une variété de méthodes à court et à long termes avec la certitude que les femmes seront satisfaites, dit le docteur Suárez.

Il est très important de disposer d'un choix en matière de contraception après l'accouchement, car plus l'intervalle entre les naissances est long, mieux la mère et le nouveau-né se porteront. Un enfant qui voit le jour moins de deux ans après un frêre ou une soeur court deux fois plus de risques de mourir en bas âge qu'un bébé né à un intervalle plus long. Il y a aussi la possibilité accrue qu'un bébé naisse prématuré s'il suit de très près une autre grossesse.4

L'Instituto Chileno de Medicina Reproductiva (ICMER) offre, lui aussi, un programme intégré de santé relatif au post-partum. Ce programme qui a commencé dans un établissement de recherche a été transféré au Consultorio San Luis de Huechuraba, un dispensaire situé dans un quartier pauvre de Santiago. Dans le cadre de ce programme, les femmes qui viennent d'accoucher sont invitées à venir avec leurs enfants pour des visites de suivi, et cela sur plusieurs mois. De même, chaque cliente reçoit un counseling adapté à sa situation, ainsi que des services en matière d'allaitement, de contraception, et de santé maternelle et infantile. Ces services sont prodigués par des prestataires travaillant en équipe.

Le docteur Soledad Díaz, qui est directrice du programme, affirme que les participantes disent apprécier l'information et les soins prodigués avec beaucoup d'égards par le personnel. A Santiago, plus de 95 pour cent des femmes qui ont participé au programme pendant un an continuent la contraception, et leur taux d'allaitement est plus élevé que chez les femmes de même milieu qui n'ont pas participé.

"Le degré d'allaitement nécessaire à provoquer l'aménorrhée de la lactation demande beaucoup d'efforts aux femmes, et il faut parfois que le personnel soignant les aide à persévérer," dit le docteur Díaz. Grâce à un tel soutien, une excellente entente pourrait naître entre l'équipe sanitaire et les clientes, surtout si les mères constatent une amélioration de la croissance et de la santé du nourrisson. Des relations de ce genre peuvent favoriser le degré d'acceptabilité des interventions contraceptives et sanitaires," dit-elle.

La contraception du post-partum

Les femmes qui viennent d'accoucher ont des besoins sanitaires spécifiques, tels les contraceptifs appropriés. Les DIU, les méthodes de barrière et les contraceptifs hormonaux représentent tous des méthodes appropriées au cours du post-partum, mais le counseling quant à leur utilisation peut différer de celui donné dans une situation ordinaire, surtout quand la femme allaite. Le personnel soignant doit connaître les contre-indications et en informer leurs clientes pour que la protection contraceptive soit maximisée et que le nourrisson soit à l'abri de tout danger.

Par exemple, bien que les DIU soient une bonne option pour les femmes qui viennent d'accoucher, et notamment pour celles qui allaitent, il faut veiller à les insérer soit dans les 48 heures, soit au moins six semaines après l'accouchement pour réduire les risques d'expulsion (dans ce délai de 48 heures après l'accouchement, si l'insertion est pratiquée immédiatement, c'est-à-dire dans les 10 minutes après la délivrance, le risque d'expulsion est réduit au minimum). Les méthodes de barrière, tel le diaphragme qui nécessite que la taille exacte soit déterminée par le prestataire, devraient être reportées à six semaines. Certains experts pensent que la stérilisation, tout en étant possible à tout moment, serait préférable au moins quatre semaines après l'accouchement, pour diminuer les risques d'infection.

Les femmes qui viennent d'accoucher et qui n'allaitent pas peuvent commencer tout de suite les méthodes hormonales aux progestatifs-seuls (injectables, Norplant, pilule). Par contre, pour les femmes qui allaitent, il vaudrait mieux attendre six semaines étant donné que les hormones sont transmises au nourrisson par le lait maternel. La plupart des experts recommandent un tel délai par mesure de précaution, même si aucun effet secondaire n'a été signalé parmi les enfants exposés aux hormones synthétiques au cours de l'allaitement.

Les femmes qui allaitent devraient en principe reporter les méthodes hormonales combinées (celles qui contiennent de l'strogène), telles que les pilules et certains injectables, à six mois. Par contre, si la lactation est bien établie et que d'autres méthodes ne sont ni disponibles ni acceptables, elles pourraient commencer au bout de six semaines. D'une manière générale, en cas d'absence d'autres choix acceptables, les méthodes hormonales combinées sont déconseillées quand les mères allaitent, car les strogènes peuvent diminuer la quantité de lait. Certains experts recommandent aux femmes qui n'allaitent pas de commencer les méthodes hormonales combinées seulement trois semaines après l'accouchement, bien qu'il n'y ait aucun risque connu associé à leur utilisation immédiate, sauf un très léger risque de coagulation du sang.

