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Santé de la reproduction

La recherche sur les spermicides examine la prévention du VIH

Déjà en vente libre dans de nombreux pays, les contraceptifs spermicides font l'objet d'études pour déterminer s'ils peuvent ou non prévenir le VIH.

Network en français : printemps 1996, vol. 16, no. 3

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Déjà en vente libre dans de nombreux pays, les contraceptifs spermicides font l'objet d'études pour déterminer s'ils peuvent ou non prévenir le VIH. Des chercheurs de FHI, par exemple, travaillent avec le ministère de la Santé publique du Cameroun en vue d'examiner les effets du film contraceptif vaginal à base du spermicide nonoxynol-9 dans la prévention du VIH.

Leur étude porte sur environ 1.300 prostituées de Yaoundé et de Douala qui sont séronégatives pour le VIH. Les participantes sont divisées en deux groupes : celles qui utilisent le préservatif masculin et le film imprégné de N-9, et celles qui utilisent le préservatif masculin et un film placebo. Elles seront suivies pendant un an. En outre, les chercheurs examineront les effets du N-9 sur les ulcères génitaux et sur les micro-organismes présents à l'état naturel dans le vagin. Cette étude est financée par les National Institutes of Health (NIH) des Etats-Unis.

Des études précédentes ont révélé que le nonoxynol-9, même à faible dose, réussissait à inactiver le VIH in vitro. Mais les études chez l'Homme ont fait ressortir des résultats contradictoires. Une étude effectuée parmi des prostituées du Kenya a constaté que les éponges imprégnées de N-9 n'assuraient pas de protection contre le VIH, tandis qu'une étude faite par FHI sur l'emploi d'ovules au N-9 par des prostituées au Cameroun a fait état de la diminution des cas d'infection par le VIH, de blennorragie et d'ulcères génitaux.1 Une deuxième analyse des données obtenues au Cameroun, qui a dissocié les effets du port du préservatif et de l'utilisation du N-9, a mis en évidence le recul de l'incidence du VIH parallèlement à la progression de l'emploi du N-9.2 La recherche effectuée par FHI en Zambie auprès de 110 couples chez lesquels un partenaire seulement était séropositif pour le VIH et qui utilisaient systématiquement le spermicide N-9 a révélé une incidence légèrement plus faible de séroconversion que celle observée chez les couples qui n'utilisent pas régulièrement le N-9. Mais cette étude n'est pas concluante, et la question de savoir si le N-9 atténue les risques de VIH reste posée.3

Le caractère contradictoire de ces données s'explique peut-être par la variation des dosages du spermicide. Les études réalisées par FHI en Thaïlande et en République dominicaine ont démontré que le N-9 utilisé fréquemment et à fortes doses provoquait des irritations et perturbait la surface cellulaire du vagin.4 L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a réalisé une étude sur les effets du spermicide menfegol, et elle abouti à des conclusions analogues.5 Ces effets sur la muqueuse vaginale pourraient favoriser la transmission du VIH et des MST bactériennes.

Comme les études in vitro démontrent que le N-9, le chlorure de benzalkonium (BZK) et le menfegol, trois spermicides détersifs, sont capables d'inactiver le VIH, et que les études faites sur l'Homme prouvent que les spermicides réduisent l'incidence de la blennorragie et des Chlamydia, certaines organisations sanitaires recommandent l'utilisation de spermicides comme moyen de protection contre les MST. Aux Etats-Unis, le département de la Santé publique de l'Etat de New-York recommande toute une série de mesures hierarchisées de protection que les femmes peuvent suivre pour se prémunir contre ces maladies. Le préservatif masculin au latex est la méthode de premier choix, puis viennent le préservatif féminin utilisé en association avec un spermicide, le diaphragme avec un spermicide et les spermicides sans aucune autre méthode. Selon une brochure du département de la Santé, le recours aux spermicides sans rien d'autre est une façon « risquée » de se protéger, « mais c'est mieux que rien ».

