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Les abus sexuels et la santé reproductive des jeunes adultes

Shanler, Heise, Stewart, Weiss, 1998

La plupart des programmes de santé reproductive pour les jeunes adultes partent du principe que les jeunes sont d'accord pour avoir des relations sexuelles. Et, pourtant, les abus sexuels sont chose courante chez les jeunes bien que les données sur sa prévalence soient limitées. Les responsables de programmes et les prestataires de services doivent être conscients du fait que les jeunes qui ont subi des abus sexuels ont des besoins différents sur le plan de la santé reproductive et sexuelle que ceux qui ne sont pas des victimes et, ainsi, ils pourront élaborer leurs programmes éducatifs et fournir les services en voie de conséquence.

Qu'est un abus sexuel?

Un abus sexuel est une violation commise par une personne qui détient ou qui pense détenir le pouvoir sur quelqu'un qui est vulnérable. L'abus peut être physique, verbal ou émotionnel. Il comprend des violations sexuelles telles que le viol, la tentative de viol, le harcèlement sexuel, l'inceste et les voies de fait.1 La victime est le sujet d'une activité sexuelle qui n'est ni souhaitée ni acceptée. Certaines organisations non gouvernementales (ONG) sont également d'avis qu'un âge très jeune au mariage constitue une forme d'abus sexuel.2,3

Les abus sexuels sont perpétués dans divers contextes culturels et socio-économiques. Ils ont lieu dans les foyers, les écoles, les lieux de travail et autres endroits publics. Ceux qui les commettent sont généralement des hommes bien que cela ne soit pas forcément le cas. Il peut s'agir de membres de la famille, de voisins, d'enseignants, de superviseurs, de camarades d'école et, à l'occasion, d'étrangers.

Les abus sexuels sont-ils très répandus parmi les jeunes adultes?

Vu qu'il s'agit d'un abus de pouvoir, les jeunes sont plus vulnérables aux sévices sexuels que les adultes. Les données en train d'apparaître indiquent que les abus sexuels relèvent d'un grave problème dans le monde entier :

  • En Ouganda, la moitié des filles de l'école primaire sexuellement actives indiquent qu'elles ont été forcées à avoir des relations sexuelles.4

  • Dans le cadre d'une enquête faite auprès de 134 hommes et de 202 femmes entre 25 et 44 ans au Nicaragua, 27% des femmes et 19% des hommes ont indiqué avoir subi des abus sexuels pendant l'enfance ou l'adolescence.5

  • Un tiers de toutes les victimes des viols notifiés en Inde ont moins de 16 ans et, de 1991 à 1998, l'incidence est passée à 26% dans le groupe d'âge 10 à 16 ans.6

  • Au Sri Lanka, 7,4% des 314 hommes jeunes enquêtés ont indiqué qu'ils avaient été forcés d'avoir des relations sexuelles avec un homme plus âgé alors qu'ils avaient 13 ans ou moins.7

  • Au Zimbabwe, 30% des 549 élèves des écoles secondaires ont indiqué avoir subi des abus sexuels. La moitié des garçons ont subi des abus sexuels perpétués par des femmes.8

  • Tous les 143 jeunes de la rue au Guatémala dans le cadre d'une étude de 1991 ont indiqué avoir subi des abus sexuels, souvent de la part de plusieurs agresseurs - 53% de la part de membres de la famille (souvent des beaux-pères), 6% de la part d'amis, 3% de la part de voisins et 46% de la part d'étrangers.9

Comment les abus sexuels affectent-ils la santé reproductive des jeunes adultes?

Les conséquences graves pour les victimes hommes ou femmes des abus sexuels sont les traumatismes physiques, les infections sexuellement transmises (IST) et les traumatismes psychologiques. Les victimes féminines risquent en plus une grossesse non souhaitée, des blessures et les complications chroniques des pertes vaginales liées aux IST, la dysménorrhée et les douleurs pelviennes.10,11

Les données qui commencent à apparaître montrent clairement que les abus sexuels ont des effets à long terme sur la santé sexuelle et reproductive des jeunes adultes. Certains faits indiquent que les adolescents qui ont subi des mauvais traitements sexuels alors qu'ils étaient des enfants sont plus susceptibles que les enfants non maltraités de s'engager dans une activité sexuelle à haut risque.12

Ils sont susceptibles d'avoir des relations sexuelles consensuelles à un âge plus jeune ainsi que des rapports sexuels non protégés et des rapports avec de multiples partenaires.10,13,14,15 Les victimes des absus sexuels sont souvent incapables d'adopter des comportements auto-protecteurs car les compétences nécessaires pour prévenir les IST et les grossesses non souhaitées sont justement ces aptitudes de la vie qui ont été étouffées par les abus sexuels.11,13 Ils sont veulent pas ou ne peuvent pas prendre des décisions et s'y tenir pour diminuer les abus ou sortir de situations qui leur nuisent.10,11 Les abus sexuels sont également cause de faible estime de soi-même faisant que les victimes cherchent à être acceptées par le biais des rapports sexuels.16,17 Les adolescentes qui ont été maltraitées ont souvent du mal à faire la différence entre les comportements sexuels et affectifs et risquent de connaître une prévalence plus élevée de grossesses de l'adolescente et d'infections par le VIH/SIDA que leurs camarades qui n'ont pas subi de mauvais traitement.18,19