Pratiquée correctement, la méthode de l'allaitement maternel et de l'aménorrhée (MAMA) assure une protection de 98 pour cent contre la grossesse et représente une excellente option contraceptive chez les femmes en post-partum. Cela implique que la femme n'a pas encore eu ses règles, qu'elle allaite complètement ou presque complètement et que son bébé a moins de six mois.

L'établissement d'un programme d'information et de promotion de la MAMA serait la manière idéale de procurer des soins intégrés du post-partum. En encourageant l'allaitement complet pour six mois, l'éducation sur la MAMA apporte d'autres avantages sanitaires tant à la mère qu'à son enfant. Les nourrissons sont immunisés contre les infections intestinales tout en profitant d'une excellente nutrition. De plus, l'allaitement stimule l'involution utérine, contribue à la réduction des saignements pendant le post-partum et pourrait protéger contre le cancer du sein. Le personnel soignant qui a reçu une formation relative à la MAMA et à d'autres soins du post-partum peut vérifier que l'allaitement se passe bien et que la mère et l'enfant sont en bonne santé.

Les femmes qui pratiquent la MAMA devraient être prêtes à utiliser une autre méthode contraceptive dès que les conditions requises pour la MAMA ne sont plus remplies. Les services intégrés qui comprennent une composante MAMA peuvent assurer que les nouvelles mères ont accès aux méthodes de planification familiale de leur choix, dès qu'elles en ont besoin. Il faut dire aussi qu'à l'exception du préservatif, la MAMA et les autres méthodes contraceptives n'offrent aucune protection contre le VIH, le virus qui cause le sida.

En Equateur, aux Philippines, en Zambie et dans d'autres pays, les services de santé et de planification familiale ont commencé à promouvoir la MAMA en vue d'améliorer la santé et les taux de contraception. En Zambie, par exemple, les femmes qui font des visites prénatales et post-natales dans les dispensaires de l'Etat peuvent consulter des conseillers du Family Life Movement, organisation non gouvernementale, afin de se renseigner sur les techniques recommandées de l'allaitement et sur la MAMA.

"Les femmes trouvent très pratique d'obtenir ce dont elles ont besoin au sein du même dispensaire," dit Kristin Cooney, directrice de l'allaitement et de la santé maternelle et infantile à l'Institute for Reproductive Health de l'université de Georgetown à Washington. Certains prestataires craignent que les femmes qui utilisent la MAMA ne cherchent pas éventuellement d'utiliser d'autres méthodes efficaces de planification familiale en temps voulu. Cependant, en Zambie, et ailleurs, le fait de pratiquer la MAMA encourage les femmes à commencer l'usage de contraceptifs différents.

La formation : une étape essentielle

L'une des étapes essentielles de l'amélioration ou de l'établissement des services du post-partum est la formation, portant aussi bien sur les méthodes de contraception appropriées pour cette période que sur les liens qui existent entre la planification familiale et la santé de la mère et de l'enfant. Cette formation peut d'ailleurs être conçue en fonction de besoins spécifiques.

  • Dans les régions rurales des républiques d'Asie centrale, les femmes ne font le long voyage jusqu'à l'hôpital que pour accoucher. En 1996, plus de 100 personnes parmi lesquelles des médecins généralistes, des gynécologues-obstétriciens, des pédiatres et des sages-femmes de la région ont participé à une série de stages organisés par FHI sur la planification familiale, et notamment le post-partum. "Il est très important de profiter de cette unique visite à l'hôpital pour informer et aider les femmes à étudier leurs options en matière de contraception", dit le docteur Irina Yacobson, responsable de la formation clinique au sein de FHI, qui participait aux stages. "Les femmes désirent soit avoir moins d'enfants, soit espacer leurs grossesses, d'autant que l'économie de la région est si mauvaise. Mais elles ne sont pas au courant des différentes méthodes de contraception qui leur sont accessibles."

La formation de spécialistes divers est très importante, dit-elle, parce que les femmes consultent des médecins différents selon qu'elles sont enceintes ou qu'elles viennent d'accoucher. Les stages ont traité des méthodes de contraception appropriées pendant le post-partum, notamment les stérilets (DIU), les préservatifs, les injectables et la méthode de l'allaitement maternel et de l'aménorrhée (dite la MAMA).

