Visit fhi.org in: Español | Français | Russian | Arabic
 Search fhi.org:
 
 

Les jeunes et les MST/VIH/SIDA. Première section : Les dimensions du problème

Senderowitz, 1997

Les adolescents et les jeunes adultes souffrent d'un nombre disproportionné de maladies sexuellement transmissibles (MST) comparé aux adultes. Les MST peuvent entraîner de graves conséquences pour la santé, tant pour les jeunes gens que pour leurs enfants. Souvent, les femmes n'ont pas de symptômes pour les MST les plus courantes, la chlamydiase et la gonorrhée et, par conséquent, ces maladies sont moins dépistées et traitées que chez les hommes qui ont généralement des symptômes. Les adolescents se heurtent à des obstacles particuliers lorsqu'ils veulent obtenir un diagnostic et un traitement même lorsqu'ils ont des symptômes. Souvent, ils craignent de consulter les services de santé et/ou les prestataires de soins de santé hésitent souvent à les traiter.12 Vu que les MST rendent une personne plus vulnérable à l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), il est extrêmement important que ces maladies soient traitées.7,10 De plus, les MST peuvent être à l'origine d'une infection des trompes pouvant mener à la stérilité.

Quelle est la situation actuelle concernant les adolescents et les MST/VIH/SIDA?

Les jeunes sont vulnérables aux maladies sexuellement transmissibles pour des raisons tant biologiques que comportementales. De fait, dans le monde entier, les taux de notification les plus élevés des MST sont enregistrés chez les jeunes âgés de 15 à 19 ans et de 20 à 24 ans. Dans le monde industrialisé, les deux-tiers de toutes les MST signalées frappent les jeunes, hommes et femmes, de moins de 25 ans et, dans les pays en développement, la proportion est encore plus élevée.6 Voici certaines données sur la prévalence de maladies spécifiques :

  •  Les adolescents représentent la plus grande proportion de chlamydiase dans le monde, au moins un tiers. En Haïti et au Nigéria, ce groupe d'âge aurait le taux le plus élevé de chlamydiases détectées en milieu de culture.3,4,6 Les taux de prévalence peuvent aller jusqu'à la moitié de toutes les jeunes femmes sexuellement actives.6

  • Les taux de gonorrhée sont souvent les plus élevés parmi les adolescents.8 A l'instar des autres MST guérissables, l'Asie du Sud et l'Afrique subsaharienne comptent un nombre disproportionné de ces infections et les adolescents représentent un tiers environ de tous les cas.6

  • La syphilis, contrairement à la gonorrhée et à la chlamydiase, est surtout répandue chez les adultes mais elle reste un problème de taille pour les adolescents dans les pays en développement.6 Dans les zones rurales du Nigéria, par exemple, presque 3% des adolescents sexuellement actifs sont atteints de syphilis active.4

  • Les infections à trichomonas sont les MST guérissables les plus courantes au monde, représentant plus de la moitié de toutes les MST pouvant être traitées. Les adolescents représentent une part disproportionnée de ces cas.6 Au Nigéria, presque un quart des adolescents ont été diagnostiquées comme ayant contracté cette infection.4

  • La vaginose bactérienne est une condition courante chez les femmes sexuellement actives bien que l'on ne connaisse pas sa prévalence particulière chez les adolescents.

  • Bien qu'elle soit moins répandue chez les jeunes adultes, l'infection par le virus herpès simplex affecte également les adolescents, causant souvent des ulcérations génitales.6

  • Les adolescents connaissent une prévalence plus élevée du virus du papillome humain génital (HPV) que tout autre groupe d'âge.14 Une étude faite aux Etats-Unis montre que jusqu'à la moitié des jeunes femmes sexuellement actives ont des traces cytologiques de l'infection bien qu'il existe moins de signes de condylomes génitaux.5

  • Le virus de l'hépatite B est répandu surtout en Asie et peut avoir des conséquences graves sur la santé des adolescents et de leurs enfants.6

  • Environ la moitié de toutes les infections par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) se présentent chez les femmes et les hommes de 24 ans et moins. Jusqu'à 60% des nouvelles infections dans les pays en développement sont enregistrées chez les jeunes de 15 à 24 ans.19 Deux fois autant de jeunes femmes que d'hommes dans ce groupe d'âge ont contracté récemment l'infection.19 Dans les zones rurales de la Tanzanie, les femmes âgées de 15 à 24 ans ont les taux d'infection par le VIH les plus élevés.10

Pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement vulnérables aux MST et au VIH?

