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Faire participer les jeunes aux programmes de santé reproductive

Senderowitz, 1997

Engager les jeunes dans les programmes de santé reproductive signifie trouver des manières de les faire participer véritablement à certains aspects de la planification, de la réalisation et/ou de l'évaluation d'un projet. Si pour de nombreux responsables, la collaboration avec les jeunes en tant que partenaires demande une nouvelle orientation, les études indiquent pourtant que cette approche devient plus courante. En effet, jusqu'à un tiers à la moitié des projets de santé reproductive des adolescents examinés dans deux pays différents confiaient divers rôles aux jeunes.4,17 Les projets les plus typiques avaient évalué les besoins spéciaux et les préoccupations des jeunes par le biais des évaluations des besoins et ceux qui faisaient appel aux éducateurs-camarades. Toutefois, l'approche n'a été nullement évaluée. Il n'existe pratiquement aucun résultat de recherches permettant de voir dans quelle mesure les diverses stratégies de participation des jeunes bénéficient aux groupes cibles ou encore comment elles leur profitent.

Pourquoi est-il utile de faire participer les jeunes à leur propre programme de santé reproductive?

  • Les opinions des jeunes permettent de mieux adapter les programmes aux besoins effectifs des jeunes.

  • Les jeunes peuvent aider à identifier les messages, les canaux de communication et les activités appréciés par leurs camarades.

  • Les jeunes parlent des activités du programme à leurs camarades et cherchent à les intéresser pour qu'ils participent.

  • Les porte-parole des jeunes rendent le programme crédible et établissent le lien avec la communauté.23

  • La participation des jeunes dès le départ leur montre que ce programme est le leur.

  • La participation des jeunes à des postes de dirigeant ou d'éducateur permet de substituer aux adultes et entraîne parfois de meilleurs résultats. Cette participation renforce également les compétences, l'estime de soi-même et les aptitudes à diriger chez les jeunes qui reçoivent une formation d'éducateur-camarade.5,7,11,23

Quelles sont les manières dont les jeunes peuvent s'engager ?

Bien des experts de la santé reproductive des jeunes adultes pensent que les jeunes eux-mêmes devraient participer à un grand nombre voire à toutes les étapes du projet, dont la conception, la réalisation et l'évaluation.13,15,16,20 Certains projets font de l'engagement du jeune le centre même de leur stratégie et conception :

Le Projet Jeune-à-Jeune démarré en 1990 dans six pays (Colombie, Egypte, Jamaïque, Sénégal, Sierra Leone et Sri Lanka) est coordonné par la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) et financé par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). Avec la collaboration d'organisations gouvernementales et non gouvernementales (ONG), chaque projet a fait participer les jeunes à la définition de solutions à leurs propres problèmes de santé. Cette participation a mené à la mise en place d'un certain nombre de projets d'un caractère novateur. Par exemple, un projet en Sierra Leone s'est attaqué au problème de la mutilation génitale de la femme. C'était la première fois que la question était abordée par un groupe de jeunes. Le projet a atteint divers jeunes, notamment ceux vivant dans des taudis urbains et des prisons, les enfants des écoles, les militaires et les jeunes qui étaient déjà parents.8,10,18

  • L'Initiative des Jeunes de l'Afrique de l'Ouest (WAYI) a accordé une place primordiale aux jeunes dans le cadre de ses neuf projets d'éducation communautaire par le biais des camarades au Nigéria et au Ghana. L'éducation par les camarades est l'intervention type utilisée par les projets bien que d'autres stratégies aient également été employées, par exemple, la participation des jeunes à la prise de décision. Le projet était conçu pour aider de petits projets gouvernementaux et non gouvernementaux qui souhaitaient réaliser ou qui réalisaient déjà des activités d'éducation pour la santé reproductive à l'intention de jeunes au niveau communautaire.1,2,14

  • L'Association de la jeunesse et des sports de Mathare (MYSA) au Kenya qui encourage les sports et les activités de nettoyage des taudis fournit également une éducation en santé reproductive. La priorité qu'elle accorde à la participation des jeunes est son aspect le plus unique. Destiné aux jeunes, le projet est également géré par les jeunes. MYSA a une structure décisionnelle partant de la base qui donne aux jeunes les moyens nécessaires pour qu'ils renforcent leurs compétences, deviennent des modèles et soient des membres responsables de la société.21

Certains projets ont identifié des aspects spécifiques pour faire participer les jeunes, notamment:

Planification et conception

  • Le Projet Jeune-à-Jeune a planifié le programme de chaque pays en organisant des ateliers de 4 à 5 jours où les jeunes ont identifié les besoins des jeunes de leur pays sur le plan de la santé reproductive et ont aidé à concevoir des plans de projet pour répondre à leurs besoins.10

Conseils et supervision

  • Pour accroître la prise de décisions et la supervision des jeunes dans le cadre du club des moins de 20 ans et autres activités de jeunes dans la Grenade, les jeunes sont des membres du conseil d'administration de l'association de la planification familiale de la Grenade.19