  • Dans les régions où les femmes sont plus portées à chercher des soins médicaux, la formation peut être un moyen d'améliorer les services pendant le post-partum. En Amérique latine, FHI a organisé, ces dernières années, un certain nombre de stages orientés sur la planification familiale après la grossesse. Ces conférences ont analysé l'état actuel des soins du post-partum dans la région et exploré les options pour les améliorer. Elles ont, en outre, fait un inventaire des méthodes de contraception utilisées dans le post-partum et encouragé les participants à ajouter ces services à leurs programmes déjà en place, ou à en créer de nouveaux.
  • Certains pays utilisent la formation aussi bien pour suivre les femmes qui sont insuffisamment servies après leur grossesse que pour améliorer l'accès et la qualité des soins. En Egypte, des prestataires formés par l'AVSC International sont à même de proposer la ligature des trompes aux femmes sujettes à des grossesses à risque élevé. Les prestataires sont aussi formés à offrir aux femmes qui viennent d'accoucher ou d'interrompre leur grossesse, des renseignements sur la planification familiale, et à leur présenter l'option de l'insertion du DIU, avant qu'elles ne quittent l'hôpital. Le programme Safe Reproductive Health (Programme de santé reproductive sans risque) a été établi au sein de cinq hôpitaux. Ces hôpitaux seront utilisés comme centres de formation aux fins d'une expansion accrue des services dans le secteur public.

"La planification familiale est traditionnellement un service externe et ne fait pas du tout partie des soins prodigués après un accouchement en Egypte", affirme Georgeanne Neamatalla Kumar, coordinatrice des programmes et chargée du projet, qui vise à renforcer les liens entre la planification familiale et les autres services dispensés pendant toute au long de la période périnatale et du post-abortum.

D'après Mme Kumar, l'AVSC aide les prestataires à élaborer des procédures standardisées, des dossiers médicaux et des systèmes d'information, et à acquérir une plus grande compétence en ce qui concerne la prévention des infections. L'AVSC incite tout le personnel -- aussi bien les responsables que le service de nettoyage et le personnel soignant-- à reconnaître les femmes à risque et à les orienter vers des services de counseling en matière de prévention de la grossesse.

-- Carol Lynn Blaney

Les services prénataux

De nombreux experts pensent que le counseling en matière d'utilisation des méthodes de contraception pendant le post-partum devrait être donné aussi bien plusieurs mois avant la naissance qu'après. Une femme à qui l'on donne du counseling sur la contraception du post-partum avant la naissance peut prendre le temps de bien choisir sa méthode, surtout quand il s'agit de méthodes à long terme tels le DIU et la stérilisation chirurgicale. De plus, le counseling qui est prodigué aux femmes avant une naissance peut les éclairer sur leur fécondité. Partout dans le monde, par exemple, nombreuses sont les femmes qui commencent une méthode de contraception dès le retour des règles et non pas sitôt finie la grossesse. Pourtant, le retour des règles peut signifier que la femme est féconde depuis déjà plusieurs semaines.

D'après les recherches, les besoins des femmes et leur choix du moment propice peuvent différer de ce que leur offrent les prestataires. Par exemple, une étude menée par l'Institute of Child Health à Istanbul, en Turquie, a conclu que la majorité des 184 femmes interrogées qui venaient d'accoucher désiraient recevoir les informations sur la planification familiale pendant les visites prénatales, tandis que d'autres les préféraient juste après l'accouchement, ou 40 jours plus tard. Elles désiraient aussi des informations sur les soins à donner à leur enfant. Nombreuses sont les femmes qui n'ont reçu aucun renseignement en matière de contraception bien qu'elles en aient exprimé le désir. D'un autre côté, les prestataires pensaient qu'il valait mieux donner les informations sur la planification familiale tout de suite après l'accouchement, aux femmes qui avaient le plus de chances d'avoir des grossesses difficiles.5

"Les programmes qui ne disposent que d'un choix limité de contraceptifs et qui poussent les femmes à les accepter immédiatement après l'accouchement pourraient s'exposer à des critiques et se voir dénoncés comme usant de tactiques coercitives," dit le docteur Beverly Winikoff, directrice du programme de santé reproductive au Population Council. "Il faudrait avoir une vue beaucoup plus large sur ce que la population attend. Par exemple, nous pensons qu'il est de l'intérêt des femmes et des prestataires d'avoir plus de souplesse" quant au choix des méthodes et au moment idéal pour commencer à les utiliser.