En marge des études sur la capacité de prévention des MST attribuée aux spermicides actuelles, des chercheurs s'emploient à élaborer de nouveaux spermicides et de nouveaux modes d'administration. Le spermicide
« Advantage 24 », qui a une durée d'action potentielle de 24 heures, est étudié pour ses propriétés microbicides. Les chercheurs ont également examiné les effets spermicides de plusieurs autres substances, à savoir l'acide mandélique, qui est extrait des feuilles du pêcher et dont on a démontré la capacité in vitro de détruire les spermatozoïdes et le trichomonas ; les crassulacées, plantes utilisées à des fins contraceptives par les femmes en milieu rural ; la carragénine, qui se trouve dans les algues ; les
« magainins » de synthèse, peptides isolées de la peau du xenopus africain ; et un extrait de graines d'Arbus precatorius, communément appelé réglisse indienne.

Acceptabilité

D'autre part, les chercheurs réfléchissent aux moyens d'améliorer l'acceptabilité, notamment en évaluant les systèmes utilisés pour administrer les spermicides et les microbicides. Une étude parrainée par FHI et faite auprès de la clientèle de centres de planification familiale au Kenya et au Mexique a révélé que les femmes préféraient les spermicides sous forme de film contraceptif que sous forme de comprimés moussants.6 Une autre étude parrainée par FHI et faite, celle-là, auprès de la clientèle de centres pour MST en Zambie, a constaté que les mousses représentaient la méthode la moins populaire, alors que les ovules et les comprimés moussants étaient plus acceptables.7 Une étude effectuée en Ecosse parmi 260 femmes a examiné l'acceptabilité du diaphragme utilisé en association avec le film contraceptif et elle a conclu que beaucoup de participantes préféraient le film, mais qu'elles se plaignaient d'irritations et de pertes, phénomènes peu fréquents parmi les utilisatrices des gelées spermicides.8

L'association mexicaine PROFAM a étudié l'administration des spermicides par insertion de capsules souples qui se dissoudent dans le vagin. Aux Etats-Unis, l'université du Kentucky explore les possibilités d'utilisation de pellets qui libéreraient lentement des spermicides et des microbicides, et la société américaine Biotek travaille à la fabrication d'un spermicide qui prend l'aspect d'une gelée quand il entre en contact avec les sécrétions vaginales. Un anneau vaginal, qui libérerait des spermicides pendant un maximum de 30 jours, est également à l'étude.

-- Barbara Barnett

Notes

  1. Kreiss J, Ngugi E, Holmes K, et al. Efficacy of nonoxynol-9 contraceptive sponge use in preventing heterosexual acquisition of HIV in Nairobi prostitutes. JAMA 1992; 268: 477-82. Zekeng L, Feldblum PJ, Oliver RM, et al. Barrier contraceptive use and HIV infection among high-risk women in Cameroon. AIDS 1993; 7:725-31.
  2. Feldblum PJ, Weir SS. The protective effect of nonoxynol-9 against HIV infection [letter]. AJPH 1994; 84(6):1032-34.
  3. Hira SK, Feldblum PJ, Kamanga J, et al. Condom and nonoxynol-9 use and the incidence of HIV infection in serodiscordant couples in Zambia. In press.
  4. Niruthisard S, Roddy RE, Chutivongse S. The effects of frequent nonoxynol-9 use on the vaginal and cervical mucosa. Sex Transm Dis 1991; 18: 176-79. Roddy RE, Cordero M, Cordero C, et al. A dosing study of nonoxynol-9 and genital irritation. Int J STD AIDS 1993; 4:165-70.
  5. Goeman J, Ndoye I, Sakhom M, et al. Frequent use of menfegol spermicide vaginal foaming tablets associated with high incidence of genital lesions. J Infect Dis 1995; 171:1611-4.
  6. Steiner M, Spruyt A, Joanis C, et al. Acceptability of spermicidal film and foaming tablets among women in three countries. Int Fam Plann Perspect 1995; 21(3):104-07.
  7. Hira SK, Spruyt AB, Feldblum PJ, et al. Spermicide acceptability among patients at a sexually transmitted disease clinic in Zambia. Am J Public Health 1995; 85(8): 1098-1103.
  8. Loudon NB, Barden ME, Hepburn WB, et al. A comparative study of the effectiveness and acceptability of the diaphragm used with spermicide in the form of C-film or a cream or jelly. Br J Fam Plann 1991; 17(2): 41-44.