  • Au Honduras, Proyecto Alternativas (Projet des alternatives) a mis en place un conseil consultatif des jeunes afin de formaliser la planification et la prise de décisions des jeunes.26 Profamilia en République dominicaine utilise également cette stratégie.19

Mise en oeuvre

  • Un grand nombre de projets font participer les jeunes en tant qu'éducateurs-camarades (par exemple, dans le projet WAYI) mais il existe d'autres manières dont les jeunes peuvent participer à la réalisation des activités. Ils peuvent être des conseillers des cliniques,12 des recruteurs, comme dans ce projet du Chili3, ou des responsables comme dans le cas du projet de Mathare au Kenya.21

Suivi et évaluation

  • La participation des jeunes à l'évaluation n'est pas aussi importante que celle des autres volets du projet bien que le projet WAYI ait réussi à engager ses éducateurs-camarades dans les services du système d'information en gestion leur demandant d'utiliser les services de suivi et d'information et les mécanismes de compte rendu trimestriel.1

  • Les comités des jeunes faisant partie des projets participant à Jeune-à-Jeune ont aidé à mettre au point la méthodologie d'évaluation et ont également fourni une information pour élaborer des indicateurs d'évaluation.10

Les faits démontrent-ils que la participation des jeunes améliore les programmes ou permet d'arriver à de meilleurs résultats?

La participation des jeunes est préconisée par la plupart des organisations internationales telles que l'OMS25, le FNUAP26, l'UNICEF22 et l'IPPF9 et ses avantages peuvent être ressentis intuitivement mais par contre il existe peu d'évaluation conçue pour faire le rapprochement entre la participation des jeunes à divers aspects du programme et les améliorations notées au niveau des diverses activités du programme.

L'évaluation continue de WAYI cherche à identifier la contribution des jeunes en évaluant leur capacité à cerner les problèmes et à trouver des solutions, en déterminant les contributions des jeunes au niveau de l'amélioration des connaissances, des attitudes et des pratiques (CAP) et en examinant les attitudes et les comportements du personnel face à la gestion du projet par les jeunes. Les résultats préliminaires indiquent que, dans l'ensemble, le personnel soutient la participation des jeunes. Mais les projets ont souvent besoin d'aide pour engager les jeunes dans tous les aspects du projet.1 Par exemple, certains membres du personnel ne permettent pas aux jeunes de participer à la gestion financière disant qu'on peut difficilement faire confiance aux jeunes quand il s'agit d'argent.14

Par ailleurs, les programmes d'éducation par les camarades font participer depuis longtemps les jeunes à leurs activités et les évaluations témoignent des résultats positifs :

  • Les projets d'éducation par les camarades de WAYI indiquent des effets positifs et statistiquement significatifs sur la connaissance, l'auto-efficacité et le comportement en matière de santé reproductive.14

  • Un projet de CARE au Kenya, Ressources communautaires pour les moins de 18 ans concernant les MST et le VIH (CRUSH) utilisant l'éducation jeune-à-jeune, indique que le groupe cible des jeunes déscolarisés avaient de meilleures connaissances, des attitudes plus positives et des signes de changement de comportement favorisant la prévention des MST/VIH par rapport au groupe témoin qui n'avait pas participé.6

  • Dans une usine de la Thaïlande, un groupe d'adolescentes célibataires animé par des camarades a amélioré davantage ses connaissances et capacités de prévention du VIH que celles qui avaient participé aux séances animées par des adultes ou aux séances utilisant uniquement le matériel éducatif.24

Quels sont les obstacles et les défis liés à la participation des jeunes?

  • Par le passé, les professionnels adultes ont planifié et réalisé des programmes pour les jeunes et souvent ils résistent au changement.

  • Travailler avec des jeunes en tant que partenaires est contraire à la culture d'un grand nombre de pays.

  • Dépendre des jeunes en leur demandant d'assumer des tâches clés (planification, supervision, et autres fonctions administratives qui incombent au personnel) n'est pas sans risques et demande que soient faits des investissements supplémentaires. En effet, on risque une rotation élevée, une participation qui n'est pas toujours fiable vu les autres demandes et intérêts dans la vie des jeunes et il faut également une supervision supplémentaire, une structure d'incitations et de récompenses et une formation plus importante, tant pour les jeunes participant que pour les adultes avec lesquels ils travaillent.

  • Outre les approches d'éducation par le biais des camarades, il existe peu d'autres stratégies modèles qui engagent activement les jeunes à la planification, à la réalisation et à l'évaluation des programmes.

  • Peu d'évaluations ont été faites de stratégies particulières de participation des jeunes alors que les planificateurs des programmes auraient vraiment besoin de ces informations pour guider leur travail.