  • Une étude faite à la Barbade auprès de 407 hommes et femmes constate que l'abus sexuel est le déterminant principal du comportement à haut risque pendant l'adolescence et, que pour les hommes, il existe une corrélation entre l'abus sexuel et la non utilisation des condoms pendant l'âge adulte.12

  • Les victimes d'abus sexuels dans le cadre d'une étude faite aux Etats-Unis ont commencé à avoir des rapports sexuels une année avant que les non victimes et étaient moins susceptibles que ces dernières à utiliser des méthodes de contraception.14

Comment peut-on répondre aux besoins des victimes d'abus sexuels?

L'abus sexuel est un problème traité à divers niveaux suivant les cultures et les communautés. Les stratégies consistent soit à sensibiliser à la question, à réaliser des ateliers de formation ou encore à mettre en place des réseaux de conseils et d'orientation. On ne comprend pas entièrement l'impact que peuvent avoir sur la santé reproductive des jeunes les programmes de lutte contre les abus sexuels car la plupart des programmes interviennent à petite échelle et n'ont que peu voire aucune donnée d'évaluation.

Toutefois, on s'entend pour dire que l'éducation et les services sont des outils importants pour traiter le problèmes des abus sexuels parmi les jeunes. Les recommandations suivantes reposent sur les efforts déployés qui démontrent leur faisabilité programmatique dans divers contextes:

Prévenir les abus sexuels : Inclure les compétences nécessaires pour refuser les rapports sexuels, améliorer la communication et résoudre les conflits dans toutes les activités d'éducation sur la santé reproductive des jeunes adultes et dans d'autres forums appropriés.20

! Au Honduras, une ONG la Casa de la Mujer travaille avec les jeunes femmes qui ont subi des abus sexuels pour les aider à adopter des comportements fermes leur permettant de fixer des limites, de défendre leurs droits et de renforcer l'estime qu'elles ont d'elles-même.21

! Une autre ONG, Maiti Népal réalise un programme de prévention dans les districts ruraux du Népal connaissant un important commerce de la prostitution. Le programme met en garde les jeunes et leurs parents contre les dangers de la prostitution, leur montrant comment les jeunes filles sont kidnappées et vendues à l'industrie de la prostitution. Les filles reçoivent également une formation professionnelle et non formelle pour leur donner les moyens de gagner leur vie et d'avoir une meilleure estime d'elles-mêmes.22

! Dans la section d'Alexandria de Johannesburg en Afrique du Sud, un ancien conseiller de Nelson Mandela est à la tête d'un groupe cherchant à diminuer l'incidence du viol en enseignant aux adolescents les comportements nécessaires pour communiquer entre eux. Le projet est financé par le Fonds fiduciaire de l'UNIFEM pour les actions visant à éliminer la violence contre les femmes.21

Sensibiliser au problème et demander des sanctions juridiques : Il faut sensibiliser la société en dévoilant le problème de l'abus sexuel dans l'arène publique.23 Les campagnes d'éducation doivent cibler les décideurs, les parents, les enseignants, les dirigeants communautaires, la police et les médias.21 Créer des systèmes pour la collecte de données pour suivre les incidences et la prévalence des abus et pour faire connaître les résultats.24 Demander, à l'aide de plaidoyer, l'examen, la révision et l'application des lois pour protéger les victimes et punir les coupables.

! Une organisation à but non lucratif au Népal, Media Alert, est en train de créer un film exposant la vie des filles qui ont été vendues à des maisons de prostitution en Inde. Le film sera montré dans des camions de vidéo mobiles afin d'éduquer les villageois des zones reculées qui courent un grand risque d'être les victimes de ce trafic humain. Il aura des sous-titres en hindi et en anglais pour sensibiliser au problèmes les hommes qui sont les clients des jeunes filles kidnappées.22

! Une organisation péruvienne de professionnels travaillant avec des jeunes, Redess Jovenes, a parrainé, en faisant une promotion importante, un atelier sur la violence et les abus sexuels parmi les jeunes. Suite à cet atelier, un organisme municipal a réalisé une campagne d'éducation médiatique qui a entraîné une augmentation de 140% dans les demandes d'aide pour abus sexuels. Cinquante-huit pour cent des victimes avaient moins de 12 ans et 42% étaient des jeunes adultes de 12 à 18 ans.21