Les jeunes courent le plus de risques de contracter des MST, surtout le VIH, pour des raisons biologiques, comportementales et culturelles :

  • Des nombres importants d'adolescents sont sexuellement actifs. Dans certains pays, l'activité sexuelle commence au début de l'adolescence, au sein ou en-dehors du mariage. Un âge jeune au moment des premiers rapports sexuels comporte un risque élevé de contracter des MST.11,15

  • Leurs systèmes reproductif et immunitaire encore immatures exposent les adolescents à l'infection par divers agents des MST.6,12

  • Les adolescents, surtout les jeunes filles, sont moins capables de refuser les rapports sexuels et/ou moins d'insister pour une protection efficace. Parfois l'activité sexuelle est abusive ou coercitive, caractéristique liée à nouveau au jeune âge aux premiers rapports sexuels et au fait d'avoir plusieurs partenaires, deux facteurs à risques pour les MST.11

  • Des conditions telles que la pauvreté, le manque de domicile fixe, les troubles politiques et le déracinement qui sont de plus en plus courantes chez les jeunes des pays en développement sont liées à des abus sexuels ou à des rapports sexuels en échange d'argent ou d'aide en vue de subvenir aux besoins de base.1,12

  • Les jeunes sont mal informés sur les MST, leurs symptômes, la nécessité de se faire traiter et les lieux où ils peuvent obtenir ce traitement. Conjuguées à la crainte qu'éprouvent un grand nombre d'adolescents face au système médical, ces circonstances font qu'ils évitent souvent de consulter les services de santé ou alors qu'ils attendent longtemps avant de le faire.20 Les MST non traitées rendent plus vulnérables à l'infection par le VIH.10

  • Les prestataires des services de santé reproductive n'ont pas toujours une attitude très accueillante à l'égard des adolescents. Des études faites notamment à Antigua, au Sénégal et en Thaïlande ont constaté que, dans certains centres de santé, les jeunes n'ont droit à aucun service privé ou confidentiel et que le personnel a souvent une attitude moralisatrice et peu aimable envers eux.18

Quelles sont les conséquences sanitaires et sociales de taux élevés de MST parmi les jeunes?

Le fait de contracter à un jeune âge une MST accroît la probabilité d'infections récidivantes suite à la longue durée d'exposition et à la possibilité d'avoir un nombre important de partenaires.6,13 Les récidives aggravent les conséquences pour la santé. Par exemple, une chlamydiase à récidives est plus susceptible d'entraîner des lésions tubaires qu'une infection primaire.16,17

  • Les inflammations pelviennes ou salpingites (PID) provenant généralement d'infections des voies génitales inférieures imputables à chlamydia ou à la gonorrhée sont plus courantes chez les adolescentes sexuellement actives que chez les femmes plus âgées. Les inflammations pelviennes peuvent être à l'origine de la stérilité ou d'une grossesse extra-utérine.6

  • Le virus du papillome humain des voies génitales (HPV) très répandu chez les adolescents est cause de condylomes génitaux. De plus, les adolescents courent un risque plus grand de contracter des cancers liés au HPV.14

  • Les conséquences fréquentes pour la santé du virus de l'hépatite B, outre l'hépatite, sont le cancer et la cirrhose.6

  • Les MST accroissent le risque de conséquences négatives de la grossesse tant pour la mère adolescente que pour le nourrisson. Les MST telles que la syphilis, l'hépatite B et le VIH peuvent être transmis aux nouveaux-nés.6 La vaginose bactérienne et la trichomonase sont liées à des accouchements prématurés et à une insuffisance pondérale à la naissance.6 Ces problèmes sont d'autant plus graves que les adolescentes ont moins tendance que les femmes plus âgées à consulter les services de soins prénatals et de la santé reproductive pour le traitement de ces infections.5,6

  • L'infection par le VIH est favorisée par la présence d'autres MST. Aussi, les adolescents courent-ils un risque accru de contracter l'infection par le VIH vu leur taux élevé de MST.7,10 Le SIDA ne se déclare complètement qu'une fois passée l'adolescence mais pour le jeune les conséquences n'en sont pas moins dévastatrices.

  • Un grand nombre d'adolescents connaissent de graves troubles psychologiques lorsqu'ils contractent une MST. Les réactions classiques de culpabilité et de honte empêchent souvent les jeunes d'aller se faire soigner à temps.9

  • L'infécondité faisant suite à une MST peut faire que les hommes abandonnent leur partenaire ou demandent le divorce. Dans certaines sociétés, les femmes sans soutien ont recours à la prostitution pour survivre.7

__________________

*Voir également In Focus : "Les jeunes et les MST/VIH/SIDA, deuxième section : Programmes pour traiter le problème"

Références

1 Barker G, Fontes M. Review and Analysis of International Experience with Programs Targeted on At-Risk Youth. Unpublished Report for the Government of Colombia. World Bank, 1996.

2 Bauer HM., Ting Y, Greer CE, et al. Genital Human Papillomavirus Infection in Female University Students as Determined by a PCR-Based Method. Journal of American Medicine 265:472-7 (January 1991).

3 Behets FM, Desormeaux D; Joseph M, et al. Control of Sexually Transmitted Diseases in Haiti: Results and Implications of a Baseline Study Among Pregnant Women Living in Cité Soleil Shanty towns. Journal of Infectious Diseases 172:764-71 (1995).