Si le personnel soignant est attentif aux besoins des femmes, il est mieux en mesure de faire passer le message au moment propice. En Tunisie, l'hôpital maternel et infantile de Sfax a commencé à offrir des services du post-partum intégrés il y a plus de dix ans, et les femmes étaient encouragées à venir se faire examiner avec leurs nourrissons 40 jours après l'accouchement. La planification familiale était alors abordée. Cette durée de 40 jours ayant une signification culturelle et religieuse chez les musulmans, les Tunisiennes se rappelaient le jour et participaient volontiers. Plus de 83 pour cent d'entre elles sont retournées pour des suivis.6

Ailleurs en Afrique, le personnel soignant est conscient de la demande de services intégrés de qualité, dit le docteur Karen Stein, associée au programme du Population Council. "Le plus souvent, les femmes abandonnent leurs méthodes, non pas parce qu'elles ont reçu des informations insuffisantes ou inadéquates sur les avantages, les inconvénients et les effets secondaires de la méthode, mais parce que leurs autres besoins en matière de santé reproductive n'ont pas été perçus. Donc, quand elles ont des infections vaginales ou d'autres problèmes elles ont tendance à les attribuer à la méthode. Les prestataires commencent à corriger cette lacune", dit-elle. En effet, les femmes en période périnatale ont besoin de renseignements en plusieures matières, notamment sur la convalescence, le régime alimentaire, les symptômes d'infections, la reprise des rapports sexuels, comment reconnaître des saignements post-nataux trop abondants, comment savoir quand un enfant est malade et que faire tout au long de sa croissance et de son développement.

"De nombreux services de planification familiale fonctionnent cependant dans des lieux séparés des services de soins maternels et infantiles. De ce fait, la première chose à faire pour les intégrer est de coordonner ces services et de les proposer dans le même centre", dit le docteur Rivera de FHI. Les services qui sont coordonnés sont plus pratiques et moins chers pour les clientes, et fournissent de meilleurs soins. Là où il n'existe que peu de services, il importe que le personnel soignant qui s'occupe de la santé maternelle et infantile ait une formation sur la planification familiale.

Les prestataires de planification familiale sont souvent réticents à accepter l'intégration, par peur de perdre leurs clientes, de voir baisser leur efficacité ou de manquer de ressources. Cependant, l'intégration des services améliore en fait la qualité des soins prodigués à la clientèle et y gagne même sur le plan financier dans certains cas.

Comme à peu près 70 pour cent des clientes de la FEMAP, essentiellement de familles à faible revenu, payent pour les services, l'organisation arrive à se suffire à elle-même. "Notre stratégie, dit le docteur Suárez, est d'avoir un grand volume, une qualité supérieure et des tarifs bas. Nous utilisons des procédures très efficaces et peu coûteuses. C'est un équilibre fragile."

Certains membres de l'IPPF ont réagi négativement à l'appel à un dispositif de soins intégrés, craignant que cette approche ne sape la planification familiale. "Quand vous avez accompli quelque chose de bien pendant 40 ans, le fait de l'élargir ou de le diversifier est toujours un défi et une menace," dit le docteur Senanayake de l'IPPF. "Nous ne voulons surtout pas amoindrir l'importance de la planification familiale. Nous ne voulons pas la saper, mais au contraire la généraliser et l'enrichir en créant des liens et en travaillant dans le champ plus vaste de la santé sexuelle et reproductive."

-- Carol Lynn Blaney

Carol Lynn Blaney habite San José en Californie, aux Etats-Unis. Elle est rédactrice scientifique et une ancienne collaboratrice de Network.

Notes

  1. Pan American Health Organization/Family Health International. Postpartum and Postabortion Family Planning in Latin America: Interviews with Health Providers, Policy-makers and Women's Advocates in Ecuador, Honduras and Mexico WP97-02. (Research Triangle Park: Family Health International, 1997) 13.
  2. Bradley J, Lynam P, Gachara M, et al. Unmet family planning demand: evidence from two sites in Kenya. Jour Obst Gyn East Cent Afr 1993; 11:20-23.
  3. Robey B, Ross J, Bhushan I. Meeting unmet need: new strategies. Population Reports 1996; Series J, No. 43:18.
  4. Potts M, Thapa S. Child Survival: The Role of Family Planning. (Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1991) 8.
  5. Bulut A. Postpartum service delivery, Istanbul, Turkey. In Rethinking Postpartum Health Care, Proceedings of a Seminar, December 10-11, 1992. (New York: Population Council, 1993) 8-10.
  6. Coeytaux F, Winikoff B. Celebrating mother and child on the fortieth day: The Sfax, Tunisia postpartum program. Quality/Calidad/Qualite 1989; 1:1-24.