Au Pakistan, l'ONG Sahil a analysé les lois relatives aux abus sexuels sur les enfants et demande qu'une protection complète soit accordée aux enfants. Ils sont notamment en train de chercher à faire révoquer un décret qui fait que les victimes et non pas les coupables des abus sexuels peuvent être punies.24

Dépistage de l'abus sexuel : Former les prestataires de santé, les enseignants et les éducateurs-camarades pour identifier les personnes qui ont été victimes d'abus sexuel en incluant des questions sur les abus dans les évaluations sanitaires. Les prestataires de soins de santé doivent être conscients du fait que toutes les clientes n'ont pas forcément eu des relations sexuelles consensuelles, que la grossesse peut être le résultat d'un acte incestueux ou d'un viol et qu'en plus, l'introduction de l'emploi du condom peut valoir des représailles aux jeunes femmes.11,13

En Turquie, la Fondation pour le développement des ressources humaines réalise une formation pour les futurs enseignants portant sur la santé sexuelle, y compris les abus sexuels. Le projet est en train de mettre en place un programme de formation en santé sexuelle afin que les enseignants puissent être des conseillers et identifier les victimes des abus sexuels pour pouvoir les orienter vers les services de conseils et les services juridiques.25

Une importante organisation de planification familiale en Colombie, Profamilia, a un programme de dépistage qui identifie les victimes des abus sexuels lors des consultations dans les centres de santé et qui offre information, conseil et assistance juridique. Elle aide également les clients à regagner leur estime d'eux-mêmes et à améliorer leur image physique et leur relation avec l'autre sexe.21

Répondre avec des services : Créer un protocole pour répondre aux clients qui ont fait l'objet d'abus sexuels et, si nécessaire, mettre en place un système d'orientation vers les services sanitaires, juridiques et autres.12

! A Soweto en Afrique du Sud, le Centre des enfants maltraités de Zamokuhle dispose d'un centre médical/juridique qui voit chaque mois 150-200 cas d'abus sexuels sur des enfants. Le centre utilise une approche multidisciplinaire visant à intégrer la prise en charge juridique aux services médicaux et psychologiques. Il organise des ateliers pour les jeunes portant sur les compétences dont ils ont besoin dans la vie et sur le développement de la personnalité.23

! INPPARES au Pérou a intégré l'abus sexuel à ses activités d'éducation. Les conseillers-camarades ont réalisé une vidéo sur l'abus sexuel qui est diffusée dans les écoles, les lieux publics, les ateliers et les présentations aux décideurs. Ses centres de services et conseils prennent en charge les jeunes adultes victimes de tels abus et, quand c'est approprié, les membres de leur famille ou les partenaires. INPPARES oriente également les clients vers des services de l'extérieur lorsqu'ils ont besoin d'assistance concernant la démarche juridique.26

L'Association brésilienne de planification familiale, BEMFAM, est un exemple montrant comment les quatre recommandations peuvent être comprises dans le travail d'une seule organisation. Elle forme le personnel pour qu'il puisse identifier les victimes des abus sexuels et a élaboré des directives pour les soins de santé et les conseils à l'intention de jeunes femmes qui ont fait l'objet d'actes de violence. Elle distribue du matériel indiquant que le personnel clinique est prêt à travailler avec les victimes de la violence et avec les écoles pour sensibiliser davantage au problème de l'abus sexuel et pour aider les enseignants à répondre aux jeunes qui se trouvent dans ce cas. Elle a également mis en place un système permettant d'orienter les jeunes vers des cours spéciales qui traitent de ces questions et des organisations qui fournissent des traitements pour les victimes de la violence.26

Références

  1. Kidman, C. April/May 1993. Non-Consensual Sexual Experience & HIV Education: An Educator’s View. SIECUS Report, Vol. 21, No. 4, April/May, 1993: 9.
  2. National Clearinghouse of Child Abuse and Neglect Information. What is Child Maltreatment? <http//www.calib.com/nccanch/pubs/whatis.htm> (online cited June 18, 1998).
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  4. The Allan Guttmacher Institute. 1998. Into A New World: Young Women’s Sexual and Reproductive Lives. New York: The Alan Guttmacher Institute, 38. [Referencing: Noble N., J. Cover and M. Yanagishita. The World’s Youth 1996, wall chart, Washington, DC: Population Reference Bureau, 1996.]
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  51. Cohen, S. IPPFWHR. Personal Email Communication. July 2, 1998.

La série IN FOCUS récapitule pour les professionnels travaillant dans les pays en développement des activités de programmes ainsi que des recherches sur les questions de la santé reproductive des jeunes adultes. Le présent numéro a été préparé par Stephanie Shanler en fonction de présentations faites par Lori Heise, Lindsay Stewart et Ellen Weiss et il a été revu par des experts de l'extérieur et le personnel du programme FOCUS.

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