4 Brabin L, Kemp J, Obunge OK, et al. Reproductive Tract Infections and Abortion among Adolescent Girls in Rural Nigeria. The Lancet 345:300-304 (February 1994).

5 Cates W. Sexually Transmitted Diseases. In: Sach BP, Beard R, Papiernik E, et al, eds. Reproductive Health Care for Women and Babies Analysis of Medical, Economic, Ethical and Political Issues. New York:Oxford University Press,1995: 57-84.

6 Cates W, McPheeters M. Adolescents and Sexually Transmitted Diseases: Current Risks and Future Consequences. Prepared for the Workshop on Adolescent Sexuality and Reproductive Health in Developing Countries: Trends and Interventions. National Research Council. Washington, DC. March 25, 1997.

7 Dallabetta G, Laga M, Lamptey P, eds. Control of Sexually Transmitted Diseases. AIDSCAP/Family Health International, 1996.

8 Daly CC, Maggwa N, Mati JK, et al. Risk Factors for Gonorrhea, Syphilis, and Trichomonas Infections among Women Attending Family Planning Clinics in Nairobi, Kenya. Genitour Med 709:155-61 (1994).

9 Flanagan D, Williams C. Mahler H. Peer Education in Projects Supported by AIDSCAP: A Study of 21 Projects in Africa, Asia and Latin America. AIDSCAP, 1996.

10 Grosskurth H, Mosha F, Todd J, et al. Impact of Improved Treatment of Sexually Transmitted Diseases on HIV Infection in Rural Tanzania: Randomised Controlled Trial. Lancet 346:530-36 (1995).

11 Heise LL. Gender-Based Violence and Women's Reproductive Health. International Journal of Gynaecology and Obstetrics 46:221-229 (1994).

12 Hughes J, Berkley S. STIs among Adolescents in Developing and Developed Countries: How Should Research be Approached? Draft manuscript. February 1997.

13 Kost K, Forrest JD. American Women's Sexual Behavior and Exposure to Risk of Sexually Transmitted Diseases. Family Planning Perspectives 24:244-54 (1992).

14 Koutsky LA, Holmes KK, Critchlow CW, et al. A Cohort Study of the Risk of Cervical Intraepithelial Neoplasia Grade 2 or 3 in Relation to Papillomavirus Infection. The New England Journal of Medicine 327:1272-8 (October 1992).

15 Noble J, Cover J, Yanagishita M. The World's Youth 1996. Population Reference Bureau, 1996.

16 Patton DL, Kuo CC, Wang SP, et al. Distal Tubal Obstruction Induced by Repeated Chlamydia Trachomatis Salpingeal Infections in Pig-Tailed Macaques. Journal of Infectious Diseases 155:1292-8 (1987).

17 Rice PA, Schachter J. Pathogenesis of Pelvic Inflammatory Disease: What Are the Questions? Journal of American Medicine 226(18):2587-93 ( January 1991).

18 Senderowitz J. Health Facilities Programs on Reproductive Health for Young Adults. Project Models and Key Elements: Evaluation Findings, Lessons Learned and Future Research Needs. Prepared for FOCUS on Young Adults, Pathfinder International. (In press).

19 Weiss E, Whelan D, Gupta GR. Vulnerability and Opportunity: Adolescents and HIV/AIDS in the Developing World. International Center for Research on Women, 1996.

20 WHO. Background document. Technical discussions. 1989.

La série In FOCUS récapitule à l'intention de professionnels travaillant dans des pays en développement des activités de programme et certaines recherches disponibles sur les questions de santé reproductive des jeunes adultes. Ce numéro a été préparé par Judith Senderowitz avec des commentaires du groupe de la rédaction de FOCUS, d'experts de l'extérieur et du personnel du programme FOCUS.

L'auteur tient à faire une mention spéciale de Ward Cates pour son assistance avec le présent numéro de In Focus dont des parties importantes ont été récapitulées de Cates W. et McPheeters M. (voir bibliographie).

La série de publications In Focus est disponible sur le site Web de FOCUS : http://www.pathfind.org/focus.htm

Prière d'envoyer les suggestions ou commentaires à l'adresse suivante : FOCUS on Young Adults, Attn: In Focus, 1201 Connecticut Avenue, NW, Suite 501, Washington, D.C., USA. 20036 ou par courrier électronique à Focus@pathfind.org

Un programme de Pathfinder International en collaboration avec le Futures Group International et l'Ecole de Santé publique et de Médecine tropicale de l'Université de Tulane.

Focus est financé par l'USAID aux termes du don CCP-3073-A-00-6002-00. Les opinions exprimées ici incombent aux auteurs et ne reflètent pas forcément les vues de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international.

Email this to a friend

 

Contribute Now

Sign Up for E-News
 
Help families recover in Haiti.

 

YouthFacts