Références

  1.  Advocates For Youth. The West African Youth Initiative. Presented at the National Council on International Health Annual Conference, Washington, DC. June 1996.
  2. Association for Reproductive and Family Health, Advocates For Youth International and African Regional Health Education Center. The evaluation design for the West African Youth Initiative (WAYI). Undated.
  3. Barker G, Fontes M. Review and Analysis of International Experience with Programs Targeted on At-Risk Youth. Unpublished report for the Government of Colombia. The World Bank, 1996.
  4. Barker G, Hirsch J, Neidell S. Serving the Future: An Update on Adolescent Pregnancy Prevention Programs in Developing Countries. International Center on Adolescent Fertility, Center for Population Options, 1991.
  5. Bartling H, Cameron H, Cronk B, et al. Assessing the Evaluation Process: Adolescent Peer Counseling in Latin America. Report prepared for IPPF/WHR and the Applied Workshop in Economic and Political Development of the School of International and Public Affairs, Columbia University. 1996.
  6. Chege I, Avarand J, Ngay A. Final Evaluation Report. Communication Resources for the Under 18's on STDs and HIV (CRUSH) Project. 1995.
  7. Flanagan D, Williams C, Mahler H. Peer Education in Projects Supported by AIDSCAP: A Study of 21 Projects in Africa, Asia and Latin America. AIDSCAP, 1996.
  8. International Planned Parenthood Federation (IPPF). Understanding Adolescents. An IPPF Report on Young People's Sexual and Reproductive Health Needs. IPPF, 1994.
  9. International Planned Parenthood Federation (IPPF). Working with Youth. A Report of IPPF's Youth Task Force and Youth Consultation meeting. IPPF, 1995.
  10. International Planned Parenthood Federation (IPPF). Youth for Youth: Promotion of Adolescent Reproductive Health through NGO Collaboration. IPPF, 1993.
  11. International Planned Parenthood Federation/Western Hemisphere Region (IPPF/WHR). Responding to the Challenge: Preventing Unwanted Teenage Pregnancy in Latin America and the Caribbean. A project paper on five years of funding from the William and Flora Hewlett Foundation. IPPF, 1995.
  12. Jay MS, Durant RH., Shoffit T, et al. Effect of Peer Counselors on Adolescent Compliance in Use of Oral Contraceptives. Pediatrics 73(2): (1984).
  13. Koontz SL, Conly SR. Youth at Risk: Meeting the Sexual Health Needs of Adolescents. Population Policy Information Kit #9. Population Action International, 1994.
  14. Lane C. Peer Education: Hopes and Realities/The West African Youth Initiative. Presented at the Johns HopkinsUniversity/CEDPA symposium, "The Young and the Restless," Washington, DC. April 1997.
  15. Marie Stopes International. A Cross-Cultural Study of Adolescents' Access to Family Planning and Reproductive Health Education and Services. Final report to the World Bank, 1995.
  16. McCauley AP, Salter C. Meeting the Needs of Young Adults. Population Reports. Series J, No. 41. October 1995.
  17. Peplinsky NL. Addressing Needs and Opportunities: A Survey of Programs for Adolescents. ICRW, 1994.
  18. Senanayake P. Youth for Youth—Focus on Adolescent Reproductive Health. The Health Exchange, 1992.
  19. Stewart L. [FOCUS] Personal Communication. 1996.
  20. Themmen E. Adolescent Sexual and Reproductive Health Resource Materials: A Needs Assessment in English-Speaking Africa. Family Care International, 1996.
  21. Transgrud R. Adolescent Sexual and Reproductive Health in Eastern and Southern Africa. (Draft). Prepared for USAID/REDSO, May 1997.
  22. United Nations Children’s Fund (UNICEF). Youth Health—For a Change. A UNICEF Notebook on Programming for Young People's Health and Development. (Working draft I) UNICEF, 1996.
  23. U.S. Department Of Health and Human Services, Public Health Service. The Prevention Marketing Initiative: Youth Involvement. Prepared for the Centers for Disease Control and Prevention by the Academy for Educational Development. (Draft) March 1997.
  24. Weiss E, Whelan D, Gupta GR. Vulnerability and Opportunity: Adolescents and HIV/AIDS in the Developing World. International Center for Research on Women (ICRW), 1996.
  25. World Health Organization (WHO). Programming Adolescent Health. Technical Report of the WHO/UNFPA/ UNICEF Study Group. In press.
  26. World Health Organization/United Nations Population Fund/United Nations Children’s Fund (WHO/UNFPA/ UNICEF). Programming for Adolescent Health. Discussion paper prepared for WHO/UNFPA/ UNICEF study group on programming for adolescent health. Saillon, Switzerland, 29 November-4 December 1995.

La série In FOCUS récapitule à l'intention de professionnels travaillant dans des pays en développement des activités de programme et certaines recherches disponibles sur les questions de santé reproductive des jeunes adultes. Ce numéro a été préparé par Judith Senderowitz avec des commentaires du groupe de la rédaction de FOCUS, d'experts de l'extérieur et du personnel du programme FOCUS.

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